audition de l'enfant médiation familiale divorce (2)
QUAND LES ENFANTS DIVORCENT
3ème partie
L'AUDITION DE L'ADOLESCENT EN MEDIATION FAMILIALE DANS LES
PROCEDURES DE DIVORCE
Suite
L'adolescent , de 14 à 17 ans a une approche très différente de celle d'un enfant plus jeune.
Une petite fille ou un petit garçon d'une dizaine d'années manifeste son besoin d'être aimé par un comportement agité, un refus de voir son père ou sa mère .
A l'opposé, l'adolescent va avoir un regard plus sévère sur l'attitude de ses parents .
Il y aura celui qui attribue les torts au parent qui est parti, qui a abandonné sa mère et ses enfants. « Tu m'as déçue, tu as brisé l'image du père que j'avais de toi... »
Il y aura aussi celui qui décide et provoque le divorce : « Quand allez-vous divorcer ? »
Chef de la fratrie, l'aîné, garçon ou fille , prend une place dominante et regroupe les plus plus jeunes. « On en a assez de vos disputes » l'adolescent va provoquer ses parents.
Toutes les situations sont complexes et dépendent de la place prépondérante de l'aîné dans la fratrie.
Exemple d'une situation vécue : Julie
Julie , âgée de 17 ans refuse de poursuivre la résidence alternée et d'aller chez son père, provoquant une demande de modification des mesures convenues.
Entendue en médiation, avec l'accord des parents et avec eux, l'adolescente a exprimé le souhait d'être laissée en dehors de leurs histoires. Elle avait du les entendre et les consoler dans leur procédure terminée deux ans auparavant.
Leur divorce avait été un fardeau pour elle et pour sa soeur plus jeune, Marie âgée de 14 ans, qui était aussi présente et opinait .
Elle avait du les consoler d'un divorce douloureux , tous les jours, et ils ne s'étaient pas rendus compte de leur excès d'égocentrisme .
Leurs problèmes d'argent, leurs problèmes de calendrier, avaient fait qu'ils avaient oublié qu'elle existait qu'elle avait ses problèmes, sa vie ...etc. Et que si elle ne voulait plus aller chez son père, c'était pour lui permettre de se concentrer.
Marie suivait.
Son père rentrait tard. La gentille Julie préparait le dîner, faisait des courses, pour elle et sa soeur, bref n'avait plus sa vie à elle qui était son travail scolaire et ses préoccupations.
Ce qu'elle avait chez sa mère qui certes travaillait tout autant mais était plus organisée.
Cela étant, Julie entraînait Marie à demander la modification.
Faisant perdre à son père le réconfort de les avoir une semaine sur deux.
Le divorce avait été préparé pour éviter la séparation des enfants avec leur père et leur mère.
La médiation produit « l'effet de miroir ».
La parole authentique est transmise par le médiateur et reportée à l'autre.
Les parents ont compris le vécu des leurs filles dans ce divorce familial et ont pu se sont mis à leur place .
Regard des parents sur eux-mêmes .
Cette séance déstabilisa les parents dans leur position conflictuelle. Ils étaient tous les deux sur le banc des « accusés ».
Je soulignerai les émotions qui passèrent à ces moments de paroles très forts : beaucoup de larmes dans les yeux , remémoration du divorce.
Il fut convenu de se revoir tous ensemble.
Cette seconde réunion mit les parents en première ligne.
La médiatrice donna la parole au père et à la mère pour leur demander ce qu'ils avaient retiré de ce que Julie et Marie avaient dit.
Le père commença par reprendre sa douleur de ce que lui avait dit Julie mais qu'il avait du recommencer un départ dans sa vie professionnelle en même temps que son divorce, qu'il avait des difficultés financières et qu'il ne demandait pas à Julie de lui préparer son dîner qu'elle le faisait pour lui mais que ce n'était pas nécessaire.
Réaction de Julie temporisée par la médiatrice.
Le père demanda que Julie se rende compte qu'elle ne lui obéissait pas qu'elle rentrait quand elle voulait, lui rappelant un souvenir de l'été précédent où elle n'était pas rentrée sans prévenir son père, mais seulement sa soeur qui avait gardé l'information.
Le drame éclata le lendemain matin : colère d'un père inquiet d'autant plus responsable que la mère éloignée pouvait s'en prendre à lui.
Et blocage de Julie refusant de se trouver en faute.
La mère informée par la suite face à la demande de Julie de rentrer était également dans une situation ambivalente.
Comprenant à la fois son ex-mari mais réduisant à de plus justes proportions le drame provoqué.
Julie n'avait pas été aussi imprudente que son père prétendait.Elle avait prévenu sa soeur.Oui, elle aurait du prévenir son père mais cela ne valait pas la peine de se mettre dans une colère noire.
La médiatrice mit de l'ordre dans un tollé général.
Elle donna la parole à Julie en lui demandant si elle comprenait la colère de son père, si elle avait été à sa place ?
Julie comprenait bien sur mais elle en faisait une question de principe. Son père avait été trop dur , il continuait de crier après elle, elle voulait qu'il lui fasse confiance.
Elle était raisonnable, il fallait qu'il la respecte.
Le père réagit encore : Julie était sortie en bande de jeunes qu'il connaissait plus ou moins , elle était courtisée par un garçon du village, il aurait pu en profiter...
Il n'était pas un père complaisant .
La médiatrice questionna le père pour lui demander si il comprenait le besoin exprimé par Julie d'avoir une vie d'adolescente à elle et de se sentir respectée en tant que telle par son père, qu'elle voulait lui dire qu'elle n'était plus une petite fille mais qu'elle savait ce qu'elle faisait ?
Et vis-à-vis de Julie, la médiatrice demanda si elle comprenait qu'il y avait une limite à son besoin de liberté, qu'elle était encore sous la protection de ses parents et qu'ils ne cherchaient que sa sécurité et son bonheur, que sa mère avait eu la même position que son père sur le principe ?
Julie restait malgré tout sur ses principes, refusant de parler à son père et d'aller chez lui.
Le noeud gorgien venait donc de la scène de l'été passé.
La médiation se termina par un échange de promesses entre les parents et leurs filles.
-Pour le père : ne pas crier après sa fille, tout en restant fidèle à ses convictions qui étaient les mêmes que celles de la mère mais en les faisant passer de façon plus adaptée à une adolescente en souffrance et en interrogation sur sa scolarité,
-Pour la mère : communiquer plus facilement avec le père afin d'adapter des positions communes, devenir un modérateur entre les filles et leur père et non un protecteur des filles contre leur père,
-Pour Julie : reprendre avec son père une relation normale, lui parler, lui faire comprendre ses états d'âmes, lui permettre de lui faire confiance par une attitude ouverte, comme elle avait su l'exprimer au cours de ces deux réunions
Les vacances de Noël approchaient. Il fut convenu que les parents prendraient des arrangements.
Julie au sortir de cette médiation dit : « On n'a jamais pris le temps de se parler. »
Plus tard la médiatrice apprit que le conflit était reparti.La médiation avait duré quelques mois mais elle n'avait peut-être pas été assez longue pour réparer une séparation vécue douloureusement par chaque membre de la famille.
Par Francine SUMMA
Avocat et Médiatrice familiale
Qui vous demande votre avis et vos histoires
Répondre sur le blog ou sur francine@francinesumma.com
QUAND LES ENFANTS DIVORCENT
2ème partie
L'AUDITION DE L'ENFANT EN MEDIATION FAMILIALE
Par Francine SUMMA
Avocat et Médiatrice familiale
Présentation :
L'audition des mineurs dans les procédures qui les concernent, avait été peu appliquée avant la Loi du 5 mars 2007 dans les procédures.Une certaine résistance des Juges à accepter ces demandes ou à les réduire à une audition décevante pour les mineurs .
La médiation familiale a connu cette réticence et les centres de formations en France posaient en dogme l'interdiction de faire venir les enfants en médiation.
A l'opposé des formations d'esprit anglo-saxon, le Canada, où les médiations avec les enfants étaient et sont pratiquées avec une méthodologie adaptée à l'âge de l'enfant.
Un jeune enfant n'aura pas la même approche qu'un adolescent et il le médiateur doit s ‘adapter à cette différence.
Un accueil plus ludique sera privilégié pour un petit enfant afin qu'il ne soit pas effrayé et reste authentique.
Un adolescent en conflit parental violent devra être entendu avec une écoute profonde et des connaissances psychologiques du médiateur.
Le succès de ces médiations par rapport à une audition judiciaire est du à un temps d'écoute approfondi et de mise en relation avec les parents si le mineur en est d'accord et si les parents acceptent de participer à la médiation.
L'expérience vécue le démontre .
Chapitre 1 : Les enfants jusqu'à 14 ans :
Du plus jeune âge (enfant dans une poussette) au plus âgé (adolescent) la présence de l'enfant dans le conflit parental a permis aux parents de comprendre que l'intérêt de leur enfant n'est pas forcément celui qu'ils pensent et de renoncer ou de modifier leurs demandes.
-Une médiation familiale avait été ordonnée par le Juge sur la demande d'un père d'avoir un droit de visite et d'hébergement sur sa petite fille reconnue très tard après avoir demandé à son ex-compagne d'avorter, et le refus de la mère précisément pour cette raison qui avait provoqué la rupture de leurs relations.
Arrivée avec sa poussette et la petite fille déjà âgée de vingt mois, car elle n'avait pas de possibilité de la faire garder, la médiation commença très mal entre les deux, chacun à son tour de parole, revenant sur le passé lourd.
La médiatrice temporisait en remettant les parents au cœur du débat présent et non (pas trop) sur leur séparation.
La médiation devant d'une part évacuer le conflit pour revenir à cette petite fille.
Si le principe était compris il n'était pas appliqué et les relations repartaient en vrille.
Au cours de ces discussions, la petite fille bougea et la mère la prit dans ses bras tout en continuant sa harangue contre le père.
La petite fille gigota vers le père , presque sur le point de tomber et se mit à crier ;D'un geste spontané, le père tout en répliquant à la mère prit la petite dans ses bras pour éviter une chute et elle se calma.
Cet instant magique fut la clé pour débloquer la situation.
La mère comprit que son bébé avait un père et vit ce geste de père. Celui qui l'avait abandonné, enceinte , celui qui lui avait demandé d'avorter et empêché la naissance de cette jolie petite fille, était un autre, un papa..
Les séances de médiations suivantes (deux) permirent de définir un accord de principe dont les modalités furent fixées à l'audience .
Le principe d'une relation parentale ne fut ainsi pas imposé mais librement accepté et cela grâce à la présence de l'enfant.
-Une médiation familiale avec un enfant de sept ans avait été acceptée par les parents en conflit en raison du déménagement du père avec sa nouvelle compagne et les enfants de celle-ci plus un enfant commun.
Le divorce avait été très difficile, laissant l'épouse seule avec son fils, divorce d'autant plus grave que les époux avaient été des amis d'enfance qui ne s'étaient pas quittés .
D'une relation « frère-sœur » à une relation conjugale , la rupture avait été très dure pour la femme malgré les précautions qu'avaient faites le mari pour lui demander le divorce.
Trois ans après leur divorce, la mère avait refait sa vie et avait changé de domicile mais n'avait pas d'enfant avec son nouveau compagnon, son fils restant au centre de sa vie et ayant joué un rôle protecteur et de consolation pendant son « veuvage ».
Le père avait aussi déménagé et avait deux enfants avec sa nouvelle compagne.
Les résidences des parents étaient très éloignées par rapport à Paris où les époux avaient eu leur domicile conjugal.
En raison de l'éloignement du père, la mère avait engagé une procédure pour voir fixer la résidence de l'enfant à son domicile au lieu de la semaine alternée, convenue dans leur divorce d'accord.
Ses arguments étaient appuyés par des considérations exactes, le trajet par la route de son fils tous les jours pendant la semaine du père pour l'amener à l'école, l'obligeant à se lever une heure au moins plus tôt pour être à l'heure.
Les transports en commun étant inexistants entre les communes où habitaient les parents.
Le père refusait cette demande attribuée selon lui à un désir de vengeance.
Le trajet n'était pas si long, et la mère avait déménagé sans l'en informer et lui était aussi en droit de vivre dans un appartement plus grand et mieux adapté à la nouvelle composition familiale. Son fils avait une chambre spacieuse et il n'avait jamais été en retard.
Les parents proposaient à la médiatrice de faire le chemin et de la chronométrer ce qui n'était pas son rôle.
Il fallait qu'ils fassent eux-mêmes la démarche de médiation.
Ils acceptèrent que leur fils soit entendu par la médiatrice seule puis avec eux pour savoir ce que leur fils en pensait.
Le jeune garçon fut catégorique, révélant un sens du juste arythmétique.D'emblée il s'assit dans le fauteuil tournant et avant de répondre à la médiatrice qui lui demandait ce qu'il pensait des préoccupations de ses parents, il prit une feuille de papier sur la table et compta par semaine les nuits passées chez son père et les nuits passées chez sa mère qui étaient à parts égales et déclara sans aucune hésitation qu'il fallait que ce partage reste comme cela.
Il n'exprima aucun jugement sur son père- qui était pourtant parti et avait eu des enfants- désirant bien au contraire maintenir ce partage équitable pour lui.
La voiture ne le fatiguait pas, au contraire il pouvait se reposer et parler aussi avec son père.
Ce trajet en voiture était un contact privilégié.
Il exprima qu'il était très content de son emménagement qu'il avait une belle chambre, son école allait bien bref que tout était bien.
Sur invitation de la médiatrice, il alla chercher ses parents, anxieux et très tendus.
La médiatrice lui demanda s'il était d'accord pour redire à ses parents ce qu'il lui avait dit en confidence ou s'il préférait qu'elle s'en charge. Les deux solutions furent faites. Il parla et elle compléta et ensuite la médiation se centra sur les parents.
La médiatrice comme les parents avaient bien insisté sur le fait que c'était aux parents de décider mais l'abord du problème fut vidé de toute tension par les parents qui comprirent que leur fils existait, avait son opinion et que leur conflit devenait vide de sens.
Le lien équitable devait être maintenu.
En deux séances suivantes avec les parents, les aspects psychologiques de la situation furent abordés : le choc de la séparation mal vécue par l'enfant , qui avait demandé à sa mère de ne pas avoir d'autres enfants avec son nouveau compagnon, ce petit garçon qui avait besoin de son père.
Les parents reprirent leur calendrier, modifièrent les jours de la semaine passée chez le père pour réduire les périodes de trajet mais avec le même nombre de nuits pour rassurer leur fils sur l'affection équivalente que représentait pour lui ce partage.
L'audition de leur fils les déterminèrent aussi à ce qu'il voit un pédopsychiatre pour qu'il évacue cet abandon paternel et reprenne sa place de petit garçon, et non de consolateur de sa mère .
Et les relations parentales furent reprises cette fois sur un centre d'intérêt commun, l'enfant.
L'espace médiatique a permis ces découvertes qu'une audition en audience n'aurait pas pu faire.
La médiation a recomposé le cadre et actualisé, a fait surgir les problèmes vécus par l'enfant et les responsabilités parentales a a dépassé les positions conflictuelles qu'avaient
prises les parents .
L'audition des adolescents est une autre approche du sens de la justice dans la séparation des couples.
Elle fera l'objet d'un autre chapitre.
A suivre
Francine SUMMA
Qui vous demande votre avis et vos histoires
Répondre sur le blog ou sur francine@francinesumma.com
Le 27 septembre 2009
