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l'audition de l'enfant en médiation familiale (2ème partie)

  • Par francine.summa le

QUAND LES ENFANTS DIVORCENT

2ème partie

L'AUDITION DE L'ENFANT EN MEDIATION FAMILIALE



Par Francine SUMMA

Avocat et Médiatrice familiale



Présentation :


L'audition des mineurs dans les procédures qui les concernent, avait été peu appliquée avant la Loi du 5 mars 2007 dans les procédures.Une certaine résistance des Juges à accepter ces demandes ou à les réduire à une audition décevante pour les mineurs .


La médiation familiale a connu cette réticence et les centres de formations en France posaient en dogme l'interdiction de faire venir les enfants en médiation.


A l'opposé des formations d'esprit anglo-saxon, le Canada, où les médiations avec les enfants étaient et sont pratiquées avec une méthodologie adaptée à l'âge de l'enfant.


Un jeune enfant n'aura pas la même approche qu'un adolescent et il le médiateur doit s ‘adapter à cette différence.


Un accueil plus ludique sera privilégié pour un petit enfant afin qu'il ne soit pas effrayé et reste authentique.


Un adolescent en conflit parental violent devra être entendu avec une écoute profonde et des connaissances psychologiques du médiateur.


Le succès de ces médiations par rapport à une audition judiciaire est du à un temps d'écoute approfondi et de mise en relation avec les parents si le mineur en est d'accord et si les parents acceptent de participer à la médiation.


L'expérience vécue le démontre .



Chapitre 1 : Les enfants jusqu'à 14 ans :


Du plus jeune âge (enfant dans une poussette) au plus âgé (adolescent) la présence de l'enfant dans le conflit parental a permis aux parents de comprendre que l'intérêt de leur enfant n'est pas forcément celui qu'ils pensent et de renoncer ou de modifier leurs demandes.


-Une médiation familiale avait été ordonnée par le Juge sur la demande d'un père d'avoir un droit de visite et d'hébergement sur sa petite fille reconnue très tard après avoir demandé à son ex-compagne d'avorter, et le refus de la mère précisément pour cette raison qui avait provoqué la rupture de leurs relations.


Arrivée avec sa poussette et la petite fille déjà âgée de vingt mois, car elle n'avait pas de possibilité de la faire garder, la médiation commença très mal entre les deux, chacun à son tour de parole, revenant sur le passé lourd.


La médiatrice temporisait en remettant les parents au cœur du débat présent et non (pas trop) sur leur séparation.

La médiation devant d'une part évacuer le conflit pour revenir à cette petite fille.

Si le principe était compris il n'était pas appliqué et les relations repartaient en vrille.


Au cours de ces discussions, la petite fille bougea et la mère la prit dans ses bras tout en continuant sa harangue contre le père.


La petite fille gigota vers le père , presque sur le point de tomber et se mit à crier ;D'un geste spontané, le père tout en répliquant à la mère prit la petite dans ses bras pour éviter une chute et elle se calma.


Cet instant magique fut la clé pour débloquer la situation.


La mère comprit que son bébé avait un père et vit ce geste de père. Celui qui l'avait abandonné, enceinte , celui qui lui avait demandé d'avorter et empêché la naissance de cette jolie petite fille, était un autre, un papa..


Les séances de médiations suivantes (deux) permirent de définir un accord de principe dont les modalités furent fixées à l'audience .


Le principe d'une relation parentale ne fut ainsi pas imposé mais librement accepté et cela grâce à la présence de l'enfant.


-Une médiation familiale avec un enfant de sept ans avait été acceptée par les parents en conflit en raison du déménagement du père avec sa nouvelle compagne et les enfants de celle-ci plus un enfant commun.


Le divorce avait été très difficile, laissant l'épouse seule avec son fils, divorce d'autant plus grave que les époux avaient été des amis d'enfance qui ne s'étaient pas quittés .

D'une relation « frère-sœur » à une relation conjugale , la rupture avait été très dure pour la femme malgré les précautions qu'avaient faites le mari pour lui demander le divorce.


Trois ans après leur divorce, la mère avait refait sa vie et avait changé de domicile mais n'avait pas d'enfant avec son nouveau compagnon, son fils restant au centre de sa vie et ayant joué un rôle protecteur et de consolation pendant son « veuvage ».

Le père avait aussi déménagé et avait deux enfants avec sa nouvelle compagne.

Les résidences des parents étaient très éloignées par rapport à Paris où les époux avaient eu leur domicile conjugal.


En raison de l'éloignement du père, la mère avait engagé une procédure pour voir fixer la résidence de l'enfant à son domicile au lieu de la semaine alternée, convenue dans leur divorce d'accord.


Ses arguments étaient appuyés par des considérations exactes, le trajet par la route de son fils tous les jours pendant la semaine du père pour l'amener à l'école, l'obligeant à se lever une heure au moins plus tôt pour être à l'heure.


Les transports en commun étant inexistants entre les communes où habitaient les parents.


Le père refusait cette demande attribuée selon lui à un désir de vengeance.




Le trajet n'était pas si long, et la mère avait déménagé sans l'en informer et lui était aussi en droit de vivre dans un appartement plus grand et mieux adapté à la nouvelle composition familiale. Son fils avait une chambre spacieuse et il n'avait jamais été en retard.


Les parents proposaient à la médiatrice de faire le chemin et de la chronométrer ce qui n'était pas son rôle.


Il fallait qu'ils fassent eux-mêmes la démarche de médiation.


Ils acceptèrent que leur fils soit entendu par la médiatrice seule puis avec eux pour savoir ce que leur fils en pensait.


Le jeune garçon fut catégorique, révélant un sens du juste arythmétique.D'emblée il s'assit dans le fauteuil tournant et avant de répondre à la médiatrice qui lui demandait ce qu'il pensait des préoccupations de ses parents, il prit une feuille de papier sur la table et compta par semaine les nuits passées chez son père et les nuits passées chez sa mère qui étaient à parts égales et déclara sans aucune hésitation qu'il fallait que ce partage reste comme cela.

Il n'exprima aucun jugement sur son père- qui était pourtant parti et avait eu des enfants- désirant bien au contraire maintenir ce partage équitable pour lui.

La voiture ne le fatiguait pas, au contraire il pouvait se reposer et parler aussi avec son père.

Ce trajet en voiture était un contact privilégié.

Il exprima qu'il était très content de son emménagement qu'il avait une belle chambre, son école allait bien bref que tout était bien.


Sur invitation de la médiatrice, il alla chercher ses parents, anxieux et très tendus.


La médiatrice lui demanda s'il était d'accord pour redire à ses parents ce qu'il lui avait dit en confidence ou s'il préférait qu'elle s'en charge. Les deux solutions furent faites. Il parla et elle compléta et ensuite la médiation se centra sur les parents.

La médiatrice comme les parents avaient bien insisté sur le fait que c'était aux parents de décider mais l'abord du problème fut vidé de toute tension par les parents qui comprirent que leur fils existait, avait son opinion et que leur conflit devenait vide de sens.


Le lien équitable devait être maintenu.


En deux séances suivantes avec les parents, les aspects psychologiques de la situation furent abordés : le choc de la séparation mal vécue par l'enfant , qui avait demandé à sa mère de ne pas avoir d'autres enfants avec son nouveau compagnon, ce petit garçon qui avait besoin de son père.

Les parents reprirent leur calendrier, modifièrent les jours de la semaine passée chez le père pour réduire les périodes de trajet mais avec le même nombre de nuits pour rassurer leur fils sur l'affection équivalente que représentait pour lui ce partage.


L'audition de leur fils les déterminèrent aussi à ce qu'il voit un pédopsychiatre pour qu'il évacue cet abandon paternel et reprenne sa place de petit garçon, et non de consolateur de sa mère .


Et les relations parentales furent reprises cette fois sur un centre d'intérêt commun, l'enfant.

L'espace médiatique a permis ces découvertes qu'une audition en audience n'aurait pas pu faire.

La médiation a recomposé le cadre et actualisé, a fait surgir les problèmes vécus par l'enfant et les responsabilités parentales a a dépassé les positions conflictuelles qu'avaient

prises les parents .


L'audition des adolescents est une autre approche du sens de la justice dans la séparation des couples.


Elle fera l'objet d'un autre chapitre.


A suivre


Francine SUMMA


Qui vous demande votre avis et vos histoires

Répondre sur le blog ou sur francine@francinesumma.com


Le 27 septembre 2009




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