Historique ?
Jaubert :
"Mirabeau entra enfin dans la dernière partie de sa plaidoirie : il s'agissait de détruire l'avocat adverse en raison de sa déloyauté.
Il commença par faire l'éloge du Barreau, puis isolant Portalis, il l'interpella.
Il démontra que l'infâme était le véritable auteur du procès : s'ingéniant à faire échouer les tentatives de négociation ; violant le premier, les secrets de la correspondance. Pire, il avait personnellement cherché à lui nuire dans le dessin d'asseoir sa notoriété.
« Si un homme abuse de son impunité, si, pour toute éloquence, il vomit des déclarations injurieuses, s'il vomit le mensonge, l'emportement, la calomnie, s'il invente et dénature les faits, s'il trompe et falsifie toutes les pièces qu'il cite (...), un tel homme du plus libre des états se ravale jusqu 'à l'esclavage de la plus servile des passions. C'est une marchand de paroles, de mensonges et d'injures ».
Portalis, livide, se leva et demanda la rémission du plaidoyer que l'on venait d'entendre. Il ne pu achever et s'écroula évanoui.
Devant l'affront, mes 23 confrères, qui ne craignaient pas le ridicule, se précipitèrent chez le premier président pour lui demander sa protection.
La dernière plaidoirie de Mirabeau ne fut que rires et moqueries... Mirabeau imagina une farce : il soudoya un secrétaire et fit copier le réquisitoire de l'avocat général Monsieur de Calissane. Ce piètre acteur du Théâtre du Tholonet pouvait réciter un texte, mais il était incapable d'improviser.
Mirabeau lu en intégralité son réquisitoire en faisant précéder chaque phrases par : « on vous dira Messieurs » en pointant sa baïonnette vers Monsieur de Calissane.
Ce dernier refusa de prendre la parole, se leva et quitta l'audience.
Le 5 juillet, le parlement rendit son arrêt : la séparation de corps fut prononcée et Mme de Mirabeau fut libre de se retirer où bon lui semblait.
Dans la soirée Mirabeau, en homme d'honneur, provoqua en duel son rival, le marquis de Gallifet, qui fut légèrement blessé au bras. Néanmoins, il refusa de faire le serment de ne plus voir sa maîtresse.
Il fut donc provoqué une seconde fois en duel à l'île-sur-Sorgue, terrain neutre, où il ne se rendit pas. Mirabeau lui envoya un panier d'écrevisses, accompagnées d'un message : « Elles s'adressent à vous parce que personne ne peut mieux leur apprendre à reculer ».
Au fait, pourquoi les Marignane ne sont ils pas venu me voir ? Ils ont bien consulté tout ce qu'Aix compte de d'avocats et de juristes.
Oui, sur les 24 avocats du barreau, ils s'en étaient assuré 23 : aux Marignane les Pascalis, Siméon et Portalis.
A Mirabeau, on avait laissé qu'un seul avocat susceptible de le défendre, n'étant pas à la botte des Marignane : moi, votre serviteur, Jaubert un jeune avocat stagiaire, un simple avocat en quête d'une belle affaire à plaider, en quête d'illusions peut être...
Portalis venait de défendre un Beaumarchais quelques mois plus tôt. Péché d'orgueil, j'aurais aimé défendre un Mirabeau. Mais peut être qu'aujourd'hui, le peuple ne l'acclamerait pas de la sorte.
Quelle Ironie du sort ! Imaginons un instant qu'il m'eût confié son affaire et probablement gagné la reprise de la vie commune. Il se serait trouvé l'un des personnages les plus puissant de la noblesse provençale, et c'est en défenseur de l'aristocratie qu'il se serait présenté aux élections des États généraux".
Dans la salle :
- « Vive Mirabeau ;
- Mirabeau est élu ! »
Jaubert :
"Mirabeau ? ... Mirabeau est élu ! ... Quel beau jour que celui-ci... Quelle vengeance pour Mirabeau...
Et dire que j'était le seul...le seul du Barreau à pouvoir le défendre..., mais il préféra plaider lui-même sa cause.
Il y a cinq ans, à l'époque de son procès, la révolte était sur le point d'éclater : Les habitants de Ramatuelle menaçaient de mort leur seigneur. Au Bar, une poignée d'habitants étaient emprisonnés pour résistance et rébellion ; François de Rippert, seigneur de Monclar, se voyait refuser l'hommage que lui devait les consuls du village de Sélonnet.
A Vence, un conflit à propos d'un droit de chasse mit le feu aux poudres. Un jour, un garde du marquis, rencontra un bourgeois à l'affût, il déchargea son fusil sur lui. Le coupable ne fut bien sur pas inquiété.
Le roi fut alerté par les consuls.
L'injure fit bondir le marquis. Il était puissant et avait des amis à Aix. Ce même président des Gallois donna l'ordre d'arrêter les consuls et le conseil de la commune ; on les mena à Aix, on leur fît procès ou ils furent publiquement humiliés.
Oui, Aujourd'hui, En ce mois de janvier glacial, Mirabeau est donc élu par le peuple aux Etats Généraux, mais c'est après avoir s'être rendu compte de l'état de la France, accablée par la disette. Les rivières sont gelées et les moulins ne peuvent moudre.
Cette année, plus de 40 émeutes ont embrasés la Provence : Au Plan d'Aups, le peuple a massacré le seigneur Monsieur de Brouillony de Montferrat, à Riez et à Toulon, les palais épiscopaux ont été assiégés et les évêques rançonnés. A Aix et à Marseille, ce sont des pauvres gens affamés qui se révoltent.
Mirabeau est revenu hier, triomphalement acclamé par la foule, pacificateur à Aix et à Marseille où il rétablie l'ordre public. Je n'avais pas véritablement compris mais finalement, en perdant son procès contre ces magistrats corrompus, il a gagné le peuple...
Ah, ce Mirabeau, il mériterait que ces hommes de si peu de loi, ces aristocrates dissolus lui érigent une statue en leur palais...
Laissez-moi rêver.. Je l'imagine juste devant l'escalier central. Mais il est petit, II faudrait que la statue repose sur un haut pied d'estal. Notre Maître de l'éloquence brandirait alors sa baïonnette pourfendant ainsi la salle des pas perdus.
Tous les matins et aussi longtemps que durera la pierre, tout ce qu'Aix compte de juges et d'avocats seraient obligés de passer sous son bras tendu et de lui faire ainsi une quotidienne et posthume révérence...
FIN



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