J'ai déjà sur ce blog dénoncé la fausse bonne idée que représente le simulacre de débat contradictoire que met en scène la Loi applicable depuis le premier aout dernier; voir "La Justice dans le délire".
Cette loi systématise l'intervention du juge des libertés (JLD) pour valider les hospitalisations d'office, les hospitalisations sans le consentement du patient.
Le systême mis en place (que de précèdents textes avaient déjà imaginé mais sans les ritualiser avec un caractère automatique) a suscité l'opposition de l'immense majorité des soignants. Seuls se sont félicités quelques notables du Barreau, saluant la grandeur d'un métier qui permet de porter la parole dont serait privé celui que la maladie a rendu vulnérable...
Sauf que dans la pratique, faire intervenir le JLD pour valider une "détention" en restaurant "la parole à la défense" c'est ni plus ni moins que faire du psychiâtre un agent de l'administration pénitentiaire, et du patient celui qui a transgressé la règle, la loi, l'ordre, c'est à dire un présumé délinquant.
L'hospitalisation est exclusivement un acte de soin.
Et l'avocat?
Rappelons d'abord qu'il n'est nullement "obligatoire" . A la différence de ce qui se passe devant le Juge des Enfants. Ou de ce qui se passait devant le Tribubnal Permanent des Forces Armées.
La loi promulguée en juillet 2011 au contraire a rappelé que la faculté d'être assisté(e) devait être laissé au choix de la personne: elle peut faire appel à "son" avocat, elle peut aussi demander qu'il lui en soit désigné un. Et dans cette dernière hypothèse, le coût de l'intervention peut être à sa charge si ses revenus sont supérieurs au plafond de l'aide juridictionnelle. C'est à dire qu'il faut l'informer de ce droit, qui est une faculté seulement. Et l'informer avec loyauté, cette formalité étant necessairement la responsabilité des soignants qui n'en ont pas forcément le loisir.
Or dans la majorité des cas, les barreaux désignent des avocats qui vont intervenir sans discerner au "profit" de chaque patient. Et lesdits patients seront "entendus" au sens policier du terme, à la queue leu leu juste avant "l'audience"... Les avocats qui dans un grand nombre de cas vont examiner l'ensemble des dossiers prévus pour être évoqués. Sans y avoir été invités au préalable par lle principal intéréssé.
Dès lors l'avocat porte la parole de qui? D'un client qui n'a rien demandé et dont les propos sont parfois dans le hors sens. Alors quelle parole? Quel respect du sujet??
Et le JLD, qui n'a pas le choix quant à lui et doit l'entendre, l'infortuné patient, n'est pas chargé ni de le juger ni de juger ses actes. Il est chargé de quoi au juste? Personne n'en sait rien, au fond. Puisque son intervention n'est pas destinée à vérifier la légalité de l'"internement" (laquelle relève du juge administratif), ni la voie de fait, qui était déjà susceptible avant la loi d'être dénoncée.
Et si un abus venait à être découvert, on se demande un peu dans quelles circonstances, puisque par définition quand il y a complot, il y a mise en scène et dissimulation, il n'a pas compétence pour statuer sur une eventuelle réparation.
Alors pourquoi avoir cédé si vite aux prétendues exigences du Conseil Constitutionnel?
Il suffisait de rectifier les dispositions prêtant le flanc à critique. Sans pour autant franchir le pas d'assimiler l'hospitalisation sans consentement à la mise en détention.
Le recours au JLD, qui existait déjà, pouvait être facilité par une notification systématique des droits à la personne concernée.
Qu'on ne vienne pas dire que le systême peut prévenir ou faire apparaître des abus. On n'est plus au temps de Camille Claudel et les contrôles existent. Si des dérives sont toujours possibles, ce simulacre de justice ne fera que les vitrifier, les escamoter.
Ce systême qui ignore la notion de sujet et le respect qui s'y attache n'a été conçu que pour répondre au besoin sécuritaire d'une politique et dénature la mission des acteurs du soin psychiâtrique. Il est totalement dépourvu de lisibilité et ne fait que compliquer la tâche des soignants. Il crée des contraintes supplémentaires qui inciteront sans doute les psychiâtres à renvoyer "dans leur foyer" de manière prématurée des patients qui gagneraient à poursuivre leur soin.
Un systême qui pésera lourdement sur l'emploi du temps d'avocats sans que l'équitable rémunération ne soit envisagée.
Il faut le dénoncer et y mettre fin.
On m'a objecté un argument de texte:Article R3211-24
"Devant le juge des libertés et de la détention et le premier président de la cour d'appel, la représentation par avocat ou par avoué n'est pas obligatoire, sous réserve des cas où le juge décide, au vu de l'avis médical prévu au deuxième alinéa de l'article L. 3211-12-2 de ne pas entendre la personne qui fait l'objet de soins."
Et alors? Lorsque la personne ne peut être entendue par le Juge, elle ne peut être représentée que si elle en a exprimé le désir, et dans l'intention de faire passer un message! Considérer que l'avocat est capable de parler pour quelqu'un qui ne lui a rien demandé, qui est hospitalisé à la suite souvent d'une tentative de suicide, n'est qu'une mystification! Si le patient est hors d'état d'être entendu par le juge, il est probablement aussi hors d'état d'être entendu par un avocat. L'avocat ne peut pas pousser l'outrecuidance jusqu'à vérifier le diagnostic du psychiatre en allant rencontrer la personne contre l'avis des soignants!


6 commentaires
Bonne description
d'un avocat posteur !
RE: Bonne description
Oui, le qualificatif est dur mais correspond bien à la candeur dont la profession fait preuve, s'abritant derriere des clichés (defense des plus démunis, defense des libertés) sans prendre le temps ni la distance. Et sans s'encombrer de l'echange de point de vue avec des partenaires obligés, en l'occurence les médecins.
La loi nous est tombée dessus et il faut faire avec. Ce qui n'empêche pas de chercher le sens. Et je vais mettre à profit le mandat qui m'a été confié de me coller aux audiences psy jusqu'à la fin de l'année pour essayer de mettre en place des systêmes simples, genre notification aux patients dès l'admission des droits avec formulaire de demande ou renonciation à l' avocat dans la perspective de l'audition par le juge.
Il est hors de question que le Barreau s'arroge la responsabilité d'examiner tous les dossiers d'hospitalisation sans consentement pour vérifier au cas par cas s'il n'y a pas d'abus, et rencontrer chaque patient pour s'assurer de son libre arbitre.
En définitive, il est probable que très peu de patients nous solliciteront; et le Bâtonnier n'aura à désigner un avocat que dans le cas où il y sera invité.
Le libre arbitre...
C'est précisément ce qui manque momentanément au "patient" souffrant de troubles psychiatriques aigüs qui nécessitent des soins et posent la question de l'hospitalisation d'office pour administrer les soins adéquats.
Une difficulté tient à identifier l'intérêt du patient (d'être soigné pour aller mieux) et à le distinguer de l'intérêt de la société (d'être préservée des effets de l'agresssivité éventuelle du patient).
Reste le problème de l'entourage familial, auquel la psychiatrie moderne attribue le soin du patient...au risque, entre autres, que ce patient se retrouve SDF par "rupture familiale".
RE: Le libre arbitre...
"Reste le problème de l'entourage familial, auquel la psychiatrie moderne attribue le soin du patient..." Calomnie ou ignorance ?
avis mitigé
en ce qui me concerne, ayant été amené à intervenir dans le cadre de cette nouvelle loi, je ne l'ai pas trouvée inutile...
RE: avis mitigé
En étant seulement inutile, il n'y aurait aucun mal; la difficulté est qu'elle risque fort d'avoir des effets nuisibles, au moins indésirables.
L'intervention à chaud et à la chaîne du JLD ne fera qu'entériner des situations parfois piégées. Et ce qui fait en particulier débat, c'est la pratique de l'avocat visant à porter la parole de celui qui, selon l'avis du médecin, n'est pas en état d'être entendu. Là on est en plein dans la tarte à la crème. C'est le psychiâtre qui a estimé à un instant T que cette audition n'était pas possible; pas question pour l'avocat de vérifier cette appréciation en s'exposant contre le gré du praticien à aller intervieuwer le patient, evidemment; ou alors on est dans la sorcellerie. Parler pour lui? Pour demander si un vice apparaît au dossier à ce que la main levée soit ordonnée? Mais qui nous fera croire que retourner chez lui est le désir ou l'intérêt du quidam? Qui va pouvoir affirmer que l'intéressé est d'accord pour qu'un tiers, fut-il avocat, est allé fouiner dans son dosier sans qu'il ait demandé quoi que ce soit?