délocalisation (5)
La Journée ANAAFA TECH s'est déroulée vendredi, dans un Palace près de la Porte de Versailles.
J'ai perdu une journée mais bon j'ai gagné des heures de formation. J'aurais dû me méfier.
Le salon AnaafaTech était en fait une foire aux diffuseurs de systèmes de gestion, de stockage ou archivages, et de données juridiques. Et parmi les stands, un banquier ( y aurait-il encore des avocats qui se passeraient de compte?) et... Navista. Gardé par deux animateurs format vigiles de discothèque. Se trouvait aussi une filiale de Google, assurant la distribution des applications que le géant Américain développe : l'agenda, les documents, photos et autres feuilles de calcul à partager. Le public d'avocats était visiblement constitué d'initiés, cabinets déjà équipés et qui venaient, sanglés dans des costards chics de ministres Congolais, confronter leur expertise en connectique.
Le prétexte ESSENTIEL à cette foire expo, cette « teuf techno » si on veut, était le RPVA, invention qui nous a fait passer de la fin de la première guerre mondiale au XXI° siècle. Grâce à la géniale caste de nos dirigeants. Le Salut soit sur eux. Et pour accueillir honorablement cette belle créature, il faut un systême de gestion à la hauteur de notre réputation. Pour « devenir un avocat à plein temps » assurait la bombe accorte qui savait par quel bout ça se dévisse.
Bon, mais un logiciel de gestion, on en a tous un, non ?
Ah, oui, mais non, en fait. Parce que mine de rien, celui qu'on a et qu'on maîtrise juste bien, il s'est ringardisé. Et on s'en était même pas rendu compte ! Il se vend encore, mais « y'a plus de pièce y'a plus d'main d'oeuvre » bref, dans six mois c'est obsolète, ça va bugger . Comme un vélo Chinois. Alors l'avenir, c'est quoi ? C'est l'intégration, mon vieux. On a plus de serveur, plus de licence (je garde quand même ma licence IV), on loue le service d'un prestataire qui intègre les données. Et ça coûte combien ? Attendez, je vais vous le dire. Pour ainsi dire rien, 40 euros HT par mois. Même pas le prix du RPVA CNBéisé du début. Et pour reprendre le fichier en stock ? Rien n'est plus simple : il suffit d'une semaine, et d'un billet de mille euros.
Bien sûr, on n'est pas obligé, rien ne nous presse. Mais si on ne suit pas, d'abord on est des petites bites, et ensuite pour les mails, il faudra continuer à perdre du temps pour les intégrer aux dossiers.
Parce que le systême d'hier, dont ce matin encore j'étais si fier, il sait pas faire.
J'ai regagné ma Saintonge tout perplexe. Presque déprimé. Les petits fours passaient mal, du coup.
Ils parlaient tous un Franglais impeccable. Pas un seul n'a prononcé l'expression « garde à vue ».
Trop la classe.
Il a été déjà maintes fois expliqué sur cette blogosphère que la suppression de Tribunaux de grande Instance, en tant qu'elle s'appliquait à des juridictions présentant des resultats remarquables en termes de productivité, en tant qu'elle supposait la construction de nouvelles structures et des investissements déraisonnables, alors que des locaux allaient être laissés à l'abandon, il a été expliqué donc qu'il s'agissait d'une énormité. Des élus UMP ont même assuré qu'il n'y avait que les cons qui ne changeaient jamais d'avis. Cependant les grosses têtes de la Chancellerie aux manettes sur le sujet n'ont pas varié.
Il y a une autre conséquence ubuesque en termes de coût pour l'Etat. En charente maritime, La Rochelle qui va hériter du TGI de Rochefort, présente une zone franche. Les avocats Rochefortais se sont donc massivement portés vers cette zone (toute proche du centre ville) pour y implanter leurs cabinets.
Pendant 5 ans, ils ne paieront plus ni charges, ni taxe foncière, ni même d'impôts sur les revenus.
Le malheur des uns....
Nous savions depuis une semaine que les magistrats, tous syndicats confondus, mèneraient le 23 Octobre des actions de protestations contre les agissements du pouvoir à leur égard.
Et du côté des avocats? La carte judiciaire, c'est la suppression des TGI, des ordres, et moins d'accès à la justice pour les démunis. Les peines planchers, l'extension des ordonnances pénales, la suppression annoncée de l'intervention du juge au profit de la médiation, rien de bon.
Pourtant le Barreau ne semblait pas s'engager. L'intervention du ministre à Lille avait déconcerté par son indigence; et aujourd'hui, toutes les chaînes montrent un mouvement massif de solidarité unissant les magistrats et le Barreau.
Ce qui agace est que la pseudo réforme de la carte judiciaire est reléléguée au rang des succès de Dati. Or chacun connaît la pagaïe noire dans laquelle on s'est engagée. La machine va se bloquer puisque rien n'a été mis en place pour l'accueil des "immigrés délocalisés". Et les recours ne sont pas encore tranchés par le conseil d'état.
Au moins les avoués auront-ils eu une tribune pour exprimer leur colère. Aux côtés de ceux du Barreau qui naguère se félicitaient de leur sacrifice.
Mais ce qui demeure fondamental est au niveau de l'éthique et des valeurs. Traiter les magistrats avec une arrogance qu'on reservait autrefois aux employés du gaz a pour conséquence de désacraliser la fonction dans l'esprit du public. Ce public qui jusqu'ici s'accommodait tant bien que mal des délais souvent excessifs, des audiences surchargées, d'un accueil souvent limite, va-t-il encore adhérer au systême et pour combien de temps?
Précisément les comportements agressifs se sont multipliés dans les TGI qui sont sur le point d'être fermés.
Un pas a été franchi par le pouvoir en commençant à mettre en pièces l'institution. Il n'est pas sûr que celle-ci s'en remette grâce aux gadgets informatiques.
Fichier joint concocté par les fonctionnaires de justice, mais dont nous pouvons aussi tirer profit!
Nom : solution mobilité.pdf
Taille : 1 Mo
En lisant le titre de "La lettre du Conseil" de ce mois, depuis mon petit Barreau Charentais Maritime, promis à la délocalisation dans quelques mois, tandis que son TGI se vide peu à peu de ses juges, gratifiés quant à eux de destinations ensoleillées, je ne peux m'empêcher de penser aux communiqués militaires diffusés en Mai et Juin 1940 assurant que tout était sous contrôle et que le repli stratégique fonctionnait à merveille...
