déc.
13

Mise en examen de la banque islandaise aux 400 victimes

  • Par david.dana le

Le Parisien, le 24 octobre 2011


Ils voulaient un prêt pour investir, ou simplement être à l'abri du besoin. Ils risquent désormais de perdre leur logement. Engagées dans un long combat, les victimes françaises de la banque islandaise Landsbanki ont remporté vendredi dernier une première victoire. L'établissement financier, en faillite depuis 2008, a été mis en examen pour « escroquerie » et « défaut d'agrément » via sa filiale luxembourgeoise par le juge parisien Renaud Van Ruymbeke.

Selon le rapport d'un cabinet d'audit indépendant, plus de 400 emprunteurs, pour la plupart français, mais aussi espagnols, italiens et portugais, ont contracté l'un des prêts obscurs accordés par la banque entre 2006 et 2008. Le plus célèbre d'entre eux, le chanteur Enrico Macias, se retrouve avec une dette de 43 M€.

Elle aurait passé sous silence ses difficultés financières

Durant cette période, la filiale luxembourgeoise de Landsbanki démarche des propriétaires de Paris et du sud de la France en quête d'argent frais. La promesse est alléchante : une partie des sommes prêtées est placée par la banque dans des assurances vie à haut rendement, permettant l'autofinancement du crédit. Seule exigence : l'obligation pour l'emprunteur d'hypothéquer sa maison. A l'automne 2008, alors que la crise financière commence à gronder, la banque fait faillite. Et réclame depuis lors le montant des hypothèques à ses clients, afin de rembourser ses propres dettes.

Enrico Macias, l'une des victimes du montage douteux, dépose plainte en mai 2009. Depuis, 28 autres emprunteurs français se sont portés partie civile. En plus de l'absence d'agrément pour effectuer des opérations d'investissement en France, Landsbanki aurait passé sous silence ses difficultés financières.

« A l'époque des prêts, la banque savait qu'elle était au bord de la faillite mais n'a rien dit à ses clients », explique Me Edouard de Lamaze, l'un des avocats d'Enrico Macias. Pire : les sommes prêtées, le plus souvent comprises entre 1 et 2 M€, auraient été surévaluées par rapport au profil des emprunteurs. « La banque avait conscience que ses clients ne pourraient pas rembourser », estime Me Eric Morain, l'autre conseil du chanteur.

Landsbanki, elle, se défend de toute malveillance et invoque les remous des marchés financiers. « Cette faillite est due aux conséquences de la crise qui a touché l'ensemble du secteur bancaire », assure un proche de la banque islandaise. Une déconfiture qui ne remettrait pas en cause la viabilité des contrats passés, et donc des hypothèques. « En signant ces contrats, les emprunteurs étaient parfaitement au courant des risques qu'ils prenaient. » Quant aux capacités de remboursement des emprunteurs, « elles n'ont pas été surévaluées car la banque a pris en compte la valeur du patrimoine, en plus des revenus, pour calculer les capacités de remboursement ».

Même si elle n'empêche pas l'exécution des hypothèques, cette mise en examen constitue d'ores et déjà un soulagement pour les emprunteurs. « C'est une première victoire, mais nous craignons toujours de voir un huissier sonner à notre porte », explique Jean-Pierre, président de l'Association des victimes de la Landsbanki. « Les victimes sont en majorité des personnes âgées qui ont travaillé toute leur vie pour s'acheter un logement », souligne Me David Dana, avocat des parties civiles. « Des gens sont dans une situation bien plus difficile que la mienne », glisse sobrement Enrico. Parmi eux, un couple de retraités franciliens passera le 6 décembre devant un juge civil. A terme, il décidera de l'exécution -- ou non -- de l'hypothèque. Un premier jugement qui, s'il est favorable au couple, pourrait permettre aux autres victimes de conserver leur logement jusqu'à la fin de la procédure pénale.


Le Parisien


0 commentaire

Connexion
Création d'un membre
Création d'un espace
Inscription à une communauté
Partage d'une publication
Modification d'une publication
Suppression d'une publication
Suivi des modifications d'une publication
Suivi des modifications d'un commentaire
Ajout d'un commentaire
Réponse à un commentaire