nov.
8

l'audition de l'adolescent en médiation familiale (3ème partie)

  • Par francine.summa le

QUAND LES ENFANTS DIVORCENT

3ème partie

L'AUDITION DE L'ADOLESCENT EN MEDIATION FAMILIALE DANS LES

PROCEDURES DE DIVORCE

Suite



L'adolescent , de 14 à 17 ans a une approche très différente de celle d'un enfant plus jeune.


Une petite fille ou un petit garçon d'une dizaine d'années manifeste son besoin d'être aimé par un comportement agité, un refus de voir son père ou sa mère .


A l'opposé, l'adolescent va avoir un regard plus sévère sur l'attitude de ses parents .


Il y aura celui qui attribue les torts au parent qui est parti, qui a abandonné sa mère et ses enfants. « Tu m'as déçue, tu as brisé l'image du père que j'avais de toi... »


Il y aura aussi celui qui décide et provoque le divorce : « Quand allez-vous divorcer ? »

Chef de la fratrie, l'aîné, garçon ou fille , prend une place dominante et regroupe les plus plus jeunes. « On en a assez de vos disputes » l'adolescent va provoquer ses parents.


Toutes les situations sont complexes et dépendent de la place prépondérante de l'aîné dans la fratrie.


Exemple d'une situation vécue : Julie


Julie , âgée de 17 ans refuse de poursuivre la résidence alternée et d'aller chez son père, provoquant une demande de modification des mesures convenues.


Entendue en médiation, avec l'accord des parents et avec eux, l'adolescente a exprimé le souhait d'être laissée en dehors de leurs histoires. Elle avait du les entendre et les consoler dans leur procédure terminée deux ans auparavant.


Leur divorce avait été un fardeau pour elle et pour sa soeur plus jeune, Marie âgée de 14 ans, qui était aussi présente et opinait .


Elle avait du les consoler d'un divorce douloureux , tous les jours, et ils ne s'étaient pas rendus compte de leur excès d'égocentrisme .


Leurs problèmes d'argent, leurs problèmes de calendrier, avaient fait qu'ils avaient oublié qu'elle existait qu'elle avait ses problèmes, sa vie ...etc. Et que si elle ne voulait plus aller chez son père, c'était pour lui permettre de se concentrer.

Marie suivait.


Son père rentrait tard. La gentille Julie préparait le dîner, faisait des courses, pour elle et sa soeur, bref n'avait plus sa vie à elle qui était son travail scolaire et ses préoccupations.

Ce qu'elle avait chez sa mère qui certes travaillait tout autant mais était plus organisée.





Cela étant, Julie entraînait Marie à demander la modification.

Faisant perdre à son père le réconfort de les avoir une semaine sur deux.


Le divorce avait été préparé pour éviter la séparation des enfants avec leur père et leur mère.


La médiation produit « l'effet de miroir ».

La parole authentique est transmise par le médiateur et reportée à l'autre.


Les parents ont compris le vécu des leurs filles dans ce divorce familial et ont pu se sont mis à leur place .


Regard des parents sur eux-mêmes .


Cette séance déstabilisa les parents dans leur position conflictuelle. Ils étaient tous les deux sur le banc des « accusés ».


Je soulignerai les émotions qui passèrent à ces moments de paroles très forts : beaucoup de larmes dans les yeux , remémoration du divorce.


Il fut convenu de se revoir tous ensemble.


Cette seconde réunion mit les parents en première ligne.

La médiatrice donna la parole au père et à la mère pour leur demander ce qu'ils avaient retiré de ce que Julie et Marie avaient dit.


Le père commença par reprendre sa douleur de ce que lui avait dit Julie mais qu'il avait du recommencer un départ dans sa vie professionnelle en même temps que son divorce, qu'il avait des difficultés financières et qu'il ne demandait pas à Julie de lui préparer son dîner qu'elle le faisait pour lui mais que ce n'était pas nécessaire.

Réaction de Julie temporisée par la médiatrice.


Le père demanda que Julie se rende compte qu'elle ne lui obéissait pas qu'elle rentrait quand elle voulait, lui rappelant un souvenir de l'été précédent où elle n'était pas rentrée sans prévenir son père, mais seulement sa soeur qui avait gardé l'information.


Le drame éclata le lendemain matin : colère d'un père inquiet d'autant plus responsable que la mère éloignée pouvait s'en prendre à lui.

Et blocage de Julie refusant de se trouver en faute.

La mère informée par la suite face à la demande de Julie de rentrer était également dans une situation ambivalente.

Comprenant à la fois son ex-mari mais réduisant à de plus justes proportions le drame provoqué.







Julie n'avait pas été aussi imprudente que son père prétendait.Elle avait prévenu sa soeur.Oui, elle aurait du prévenir son père mais cela ne valait pas la peine de se mettre dans une colère noire.



La médiatrice mit de l'ordre dans un tollé général.


Elle donna la parole à Julie en lui demandant si elle comprenait la colère de son père, si elle avait été à sa place ?


Julie comprenait bien sur mais elle en faisait une question de principe. Son père avait été trop dur , il continuait de crier après elle, elle voulait qu'il lui fasse confiance.

Elle était raisonnable, il fallait qu'il la respecte.


Le père réagit encore : Julie était sortie en bande de jeunes qu'il connaissait plus ou moins , elle était courtisée par un garçon du village, il aurait pu en profiter...

Il n'était pas un père complaisant .


La médiatrice questionna le père pour lui demander si il comprenait le besoin exprimé par Julie d'avoir une vie d'adolescente à elle et de se sentir respectée en tant que telle par son père, qu'elle voulait lui dire qu'elle n'était plus une petite fille mais qu'elle savait ce qu'elle faisait ?


Et vis-à-vis de Julie, la médiatrice demanda si elle comprenait qu'il y avait une limite à son besoin de liberté, qu'elle était encore sous la protection de ses parents et qu'ils ne cherchaient que sa sécurité et son bonheur, que sa mère avait eu la même position que son père sur le principe ?


Julie restait malgré tout sur ses principes, refusant de parler à son père et d'aller chez lui.


Le noeud gorgien venait donc de la scène de l'été passé.


La médiation se termina par un échange de promesses entre les parents et leurs filles.


-Pour le père : ne pas crier après sa fille, tout en restant fidèle à ses convictions qui étaient les mêmes que celles de la mère mais en les faisant passer de façon plus adaptée à une adolescente en souffrance et en interrogation sur sa scolarité,

-Pour la mère : communiquer plus facilement avec le père afin d'adapter des positions communes, devenir un modérateur entre les filles et leur père et non un protecteur des filles contre leur père,

-Pour Julie : reprendre avec son père une relation normale, lui parler, lui faire comprendre ses états d'âmes, lui permettre de lui faire confiance par une attitude ouverte, comme elle avait su l'exprimer au cours de ces deux réunions


Les vacances de Noël approchaient. Il fut convenu que les parents prendraient des arrangements.

Julie au sortir de cette médiation dit : « On n'a jamais pris le temps de se parler. »


Plus tard la médiatrice apprit que le conflit était reparti.La médiation avait duré quelques mois mais elle n'avait peut-être pas été assez longue pour réparer une séparation vécue douloureusement par chaque membre de la famille.



Par Francine SUMMA

Avocat et Médiatrice familiale




Qui vous demande votre avis et vos histoires

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