Voici ce dont était capable un Bâtonnier du siècle passé : Interdire à tous les avocats du Barreau de plaider devant un magistrat qui avait porté atteinte aux droits de la défense.
Ce texte est extrait de la dernière chronique du barreau d'Aix-en-Provence, sous la plume du Bâtonnier COHEN : Le bâtonnier Jean Fabre de Cancerilles , une grande figure du Barreau d'Aix-en-Provence
« Le Président du Tribunal de Première Instance était à l'époque un magistrat autoritaire et exigeant. Ses audiences, notamment celles de référé, étaient houleuses et tendues, car il prétendait obtenir des avocats une excessive brièveté dans leurs plaidoiries et comme certains avocats lui tenaient tête, les affrontements étaient devenus inévitables.
Un incident plus grave que les autres finit par se produire.
Perdant tout contrôle, le Président non seulement interrompit brutalement la plaidoirie d'un avocat mais se laissa aller à tenir des propos désobligeants sur la profession d'avocat, jugée par lui parasitaire, ce après quoi, il avait levé l'audience.
On alla chercher le bâtonnier FABRE qui, mis au courant des faits, se rendit immédiatement chez le Président pour obtenir des explications et lui demander de s'excuser de son attitude envers les avocats.
Le Président s'y refusa.
Alors fut prise une décision d'une exceptionnelle gravité comme il en était très peu intervenu dans toute l'histoire du barreau français.
Le bâtonnier FABRE jeta « l'interdit sur la barre », approuvé par le Conseil de l'Ordre et l'ensemble de ses confrères.
Cela signifiait qu'il était interdit à tout avocat de se présenter aux audiences du magistrat visé par cette interdiction.
C'était paralyser une partie de l'institution judiciaire.
Le Président tint encore quelques jours et sans doute sous la pression de sa hiérarchie consentit à faire les excuses qu'on exigeait de lui.
Il s'appelait Monsieur BOUQUIER.
Les audiences reprirent alors et se déroulèrent depuis dans la plus grande sérénité sans qu'il fut désormais porté atteinte aux droits de la défense ».
C'était une époque ou on ne badinait pas avec les droits de la défense.
Ce message blog est dédié à tous les avocats qui se sont vu interrompre dans leur plaidoirie par un : « Maître, veuillez conclure ! ».
Il est également dédié à tous les magistrats qui dorment pendant une plaidoirie.
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