edvge fichier liberté (1)
Son nom aurait pu laisser supposer que l'on faisait état d'un nouvel ouragan qui allait s'abattre dans les Caraïbes ou sur les côtes américaines. Mais si le dieu Eole ne peut revendiquer la paternité d'Edvige, ses effets sont identiques à celles d'un ouragan.
Bien que le décret portant création d'un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommée EDVIGE – exploitation documentaire et valorisation de l'information générale – date du 27 juin 2008 -, ce n'est qu'en ce début du mois de septembre 2008 que certains acteurs politiques, relayés par les médias se sont emparés de cette question afin d'alerter l'opinion publique des potentialités réellement dangereuses de ce type de fichier.
Pour mémoire, ce fichier de police a été mis en place dans le cadre de la fusion des RG (renseignements généraux) et de la DST (Direction de la surveillance du territoire) qui a donné naissance à la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), fusion programmée par Monsieur SARKOZY dès son arrivée au ministère de l'intérieur en 2002. Il est à noter que l'affaire EDVIGE suit de très près celle relative au fichier ARDOISE (application de recueil de la documentation opérationnelle et d'informations statistiques sur les enquêtes). A cette occasion, la CNIL (commission nationale de l'informatique et des libertés) s'était saisie du dossier à la demande de plusieurs associations et de la HALDE – haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité-, étant précisé que son avis n'avait pas été requis préalablement à la mise en place du fichier. De nombreux articles ayant été écrits sur le sujet, des pétitions pour obtenir son abrogation ayant été mises en place et des recours judiciaires afin d' en obtenir l'annulation ayant été exercés – notamment par le syndicat des avocats de France- , je ne souhaiterais pas manifester ici une énième mais néanmoins justifiée réprobation contre ce fichier.
Ce fait d'actualité m'a conduit à me pencher plus avant sur l'existence de fichiers au sein de notre société. Et là, j'avoue avoir été surprise en découvrant le nombre vertigineux de fichiers d'ores et déjà en place au sein des services de police. Pour ceux qui souhaiteraient approfondir la question, je me permets de les renvoyer au rapport de la commission BAUER que vous pourrez notamment trouver sur le site libertysecurity.org.
A côté de ces fichiers « officiels » qui nécessitent en principe un décret pour être mis place et l'avis conforme et préalable de la CNIL, il y a ceux couverts par le « secret défense » et qui passent à travers la trappe de tout contrôle. Ainsi en est-il du fichier CHRISTINA – centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et les intérêts nationaux- .
Fichier contrôlé ou non, force est de constater que la quantité d'informations recueillies et stockées dans ces fichiers est exponentielle. Ainsi et à titre d'exemple, le fichier des empreintes digitales ( FAED) a doublé en l'espace de quelques années passant de 1.8 millions d'individus à plus de 3 millions aujourd'hui. Le fichier des empreintes génétiques (FNAEG) réservé initialement aux seuls délinquants sexuels a été étendu en 2001 aux infractions relatives aux atteintes aux personnes et aux biens les plus graves. En 2003, tous les individus à l'encontre desquels il existe des raisons plausibles de soupçonner qu'ils ont commis un crime ou un délit peuvent faire l'objet d'un prélèvement génétique et être fichés ... Et voilà comment on passe d'un fichier bénéficiant lors de sa création d'une certaine « couverture morale » dans la mesure où la population délinquante visée était particulièrement « nocive » ( délinquants sexuels) à son extension à d'autres personnes qui n'ont aucune vocation à y figurer. Ce mouvement à l'extension des informations contenues dans ces fichiers est reprise dans les séries policières d'outre atlantique. Ainsi, se déploie une véritable frénésie en vue de recueillir l'empreinte génétique des personnes plus ou moins reliées à un crime – si vous êtes innocent vous ne vous opposez pas à ce que l'on prélève votre salive afin de comparer votre ADN avec celui retrouvé sur une scène de crime- sans que personne ne s'en émeuve. Cette absence de réaction est assez alarmante sur le degré de conscience du danger qu'une telle récolte d'informations personnelles est susceptible de représenter.
Dès lors quand des voix s'élevent lors de certains procès réclamant la mise en place de fichiers car, sous entendu, cela aurait permis d'éviter la commission du crime, elles feraient mieux de réfléchir aux conséquences perverses que de tels moyens de collecte de l'information peuvent générer avant de lancer de telles propositions.
