Ma spécialité n'est pas la justice néanmoins, dans le journal, c'est la rubrique que je regarde en premier et mon intérêt est entier.
Votre billet d'humeur me parle y compris dans l'analyse que vous faîtes. Il y a déjà un certain nombre d'années qu'avance à grands pas la primauté des petites cases à remplir. Dans une profession où j'écoutais des gens aux activités très variées, je l'ai vue se faufiler partout avec la conséquence de stresser chacun dans son travail et l'effet pervers de déresponsabiliser par rapport à la réalité et à l'humanité.
Je n'en donnerai qu'un exemple vécu qui m'avait confirmé en 2002 ce que j'entendais alors dans la pratique de ma profession.
Dans une clinique où j'avais été opérée, la garde de nuit lors de son tour dans les chambres est entrée, a longé mon lit, l'a contourné est allée jusqu'à la table au coin mettre une croix sur une feuille. J'avais les yeux ouverts, elle est revenue pour sortir, j'attendais qu'elle me regarde, elle est ressortie sans l'avoir fait.
Le règlement avec, en fin d'année les évaluations pareillement constituées de cases à remplir, avait transformé la nature même de sa surveillance devenue : prouver que je suis passée en lieu et place de vérifier que tout se passe bien pour le malade.
Quant au pourquoi de ceux qui inventent et rédigent ces processus, celui que vous donnez me paraît juste mais j'en ajouterai un autre : Dans cette société où la marge de liberté, d'initiative, est de plus en plus réduite car il est plus simple de gérer des moutons que des humains...il peut y avoir un effet inconscient voir un besoin tout aussi inconscient de prendre un petit pouvoir là où l'on peut.
Obliger les autres à remplir des petites cases ce qui part du principe qu'il ne faut rien laisser à l'initiative de chacun etc. etc. peut, me semble-t-il, être pour certains sinon de l'ordre du plaisir au minimum de celui d'une certaine satisfaction. Etre celui qui décide des détails auxquels d'autres devront se plier peut avoir un côté jouissif pour qui n'est pas assez libre dans sa tête pour ne pas éprouver un besoin de pouvoir si communément partagé et pourtant si stérile en tant que tel.



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