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le mariage est-il "ringard"?

  • Par francine.summa le
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LE MARIAGE EST-IL "RINGARD"

Aperçu du mariage après le Jugement du Tribunal de Grande Instance de Lille du 1er avril 2008 ayant annulé le mariage pour non virginité de l'épouse.

La valeur du mariage en 2008

Y a t il un retour aux valeurs traditionnelles après les années "babacool" des années des années 1990 ?


Par Francine SUMMA


Avocate au Barreau de Paris

Praticienne du Droit de la Famille et Médiatrice familiale


Présentation:


Le Jugement du Tribunal de Grande Instance de Lille du 1er avril 2008 ayant annulé le mariage d'un couple musulman de nationalité française pour non virginité de la femme, considérée comme une qualité essentielle permet une réflexion sur l'état du mariage en France.

Cette question est d'actualité.

Selon les statistiques du Ministère de la Justice le "démariage" poursuit son développement et les couples préfèrent vivre en concubinage ou recourir au PACS,

En 2003, 288 300 mariages ont été célébrés.

Le mariage est une confirmation d'une situation présente.Les époux ont eu des enfants issus de leur union ou d'une union précédente

. On se marie tard , en moyenne à 30 ans pour les hommes et à 28 ans pour les femmes.

Le mariage continue de représenter une valeur symbolique d'engagement sérieux et en principe définitif.


Le mariage continue donc de représenter une valeur symbolique d'engagement sérieux et en principe définitif.


Ce symbole est fort puisqu'il a conduit à la virginité de l'épouse qui a été jugée ,dans notre république française ,comme une qualité essentielle.

Y aurait-il eu la même décision en présence d'un pacs?

Il est permis d'en douter.


Malgré l'évolution des moeurs et la prétendue libération de la femme , nos Juges ont accordé une demande faite non pour protéger l'épouse mais pour sauvegarder la fierté du mari.

Le symbole de la femme vierge est donc bien toujours ancré dans les esprits .


Cette décision est elle critiquable?

Quelle conditions sont demandées par la Loi française pour se marier?


Rappelons les grands principes:


1°) Il faut être deux, de sexe différent: interdiction du mariage homosexuel et d'âge autrefois pubère, désormais de 18 ans même pour les filles.




2°) Il faut être célibataire ou assimilé (divorcé): interdiction de la bigamie.


3°) Il faut le vouloir: obligation d'un consentement libre et éclairé: interdiction des mariages "forcés" ou clandestins ou sans la personne présente, obligation d'autoriser les mariages des mineurs ou des incapables majeurs dans un souci de protection de la personne incapable de discernement.


4°) Le mariage est un mariage civil et non religieux..

C'est la première condition historique depuis les premières Lois sur le mariage. La révolution française a décapité le Roi et le mariage catholique religion du Royaume. l Loi du 20 septembre 1792. ).Le "sans culotte" devait se marier à la mairie , portes ouvertes,devant le Maire ou un suppléant , habilité, à l'étranger par les Consulats, pour les militaires selon des formalités d'autorisation justifiées par les impératifs du "secret défense".La publicité du mariage est assurée par la publication des bans à la mairie et par l'obligation d'avoir au moins deux témoins du mariage.



5°) le Code Civil de 1804 a fait du mariage une institution, conférant des droits et des obligations aux époux envers eux et leurs enfants et des droits patrimoniaux de base, obligatoires pour tous .

Un statut des biens de droit commun, communauté de biens a été instauré sauf à modifier par contrat de mariage , donnant ainsi un double connotation au mariage: institution pour les devoirs des époux entre eux et leurs enfants et contrat pour les biens;régime communautaire ou séparatiste.


6°) Les qualités des époux non exigées par la Loi:

Il n'est pas nécessaire d'être vivant ni en état de procréer.

Il est possible d'épouser un mourant ou une personne décédée "mariage post mortem".


Telles sont ,sommairement, les conditions du mariage de fond et de forme selon la loi française.


Une fois mariés, les époux et les témoins sont invités à signer le registre de l'Etat civil de la mairie du mariage qui sera l'acte de mariage. La .mention du mariage est portée sur les actes de naissance des époux .


La virginité des époux ou l'appartenance à une religion ou une secte n'est donc pas une condition nécessaire dans le mariage civil français.

Fallait-il donc annuler le mariage de Lille?

Il est permis d'en douter.


La virginité est du domaine de l'intime.

"Dans le mariage, trompe qui peut" disait LOYSEL (16 ème siècle). Le dol n'a jamais fait partie d'un cas légal d'annulation du mariage. Seuls étaient légaux, la violence (mariage de force) ou l'erreur sur la personne, mais prise en tant qu'erreur sur l'identité de la personne .


Les cas jurisprudentiels sur l'erreur étaient très rares.

L'appartenance à une religion ou autre ou au contraire l'athéisme n'étaient pas admis.


L 'INTIMITE RELEVE DES DROITS DE LA PERSONNE QUI RELEVENT DE LA CONVENTION EUROPEENNE DES DROITS DE L'HOMME ET DES PRINCIPES DE NON DISCRIMINATION.


Ces Principes de valeur supérieure aux Lois Françaises sont intégrés directement dans les règles de droit des pays de l'Union européenne et il y en a 27 désormais.


Le droit de chacun de se marier et de fonder une famille est un droit fondamental (article 12 de la Convention Européenne des Droits de l'homme).

La convention érige en outre le principe de la non discrimination à raison du sexe (article 12) et au respect de la vie privée de toute personne (article 8).


Un jour fera qu'au nom de ces principes, il y aura probablement en France un mariage légalisé pour les couples homosexuels, mariage intégré dans plusieurs pays y compris de grands pays catholiques comme l'Espagne.


Un jour viendra où il y aura un statut européen du mariage avec les mêmes droits pour tous les membres de l'Union européenne et les résidents dans cet "espace de liberté, sécurité, justice".


CONCLUSION:


La petite histoire de ce Jugement serait que le Tribunal a voulu rendre service à l'épouse qui avait confirmé le demande de son mari et demandait l'annulation de son mariage.

Mais, les Juges ne sont pas saisis pour rendre service. Ils sont tenus d'appliquer la Loi. Même ne considérant que le mari estimait que le virginité de son épouse était pour lui une condition essentielle de "qualité", pour sa religion, cette qualité seulement exigée de la femme, est discriminatoire et attentatoire au principe de laïcité du mariage républicain, égal pour tous et aux principes européens.

Le mari n'avait qu'à s'en prendre à lui-même. Comment reprocher à une femme de plus de trente ans,ayant déjà un vécu, infirmière, dans la vie active, dans un pays libéral qu'est la France de n'être pas vierge? Cette notion de "primeure" est vexatoire pour la condition féminine, considérée comme une marchandise, une voiture neuve, de première main ou de seconde et plus...

Si telle était le"crédo""du mari, pourquoi n'a-t-il pas fait un mariage suivant sa religion conclu par l'intermédiaire de familles, selon les rituels traditionnels?

C'était son droit, un droit respectable comme toute personne pratiquante quelque soit la religion.


La République respecte et protège les religions.

Mais elle protège aussi les personnes et leurs droits .

Il y a eu atteinte à ces droits essentiels de la personne et de la Femme. Il y a eu "répudiation" d'une femme coupable.

C'est cela qui est choquant .

Le divorce était la seule procédure à intenter pour dissoudre ce mariage,

Qu'en pensez-vous?

Réponses souhaitées sur mon blog.

Francine C.SUMMA

Le 212 août 2008



5 commentaires

Une analyse toute personnelle

  • Par Tenshintai le

Voici bien une analyse toute personnelle de la décision du Tribunal de Grande Instance de Lille.


Votre article est certes compréhensible et doté d'un certain raisonnement, cependant, il est néanmoins un peu hors sujet en ce qu'il prend pour base la décision du TGI de Lille.


Dans les grands principes dui mariage, vous rappelez vous-même que le consentement de chacun doit être libre et éclairée.


Lorsque deux parties (et il s'agit bien de deux parties et non d'une seule) s'accordent pour considérer que la virginité de l'un constitue un élément essentiel de leur consentement et que cette virginité n'existe pas, on ne peut considérer que le consentement a été libre et éclairé.


En outre, il est particulièrement dangereux pour les libertés individuelles que la société "bien pensante" dicte ce qu'il est bon ou non de considérer les qualités des époux qui peuvent être considérée comme essentielles ou non.


Si des époux, pour des raisons religieuses ou non, sont d'accord pour que telle qualité soit un élément essentiel déterminant leur consentement au mariage, qui êtes-vous pour lui interdire ?


La référence aux libertés fondamentales et à la CEDH est également, à mon sens, hors sujet.


Ou plutôt devrait-elle légitimer la décision du TGI de Lille. C'est justement parce que le juge ne peut s'immiscer dans l'intimité des époux qu'il n'a pas à porter de jugement sur ce qui peut ou non constituer pour une qualité essentielle.


Dès lors que les époux reconnaissent que telle qualité était essentielle pour eux (ce qui est le cas en l'espèce), le juge n'a pas à en apprécier l'opportunité.


Par ailleurs, vous indiquez que le mariage est une institution depuis le Code civil de 1804. Il suffit de relire le discours préliminaire de Portalis pour s'aperçevoir du contraire.


Le mariage n'est pas une institution, c'est un contrat.


Le combat pour l'égalité femme/homme, pour lutter contre les mariages forcés sont naturellement nobles et il faut les mener à tout prix.


Pour autant, ne cherchons pas des batailles là où il n'y en a pas.


religion

  • Par nawel le

Je partage l'avis émis par Tenshintai le 02/09/08 - 10:21 et j'ajouterai qu'il est faux d'écrire que la virginité ne s'impose qu'à la femme.


En effet, dans l'islam, la virginité s'impose tant à l'homme qu'à la femme. Dès lors, iel ne saurait être question d'une quelconque inégalité entre homme et femme.




déraisonnement

  • Par najet le

je trouvais le raisonnement plutôt juridique jusqu'à la conclusion, et là je me rends compte de votre subjectivité face à ce sujet, et je ne pense pas que c'est en votre fonction d'avocate que vous auriez du vous exprimer alors. mais en tant que féministe qui est choquée par l'importance donnée à la virginité.

concernant l'aspect religieux, l'islam impose l'abstinence des hommes et des femmes avant mariage, mais impose également de façon fondamentale le secret sur l'intimité de son époux ou épouse. le comportement du mari est excécrable à ce sujet, puisqu'il aurait du préserver la dignité de sa femme en ne révélant pas son secret, et même, plus islamique encore comme comportement, en lui pardonnant son mensonge et en l'épousant quand même, puisqu'elle aspirait visiblement à épouser cet homme.

apprenez la religion des savants et non des militants.


Réponse

  • Par Juriste le

Maître,

Il est facile de voir dans votre article la plaidoirie d'une avocate défendant une conception du mariage, la sienne. Je me permet de vous dire que je ne partage pas votre analyse juridique de ce jugement qui est considéré par bon nombre (notamment par Monsieur Terré) comme un jugement clair et justifié.

Tout d'abord, il me semble que vous oubliez une partie de l'article 180 du Code civil, institué en 1975, cette époque (et même bien avant) où le mariage était considéré comme un contrat. Cet article dispose notamment en son alinéa 2 que "S'il y a eu erreur dans la personne, ou sur des qualités essentielles de la personne, l'autre époux peut demander la nullité du mariage." Aussi voit-on que l'erreur n'est pas simplement une erreur sur la personne. Et, étant avocate vous savez qu'il est de jurisprudence constante que cette erreur est appréciée de façon subjective, c'est à dire en fonction d'une qualité essentielle pour la partie concernée.

Je suis également surpris par l'atteinte à la laicité que vous invoquez dans la mesure où ce jugement est parfaitement conforme, à mon sens, au principe de laicité. La laicité n'est pas le rejet de toute religion, elle est l'absence de religion au sein de la sphère publique. L'Etat ne subventionne ni ne privilégie aucun culte. La religion est exclue du domaine public mais est protégée dans la sphère privée tant par la CEDH que par le droit français et désormais par la Charte européenne des droits de l'homme. Il ne fait aucun doute que, si le mariage est civil, il ne relève en aucun cas du domaine public mais de la sphère privée. Ainsi, le principe de laicité, qui protège la religion dans l'intimité des gens contre toute atteinte par l'Etat, n'a pas été transgressé par les juges qui ne sont pas intégré dans le for intérieur des parties.

La viriginté était une qualité essentielle pour le mari (on en pense ce que l'on veut), alors le mariage peut être annulé.

Je suis également choqué par le fait que l'ensemble des détracteurs à ce jugement invoque la confession musulmane des parties. Or, le jugement ne fait en aucun cas mention de cette qualité, arguant même de la nationalité française des deux parties. N'est-il pas alors possible de penser que cette difficulté peuisse se rencontrer dans d'autres circonstances? Ne peut-on pas considérer qu'au delà du défaut de viriginté, c'est le mensonge qui a pu faire penser au mari que toute confiance était désormais impossible?

Dans tout ces cas, qui sommes nous pour imposer une vision des valeurs à certaines catégories de personnes? Des valeurs qui auront changé (dans un sens ou dans un autre) d'ici 5 ans.

Enfin, vous invoquez, comme beaucoup d'autres, le terme de répudiation. Je pense donc que vous connaissez parfaitement cette procédure qui, si elle pet appraitre discriminatoire dans ces conditions, est beaucoup moins radicale qu'une annulation dans ses effets puisque, ce type de divorce (il ne s'agit que de ca), n'a pas d'effet retroactif.

Je peux donc comprendre que l'on trouve choquant de vouloir une femme vierge pour le mariage mais je ne comprends pas comment des juristes puisse affirmer que ce jugement est une abomination.

Dans ce cas, ne peut-on pas considérer comme une double peine le fait d'annuler un mariage parce que la mari avait fait de la prison (1971)? N'est-il pas de même tout aussi choquant d'annuler un mariage parce que le mari était impuissant (comparaison efféctué par le Médiateur de la République) (1982)?

L'objectivité de cette affaire doit conduire à mon sens à cette seule conclusion que ce jugement est clair et justifié.


Enquetes privées.

GAPA Investigations Privées est une société privée composée des enqueteurs privées diplomés d'Université Panthéon ASSAS PARIS II qui effectuent des enquetes,recherches,investigations privées,filatures,surveillances dans le domaine du droit privé à Paris en France et à l'Etranger pour la compte des partiuliers,entreprises,Cabinets d'Avocats,assurances etc. Pour plus d'informations et pour une consultation gratuite visitez notre site: http://www.investigations-privees.com.

Gabriel DEDU – LAVARDA

Enquêteur de Droit Privé

Diplômé d'Université Panthéon ASSAS PARIS II

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