nov.
19

Un réseau privé virtuel, pour quoi faire ?

  • Par nicolas.creisson le
    (mis à jour le )
  • Dernier commentaire ajouté

Nous vous présentons ici quelques réflexions sur l'e-barreau.


Dans une précédente publication, nous vous avons présenté un Décret du 15 novembre 2007 modifiant le code de procédure pénale et relatif à l'utilisation des nouvelles technologies.


Ce décret met en place les relations virtuelles entre le juge d'instruction et les avocats.


L’e-justice aurait-elle fait son apparition en France ?


Il faut rappeler qu’à l’instar des notaires (il y aurait 7500 utilisateurs quotidiens de l'Intranet notarial), les avocats disposent depuis quelques années de l’outil indispensable pour l’exercice de la profession, au XXIème siècle.


Il s’agit du « réseau privé virtuel avocat » (RPVA), également appelé « La plateforme de services e-barreau », dont la présentation est en ligne, sur www.avocat-conseil.fr.


Les tarifs d’utilisation des services avocat-conseil.fr ont été revus à la baisse, mais ils ne sont vraiment pas attractifs (pour ne pas dire exorbitant…). Ainsi, les frais de mise en service sont de 69,00 € H.T., outre un abonnement de 55 € HT / mois qui comprend la location du « Barreaupack » (boîtier d’accès sécurisé RPVA), un certificat Avocat sur clé USB et une adresse de messagerie.


Nul doute, c’est un peu cher pour la gamme de services proposés. C’est sans doute ce qui explique le peu de succès de ce réseau.


Dès lors, il nous est permis de nous poser la question : Un réseau privé virtuel, pour quoi faire ?


Certes, il pourrait être répondu, pour faire plaisir à notre Garde des Sceaux qui compte dur la dématérialisation des services de la justice pour légitimer la réforme de la carte judiciaire (la distance géographique n’existerait plus) et pour faire de substantielles économies…


Ces réponses ne sont pas satisfaisantes…


Ce réseau serait indispensable pour mettre en place la mise en état éléctronique ?


Tout a fait faux !


Preuve en est que la mise en état virtuelle des Cours administratives d’appel (hors RPVA) est opérationnelle et gratuite depuis des années.


Ce réseau nous permettrait de bénéficier d’un certificat électronique, indispensable pour la communication entre avocats et juridictions ?


Pas vraiment !


La réalité est qu’il existe de nombreuses solutions de certificat électronique gratuit.


Il faut rappeler qu’un tel certificat baptisé « Certificat Fiscal Pro » est d’ailleurs utilisé depuis le 1er janvier 2007 pour la déclaration et le paiement de la TVA des grandes entreprises. A ce sujet, voir, sur impots.gouv.fr : Un nouveau certificat électronique délivré gratuitement aux entreprises


Ce réseau nous permettrait de recevoir les copies de pièces des dossiers pénaux (comme le prévoit le décret récemment publié) ?


Absolument pas !


La délivrance de copie de dossier d’instruction numérisée existe (au pôle financier de Paris, par exemple). Elle est gratuite. Elle se fait par la communication de CD ROM, avec le logiciel ZySEARCH.


Nul besoin d’un réseau virtuel pour la communication de CD qui peut parfaitement se faire par la voie postale (au demeurant, il est totalement irréaliste de penser qu’un volumineux dossier d’instruction puisse être envoyé par mail !).


Ce réseau nous permettrait de bénéficier d’échanges électroniques totalement sécurisés ?


Là encore, pas vraiment…


La sécurité absolue n’existe pas en la matière.


En réalité, des risques de vulnérabilité existent et il est d’ailleurs expressément prévu de suspendre les services de ce réseau en cas d’apparition d’un tel risque.


Il faut se référer à la page 8 de la convention cadre nationale concernant le développement des nouvelles technologies de communication dans le débat judiciaire entre les tribunaux de grande instance et les avocats : signée le 28 septembre 2007 par la Garde des Sceaux et le Président du Conseil National des Barreaux.


Ainsi, il existe sur le marché des offres beaucoup plus raisonnables d’accès à un réseau sécurisé et à l’ensemble de l’internet. La messagerie sécurisée est incluse dans la plupart des offres ADSL. Le certificat sur clé USB cryptographique est habituellement gratuit. L’outil de signature électronique est inclus dans Outlook.


Le seul « service professionnel » avocat-conseil.fr justifie-t-il de tels excès ?


Nous avons du mal à comprendre l’utilité de ce RPVA si ce n’est d’enrichir l’entreprise France Telecom Equant, filiale de France Télécom.


Car il semble bien que le prix de ce réseau s’explique par la situation de monopole : l’accès au service e-Barreau ne sera réservé qu’aux seuls avocats utilisant le réseau sécurisé, la boite à lettre @avocat-conseil.fr et le Certificat Avocat.


Au départ, ce choix a été imposé par la Chancellerie pour des raisons de sécurité. En ce sens, la première convention a été signée le 4 mai 2005 par le Ministre de la Justice et le Président du Conseil National des Barreaux sur la communication électronique entre les TGI et les avocats qui définit une connexion unique du réseau avocat, au réseau justice.


Cette pratique anticoncurrentielle ne résulte pas d’un texte législatif ou règlementaire et n’est pas justifiée par un progrès économique pour les utilisateurs, bien au contraire.


Dès lors, nous attendons la réaction des syndicats d’avocats qui ont la possibilité de saisir le Conseil de la concurrence, compétent pour donner son avis sur une telle question et, éventuellement, pour ordonner qu’il soit mis fin à cette situation…



A consulter :


Sur presse.justice.gouv.fr Examen du projet de loi de finances 2008


Pour améliorer son fonctionnement, la justice doit utiliser les outils de son temps.


Les nouvelles technologies facilitent l’accès à la justice. Elles la rendent plus rapide, plus réactive, plus efficace.La numérisation des procédures pénales (en 2008) et civiles (en 2009), la communication électronique avec les auxiliaires de justice, la visioconférence permettront des améliorations sans précédent. Des sites pilotes les utilisent déjà avec des résultats prometteurs.


Demain, le justiciable et son avocat pourront suivre l’avancement de leur procédure sans avoir à se déplacer. Ils pourront consulter ou compléter un dossier à distance. Ils pourront recevoir un jugement par courrier électronique. Les greffes gagneront un temps précieux, qui pourra être consacré à des travaux plus utiles que la reprographie des dossiers.


Plus de 67 millions d’euros seront consacrés en 2008 aux programmes informatiques de la Justice.


Voir également, sur le site de l’Assemblée nationale : l’avis présenté PAR M. Jean-Paul GARRAUD, sur le projet de loi de finances pour 2008 (TOME IV - JUSTICE - ACCÈS AU DROIT) : La dématérialisation des documents et des procédures


Cet article est également en ligne sur Web Info Hebdo blog juridique. et sur le blog du Village de la justice.



17 commentaires

Voir également...

  • Par nicolas.creisson le

Dématerialisation ...

  • Par Baal le

De toutes façons tout ce qui est reçu sur l'intranet est imprimé ? C'est pas vrai ? :) A la limite ca peut devenir interessant sur le coût du timbre mais il ne faut pas oublier que ca ne concerne que les correspondances internes, pas les correspondances avec le client. En effet je trouve ca cher pour ce que c'est.


Dématerialisation ...

  • Par nicolas.creisson le

Je n'imprime pas tout ce que je reçois pas mail, bien au contraire...


J'ai reçu il y à quelque temps un dossier d'instruction du pôle financier de Paris.


12 CD ROM qui représentent plus de 40 tomes.


Si j'avait dû imprimer, j'y serais encore !


Ok

  • Par Baal le

Ok peut être pas vous mais beaucoup le font. J'étais une un colloque où beaucoup de professionnel ont ironisé sur le fait qu'ils n'ont jamais fait autant d'impression que depuis qu'ils ont des ordis (sensés remplacer le papier), et d'autant plus avec internet !

Vous ne recevez pas vos CD par mail ? ;)


La réponse à OK

  • Par nicolas.creisson le

Non, j'imprime le moins possible.


A la fin de certains mail, je précise : " Mettez-vous au vert ! Réfléchissez bien avant d'imprimer ce courriel... L'environnement est l'affaire de tous."


Les CD en question m'ont été envoyés par la poste (impossible de les envoyer par mail ! Mais si les services de la Chancellerie avait du bon sens, il serait prédus la mise en ligne des dossier sur un intranet du TGI, accessibles à tout avocat dans la procédure. Il n'y aurait donc plus de problème d'envoi, no ce certificat électronique...).


Au fait, pour le papier, vous avez raison, les communications élécroniques sont une économie pour l'expediteur simplement... De même pour les formulaires en ligne.


Au tribunal d'Aix, on ne distribue plus de formulaire AJ aux avocat (seulement aux particulier). On nous répond que nous pouvons les télécharger nou-même sur internet, les imprimer et les donner à nos clients (voici encore une économie de l'Etat, sur le dos des avocats !.


Limite des serveurs

  • Par Baal le

Je pense que l'absence des cd en ligne s'explique par les contraintes physiques des bandes passantes des serveurs. Consulter un formulaire ne concomme qu'au maximum une centaine de kilooctets (normalement quelques dizaines de ko). Pour une information complète et bien rangée il faudrait rendre consultable des fichiers beaucoup plus volumineux (1000 à 10.000 fois plus) ce qui poserait de gros problèmes, ou alors l'utilisation d'un nombre plus importants de serveurs ou bien encore une technologie permettant d'en faciliter l'accès. Sachant qu'en faisant cela on handicape les avocats ruraux, le haut débit ne couvrant pas toute la France, etc ... Mais bon je suis sûr que dans un futur proche la situation devrait s'améliorer :)


Et je vous félicite pour votre initiative d'encourager la limitation des impressions ! Chaque geste compte.


Limite des serveurs (La réponse)

  • Par nicolas.creisson le

Je pensais tout simplement mettre le contenu d'un dossier d'instruction en ligne. Un fichier par page "papier". L'avocat pourait télécharger ou imprimer une page isolément (il ne téléchargerait que les pièces qui l'intéresse).


L'avocat pourait ouvrir un compte sur le site en question et se faire sa blibliothèque de dossier, marquer les pages interessantes etc (il ne travaillerait plus chez lui, mais sur le site du juge d'instruction).


Exactement comme pour les livres dans GALLICA 2.


C'est possible, puisque ça existe.


Voir également...

  • Par nicolas.creisson le

c'est génial

  • Par abonné au RPVA le

Je comprend bien le scepticisme ambiant...depuis le temps qu'on attendait ça!!!

Mais ça marche!

C'est vrai le tarif est un peu élevé mais on peut espérer que les services s'étofferont!

A ce sujet je crois que le RPVA n'est plus l'affaire de France Telecom, justement depuis qu'il n'est plus nécessaire de changer de Fournissuer d'Accès Internet.

Il était en tout cas temps que la profession se réveille...les autres professions vont nous piquer des marchés si on ne s'y met pas!


Votre témoignage m'interesse

  • Par nicolas.creisson le

Il semble que de toute façon on ne puisse plus faire marche arrière !


Mais, Cher "abonné au RPVA", je suis curieux de votre témoignage.


De quel barreau êtes-vous ?


Savez-vous combien d'avocats de votre barreau utilisent le RPVA ?


Est-ce que les échanges greffes/avocats par courriel sécurisé sont effectifs ?


Je me demande si les parisiens qui disposent du service e-greffe vont adopter le RPVA...


@ abonné au RPVA

  • Par nicolas.creisson le

Après vérification, l'hébergement est bien toujours assuré par France Telecom Equant :


http://www.avocat-conseil.fr/infos_legales.html


On reparle du RPVA

  • Par nicolas.creisson le

Avec l'autorisation de l'auteur (qui souhaite rester anonyme), je reproduis un courriel d'une personne bien informée.


« Permettez-moi d'apporter quelques précisions :


Le RPVA est fourni par plusieurs prestataires conjointement :


La filiale de FT pour l'hébergement d'une partie des services du RPVA, en communication avec les serveurs disposés dans chaque TGI par la Chancellerie sous l'égide de la SSI Thales


Certeurope pour le certificat


Navista pour la sécurisation des flux entre les cabinets et le serveur du RPVA


Les fournisseurs d'accès Internet des cabinets d'avocats, maintenant avec un libre choix, ce qui n'était pas le cas avant.


Par ailleurs, permettez-moi d'exprimer ici un point de vue :


Le RPVA devrait constituer un extraordinaire fer de lance de nouveaux services en ligne pour les citoyens et votre profession devrait rebondir dessus et s'en emparer


Ce réseau permet en effet d'offrir des garanties d'authentification des interlocuteurs auxquels les justiciables pourraient s'adresser directement à terme (en toute confiance - conseils en ligne qui sont souvent excellents pour 50 euros actuellement environ, ce que vous faites je crois sur votre site), il permet une excellente traçabilité des échanges en cas de besoin.


Par ailleurs, vous ne savez pas également que le RPVA offre une plateforme téléphonique de téléassistance pour le dépannage du réseau qui va souvent bien au-delà de ce champ d'intervention, c'est pour une partie le même système que les notaires de Paris qui apprécient l'expertise technique de la Hot line (gratuite à ce jour) mise en oeuvre par Navista, incluse dans l'abonnement mensuel au RPVA.


Cela est l'occasion de faire progresser votre profession, de la moderniser et de l'inciter à s'emparer d'internet, sinon vous serez vite menacés par une e-concurrence qui vous dépassera.


C'est ce qu'on fait les Notaires de Paris et ils se sont bien modernisés, ils disposent maintenant de nombreux services électroniques totalement sécurisés qui leur permet d'étoffer les services qu'ils proposent.


C'est vrai que 55 euros par mois cela parait cher aujourd'hui, mais il faut donner sa chance à ce réseau pour permettre au CNB de financer de nouveaux services électroniques – le portail du RPVA pourra difficilement étoffer ses services sans ce financement.


Le prix a été calculé au plus juste dans la perspective d'offrir des SERVICES : pour le même prix (hors indexation courante) dans les dix ans à venir ces services doivent s'étoffer, encore faut-il donner sa chance au RPVA de démarrer le plus rapidement possible.


Vous n'avez pas idées du dévouement et de l'énergie que les équipes d'ingénieur et du CNB mettent derrière tout ça pour vous offrir le meilleur de l'état de l'art.


Au plaisir".




On reparle du RPVA

  • Par nicolas.creisson le

Sur le site de la Garde des Sceaux : Protocole de communication électronique au TGI de Nice, Discours de Rachida Dati, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice.


...Dès mon arrivée à la Chancellerie j'ai souhaité engager la justice dans une révolution numérique sans précédent.


Que représente cette convention ?


Cette convention est la preuve de la modernité de la Justice...


Voir aussi :


Convention TGI NICE - 73.5 kOctets - MSWORD


Convention CHU de Nice - 247 kOctets - PDF (PDF)


J'attends moi-même des commentaires

  • Par sylvie.lore le

sur la portée de ce discours


Je fait un relai sur mon blog...

J'ai publié un billet sur le RPVA

  • Par michele.bauer le

ICI


Un commentaire renvoie à votre article...


Nous avons eu une réunion hier qui m'a convaincue qu'il faut participer à ce nouveau système, je parle du coût aussi, il nous a été expliqué: nous allons régler une maintenance,une assistance téléphonique...



Je reparle encore du RPVA

  • Par nicolas.creisson le

ICI


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