août
24
7
votes

EPLA : Vers une Cour Européenne des Brevets ? l'opinion défavorable de l'Avocat général de la CJUE

  • Par ashvane.fowdar le
  • Dernier commentaire ajouté

La lourdeur du système européen des brevets pour des multinationales afin de faire respecter leurs différents droits de propriété industrielle à travers l'Europe a encouragé à une vaste réflexion sur la création d'un système juridique unifié pour le contentieux des brevets.


De nombreuses discussions passionnées sur le fondement juridique d'un tel système communautaire ont eu lieu entre chantres de l'Office Européen des Brevets et ceux du respect du droit communautaire.


Pour autant que l'on comprenne les divers travaux préparatoires, il semble que le Conseil Européen privilégie à présent la voie communautaire par la création d'un brevet communautaire (actuellement renommé brevet de l'Union Européenne).


Le gouvernement français est favorable à l'instauration d'un système communautaire du droit des brevets.


C'est ainsi que pour la première fois un tribunal délocalisé en Lituanie pourrait condamner des actes de contrefaçon en Lituanie, mais aussi en France. Un véritable problème de souveraineté nationale..., mais ceci n'est pas l'objet du présent billet.


En revanche, le problème linguistique est majeur pour limiter les frais - très importants - de traduction. A ce jour, le Protocole de Londres n'a ainsi pas été ratifié par tous les Etats Membres de l'Union Européenne. Dans le projet actuel, la langue de la procédure dans l'action en contrefaçon serait pour simplifier celle du lieu du défendeur, du lieu de la contrefaçon, ou la langue de la procédure de la délivrance du brevet de l'Union Européenne.


L'Avocat général de la Cour de Justice de l'Union Européenne a ainsi rendu un avis défavorable au projet actuel de Cour Européenne des Brevets et a conclu :

En son état actuel, l'accord envisagé créant un système unifié de règlement des litiges en matière de brevet est incompatible avec les traités.


Toutefois, la lecture intégrale de l'avis de l'Avocat général tempère la conclusion finale.


Parmi les problèmes actuels du projet évoqués, l'Avocat général met en avant :

- l'absence de recours juridictionnel contre les décisions de l'Office Européen des Brevets ;

- la rédaction du projet d'accord est déficiente en n'assurant pas expressément le respect des droits et libertés fondamentaux protégés par l'Union Européenne ;

- l'absence de primauté effective du droit de l'Union Européenne ;

- l'absence de garantie d'un renvoi préjudiciel devant la Cour de Justice de l'Union Européenne par les futures juridictions des brevets ; et enfin ;

- la langue de la procédure devant la juridiction centralisée est contraire aux droits de la défense.


On comprend bien que les déficiences pourraient être corrigées facilement par le Conseil européen, notamment à la suite du prochain diner ministériel de septembre.


Enfin rappelons que la position de l'Avocat général ne lie pas la Cour, qui devra rendre son avis dans quelques mois sur le projet.


* *

*

La mise en place d'une Cour Européenne des Brevets est encore bien longue mais semble en bonne voie...


Toutefois, la modification de la CBE avec l'accord des Etats non-membres de l'Union Européenne risque d'être plus difficile.


Sauf à imaginer un brevet européen par l'Office Européen des Brevets à deux vitesses : l'un pour l'Union Européenne, et l'autre pour le reste de l'Europe.


Enfin, espérons que l'EPLA s'inspirera finalement du modèle néerlandais ou français, et non pas anglais ou allemand.


Sinon, soyons certains que l'augmentation des honoraires d'avocats ne sera pas négligeable, mais plutôt excessivement substantielle.


Dans une telle situation, à quoi bon créer un brevet de l'Union Européenne moins cher si les PME n'auront plus les moyens financiers de le défendre ?



Voir aussi le commentaire de Laurent Teyssèdre sur le blog europeanpatentblog : ici



Nom : Avis CJUE Avocat général EPLA 1-09.pdf
Taille : 7 Mo


2 commentaires

Forum rei

  • Par GAGLIONE Renaud le

"C'est ainsi que pour la première fois un tribunal délocalisé en Lituanie pourrait condamner des actes de contrefaçon en Lituanie, mais aussi en France"


Est-ce que cela n'est pas déjà le cas, en vertu du règlement CE 44/2001 qui s'applique à la Lituanie ?


Si une entreprise ayant son siège en Lituanie contrefait, en France et en Allemagne, un brevet européen produisant ses effets dans ces deux pays, le titulaire du brevet peut attraire l'entreprise devant un tribunal lituanien, forum rei (article 2(2)). Le forum rei est toujours disponible et constitue le for de principe, même si le brevet européen n'a pas été délivré pour la Lituanie. Le juge lituanien peut trancher l'intégralité du litige en contrefaçon, actes commis en Allemagne et en France. Si l'entreprise lituanienne soulève la nullité du brevet européen, l'action en nullité devra être certes tranchée en France par un tribunal français, for étatique. De même pour l'action en nullité en Allemagne. Cela retardera l'action en contrefaçon, mais n'en retirera pas la compétence entière au tribunal lituanien.


Meilleures salutations


RE: Forum rei

  • Par ashvane.fowdar le

Vous avez entièrement raison en théorie. Mais en pratique, le renvoi préjudiciel devant le juge français pour la validité du titre qui s'impose au juge lituanien décourage automatiquement le breveté.



Connexion
Création d'un membre
Création d'un espace
Inscription à une communauté
Partage d'une publication
Modification d'une publication
Suppression d'une publication
Suivi des modifications d'une publication
Suivi des modifications d'un commentaire
Ajout d'un commentaire
Réponse à un commentaire