JOURNAL L'INDEPENDANT,EDITION DU 31.08.2010
PERPIGNAN "J'ai alerté la prison mais ils n'ont pas empêché le suicide de mon fils"
J'ai alerté la prison mais ils n'ont pas empêché le suicide de mon fils"
La mère de Cyril Nicoletti, le détenu qui a mis fin à ses jours samedi dernier, dénonce une faille dans le système pénitentiaire qu'elle avait prévenu quelques heures plus tôt des intentions de son fils. Elle envisage des suites judiciaires.
Elle n'est pas en colère, ne crie pas vengeance. Elle est simplement dévastée. Comme une mère qui vient de perdre son fils, quels qu'aient été ses torts... Christiane Alonzi a appris samedi matin le décès de son fils Cyril, au centre pénitentiaire de Perpignan. Mais à la douleur d'avoir perdu un enfant s'ajoute la détresse de penser que le drame aurait peut-être pu être empêché. "Vendredi, mon fils a envoyé un SMS à ses frères et soeurs dans lequel il leur disait adieu. Ils m'ont prévenu, et j'ai aussitôt tenté d'appeler la prison pour les prévenir. J'ai fini par avoir
l'un des chefs du centre de détention où se trouvait Cyril, et pour ne pas causer d'ennuis à mon fils puisqu'ils ne sont pas censés posséder de téléphones portables en prison, j'ai expliqué que je venais de recevoir une lettre de Cyril dans laquelle il disait vouloir mettre fin à ses jours. Cette personne m'a dit qu'elle allait voir ce qu'il en était, et qu'elle me rappellerait. Vers 17 heures, j'ai effectivement eu cette personne au téléphone, qui m'a expliqué avoir vu Cyril, et qui m'a dit qu'il n'y avait pas lieu de s'alarmer, ou de mettre Cyril sous surveillance spéciale. Le lendemain matin, on m'appelait pour me dire que Cyril s'était pendu dans la nuit. Il aurait eu 30 ans le 19 septembre..."
Non-assistance à personne en danger ?
Pour Christiane Alonzi, il est évident que le système a failli. "Parce que c'était la première fois que je les appelais pour les alerter. Ils auraient dû prendre cela plus au sérieux, ils auraient dû faire quelque chose. S'ils avaient réagi, ils auraient pu empêcher ce qui s'est passé...". C'est pourquoi Christiane Alonzi a pris attache auprès de son avocat, Maître Fabien Large-Jaeger. "Une information judiciaire a été ouverte par le parquet, et il est pour l'heure trop tôt pour savoir avec certitude si un délit est constitué dans cette affaire , explique l'avocat perpignanais. Cependant, nous nous réservons le droit de déposer plainte pour non-assistance à personne en danger". Christiane Alonzi souhaite aller jusqu'au bout de cette démarche. "Cela ne me ramènera pas mon fils. Je le fais pour sa fille, qui a 20 mois. Et surtout pour que cela n'arrive pas à d'autres. Pour que personne n'ait à vivre cela".
Barbara Gorrand

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