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10-10 Nouvelles règles suédoises sur les décisions pré-arbitrales/New Swedish rules on pre-arbitral decisions

  • Par edouard.bertrand le



Français (English text below)


La Chambre de commerce de Stockholm (« SCC ») vient de doter son Règlement d'Arbitrage d'un système équivalent au référé pré-arbitral de la CCI, sous le nom d' « Emergency Arbitrator ».


Les règles de l'Emergency Arbitrator sont en vigueur depuis le 1er janvier 2010. Elles sont énoncées dans l'Annexe II du règlement. A la différence du référé pré-arbitral de la CCI, elles sont intégrées au Règlement d'Arbitrage. Elles s'appliquent de plein droit aux parties ayant choisi le Règlement d'Arbitrage. Selon une information publiée sur le site de la SCC, la première décision prise sur la base de ces nouvelles règles a déjà été rendue.


L'objectif est identique : obtenir une mesure provisoire avant qu'une procédure d'arbitrage ait été engagée ou qu'une demande d'arbitrage ait été déférée à un tribunal arbitral.


La mesure est prise par une tierce personne désignée par le Board de la SCC, en qualité d'arbitre statuant en urgence (« emergency arbitrator »). La personne ainsi désignée ne peut, sauf accord des parties, agir en qualité d'arbitre dans le cadre d'un arbitrage sur le litige en cause.


Cette personne est habilitée à prendre toute mesure provisoire qu'un tribunal arbitral pourrait prendre dans le cadre du Règlement d'Arbitrage. La décision ordonnant une mesure provisoire peut ordonner à la partie qui en a fait la demande de constituer une garantie appropriée.


Une demande de désignation doit être adressée au Secrétariat de la SCC. Dès réception, cette demande est transmise à l'autre partie.


La tierce personne est désignée dans les 24 heures suivant de la réception de la demande. Sauf extension de délai motivée de la tierce personne, la décision est rendue dans les cinq jours de la transmission du dossier.


La décision est obligatoire pour les parties. Elle perdure jusqu'au rendu de la sentence arbitrale définitive, sauf révision ou rapport par la tierce personne ou par le tribunal arbitral. Elle expire de plein droit si la partie qui en a fait la demande n'a pas introduit une demande d'arbitrage devant la SCC dans un délai de 30 jours suivant la date de la décision ou si le dossier d'arbitrage n'est pas transmis au tribunal arbitral désigné par la SCC dans les 90 jours suivant cette même date.


La décision ne lie pas le tribunal arbitral saisi du fond du litige.


La procédure d'urgence a tous les aspects d'une procédure arbitrale ordinaire :


- la tierce personne a le nom d'arbitre,

- elle peut être récusée,

- elle doit rester impartiale et assurer le respect du contradictoire,

- la procédure d'urgence a un siège selon les mêmes règles qu'un arbitrage ordinaire

- la décision rendue en urgence doit être écrite et motivée. Elle porte mention du siège de la procédure d'urgence. Elle est datée et signée de son auteur.

- la décision est obligatoire et doit être exécutée par les parties.


La question se pose de savoir si cette décision a la valeur d'une sentence arbitrale. On sait que la jurisprudence française a refusé le caractère de sentence aux décisions prises dans le cadre du référé arbitral de la CCI.


Le règlement de la SCC ne tranche pas clairement la question. Il ne donne pas à la décision le nom de sentence. Cependant, il est précisé que la tierce personne a les pouvoirs énoncés à l'article 32 (1)-(3) du Règlement. Selon l'article 32 (3), une décision provisoire prend la forme d'une décision (« order ») ou d'une sentence, ce qui laisserait entendre que la tierce personne aurait la faculté de conférer à sa décision la forme de son choix.


Il y là une ambigüité qu'il appartiendra aux tribunaux, et en premier lieu aux tribunaux suédois, de trancher.


English


The Stockholm Chamber of Commerce (« SCC ») recently included in its Arbitration Rules an equivalent of the ICC pre-arbitral referee. Its name is the Emergency Arbitrator.


These new rules came into force on January 1st 2010.They make up Annex II of the Arbitration Rules. Contrary to the pre-arbitral referee, they are an integral part of the Arbitration Rules. They apply automatically to parties which choose the SCC Arbitration Rules. According to the SCC's website, one decision taken by an Emergency Arbitrator has so far been rendered.


The objective is the same : obtain an interim measure before arbitral proceedings are started or before a claim is actually remitted to an arbitral tribunal.


The measure is taken by a person appointed by the Board of the SCC to act as an emergency arbitrator. The person thus appointed may not act as an arbitrator in subsequent arbitration proceedings on the underlying dispute, unless the parties agree otherwise.


The emergency arbitrator is empowered to take any interim measure which an arbitral tribunal is entitled to take pursuant to the Arbitration Rules. The emergency decision may order the party which requested the decision to provide adequate security in connection with the measure.


An application for the appointment of an emergency arbitrator must be addressed to the Secretariat of the SCC. As soon as it is received, it is forwarded to the other party.


The emergency arbitrator is appointed within 24 hours from the receipt of the application. The emergency decision is taken within five days from the transmission of the file to the emergency arbitrator, provided that this time limit can be extended upon a reasoned request of the emergency arbitrator.


The decision is binding on the parties. It remains valid until the final arbitral award is rendered, unless amended or revoked by the Emergency arbitrator or by the arbitral tribunal. It lapses automatically if the party which applied for the measure abstained from filing a request for arbitration before the SCC within thirty days following the date of the decision or if the file is not transmitted to the arbitral tribunal appointed by the SCC within ninety days following the same date.


The decision is not binding upon the arbitral tribunal in relation to the dispute.


The emergency procedure has all the aspects of ordinary arbitral proceedings.


- The Emergency arbitrator is called an arbitrator,

- He may be recused,

- He must remain impartial and must insure that due process is observed,

- The emergency procedure has a seat according to the same rules governing regular arbitration

- The emergency decision must be in writing with stated reasons. The seat must be indicated in the award. It must be signed and dated by the Emergency arbitrator.

- The decision is binding and must be implemented by the parties.



The question arises whether the emergency decision can be qualified as an arbitral award. It is a fact that French jurisprudence considers decisions taken by an ICC pre-arbitral referree as not being arbitral awards.


The SCC Arbitration Rules do not clearly settle this question.They do not call the decision an award. Yet, it is provided in the Rules that the Emergency arbitrator has the powers referred to in article 32 (1)-(3). According to article 32 (3), an interim decision takes the form of an order or of an award. This suggests that the Emergency Arbitrator has the power to decide which form its decision will take.


This is an ambiguity which courts, first and foremost Swedish courts, need to clarify.


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