Lors d'une rencontre à l'Elysée entre les élus de Mayotte et le président de la République le 17 décembre 2008, ce dernier a annoncé que la consultation des Mahorais (habitants de l'île de Mayotte) aurait lieu le 29 mars prochain. Si les Mahorais votent « oui », l'île deviendra le 101ème département français en 2011 ...
Bref rappel historique et géographique :
L'île Mayotte, surnommée «l'île aux Parfums», est située dans l'océan Indien (à 400 km au nord-ouest de l'île de Madagascar et à 300 km des côtes africaines), à l'entrée du canal de Mozambique ; elle fait partie de l'archipel des Comores avec les îles de la Grande-Comore, de Mohéli et d'Anjouan.
À l'heure actuelle, Mayotte est une collectivité départementale d'outre-mer (statut intermédiaire, plus proche de celui de COM- collectivité d'outre mer - que de celui de DOM -département d'outre mer-), l'applicabilité des lois françaises étant subordonnée à une mention spécifique. Le gouvernement de Mayotte comprend un conseil général de 19 membres élus au suffrage universel et un pouvoir exécutif constitué d'un préfet (nommé par le Conseil des ministres français), d'un député à l'Assemblée nationale et d'un sénateur.Son organisation a été fixée par la loi no 76-1212 du 24 décembre 1976 ; ce statut lui a été accordé de façon provisoire en raison des critiques émises de la part des instances internationales.
En effet, suite à son l'indépendance proclamée en 1975, la république islamique des Comores fut admise comme le 143ème membre de l'ONU. La résolution onusienne réaffirmait «la nécessité de respecter l'unité et l'intégrité territoriale de l'archipel des Comores, composé des îles d'Anjouan, de la Grande Comore, de Mayotte et de Mohéli». Mais la France - ainsi que les habitants de l'Ile de Mayotte- n'a pas voulu respecter cette résolution dont les termes ont été réitérés et s'est opposée au retour de Mayotte aux Comores, faisant fi de l'un des principes les plus solidement établis du droit international, à savoir l'intangibilité des frontières héritées de la période coloniale.
Aujourd'hui les mahorais ont à se prononcer sur le changement de leur statut en département français. Si la population mahoraise semble très favorable à cette proposition, quelles en seraient les conséquences pour les autres citoyens français ?
Certains soulignent l'emplacement géostratégique de Mayotte, l'île procurant une zone d'influence et de surveillance particulièrement intéressante pour la France, puisque la place permet de contrôler d'une part, tout le trafic maritime du Canal du Mozambique et d'autre part, a permis l'installation d'une base militaire d'écoute et d'observation de l'Océan Indien et de l'Est du Continent africain.
D'autres soutiennent que cette départementalisation coûterait très cher à l'État, compte tenu notamment du niveau de vie nettement en deçà de celui de la France.
Il convient également de ne pas sous estimer les difficultés juridiques résultant de la complexité à faire entrer dans le droit commun français une société de structure musulmane ( ex : état civil géré par des cadis, des juges de paix musulmans souvent illettrés, la polygamie, restriction de l'héritage des femmes à la moitié de celui dévolu aux hommes, les noms de famille pratiquement inexistants, etc.), même si ces difficultés ont, dans une certaine mesure, été surmontées car le Parlement a autorisé le recours à la procédure des ordonnances pour introduire à Mayotte, avec les adaptations nécessaires, de nombreux textes sur la justice, l'environnement, la santé publique, l'urbanisme, le code du travail, les assurances, etc..
Pour les Mahorais être rattachés à la France semblerait être non seulement une manne économique puisque l'île bénéficie des mêmes avantages sociaux et économiques que la métropole. (Activité économique active et soutenue par l'Etat, RMI, Sécurité sociale etc.) mais encore une porte ouverte sur ... l'Europe. Et c'est là où le bât blesse ... quand ce qui vous apparaît être le paradis est à portée de main, comment les autres habitants des Comores, voire du continent africain tout proche pourraient résister à l'appel de Mayotte ?
La seule solution apportée à cette problématique à ce jour est un contrôle musclé des entrées sur l'Ile et des reconduites tout aussi musclées à la frontière. La situation de ces « clandestins », dénoncée par de nombreuses personnes et organismes, est dramatique (on comptabilise environ 10 000 reconduites à la frontière chaque année, soit près de la moitié des reconduites totales prononcées en métropole, pour une population 350 fois moins nombreuse)
Ne serait il pas temps pour la France, qui n'hésite pas à endosser le rôle de gardienne d'une certaine morale politique et à donner des leçons aux autres pays, de mettre ses paroles en conformité avec ses actes ?
Accepter le retour de Mayotte dans le territoire comorien serait un signe fort d'allégeance et de respect nécessaires aux résolutions de l'ONU et au droit international.
Je ne doute pas que le France ressortirait grandie par une telle décision qui pourrait parfaitement répondre à nos réels intérêts. En effet, cette rétrocession ne peut se concevoir, sauf à ne pas vouloir assumer nos responsabilités vis-à-vis des mahorais, sans accompagnement, notamment économique. Or cet accompagnement pourrait constituer le facteur favorisant la conciliation des intérêts en présence, car il pourrait être conditionné par le maintien des intérêts stratégiques français dans la région.
Comme nous ne serons pas consultés sur cette éventuelle départementalisation, il n'y a plus qu'à espérer que la France soit encore capable de prendre une décision digne de son Histoire et non destinée à satisfaire des intérêts particuliers et ponctuels .
Pour en savoir plus :
http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/afrique/mayotte.htm
http://www.isle-bourbon.over-blog.com/article-26761891.html
http://ilesdelalune.over-blog.com/article-24640050.html
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