" La crise financière a agi comme une piqûre de rappel sur une hantise séculaire des français; leur pouvoir d'achat baisserait, la pauvreté exploserait et les inégalités s'accroîtraient de manière telle qu'elles annuleraient presque un demi-siècle de croissance. 57 % des personnes âgées de 20 à 30 ans pensent qu'elles vivront moins bien que leurs parents. 47 % des français estiment même qu'ils pourraient devenir un jour sans abri. Apparaissent des 'nouveaux pauvres', femmes et hommes cisaillés par les licenciements, qui deviennent les cibles favorites des marchands de sommeil prospérant sur la misère humaine. Des femmes et des hommes qui doivent se contenter de 448 euros par mois, le montant versé aux bénéficiaires du revenu minimum pour se loger, se nourrir et se déplacer. De CDI en CDD, de CDD en temps partiel, de temps partiel en intérim ou en travail au noir, ils seraient des dizaines de milliers à glisser ainsi vers la précarité, jusqu'à ce qu'une infortune quelconque - séparation, endettements, maladie - les pousse dans la rue.
Dans le même temps mûrissent les raisins de la colère. L'idée que les responsables du désastre financier continueraient de s'enrichir alors que chômage et récession menacent, alimente une colère populaire qui puise sa légitimité dans les dérives d'un système dont les élites auraient perdu le sens des valeurs morales.
.../ Autant de 'scandales' qui aigrissent les humeurs, plongent le pays dans la sinistrose et font croire aux français qu'ils sont devenus les victimes d'un monde sans foi ni loi où l'opulence des uns se nourrit de la misère des autres.
.../ Bref à en croire tous ceux qui se penchent sur la nouvelle question sociale, la France du début du XXI° siècle serait redevenue une société profondément inégalitaire, semblable à celle que fustigeait Emile ZOLA à la fin du XIX° siècle.
.../ Un siècle de croissance pour rien ? Telle est la redoutable interrogation posée à ceux qui entendent mesurer les faits et en comprendre les évolutions. Les faits ? En un peu plus d'un siècle, de la mort d'Emile ZOLA à aujourd'hui, le revenu par habitant de France est passé, en monnaie constante, d'un peu plus de 2200 euros à un peu plus de 22 000 euros; dans le même temps, toujours, le temps de travail a été divisé par deux. Autant dire que le 'prolétaire' a vu son pouvoir d'achat multiplié par dix et son temps de travail divisé par deux.
Immense progrès ou formidable illusion ?
Mythe ou réalité ?"
(Jacques MARSEILLE - L'argent des Français - Les Chiffres et les Mythes - Perrin)
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