Jaubert :
"J'étais le seul à pouvoir le défendre.
Oui, moi, Jaubert, le plus jeune avocat du barreau, j'étais le seul... mais il préféra plaider lui-même sa cause.
Je revois encore son arrivée à Aix il y a 5 ans. C'était l'hiver. Il était précédé par sa célèbre réputation de scandales : Rapt, adultère, inceste...
Mirabeau, à son habitude, était criblé de dettes. Il fréquenta le tripot, s'afficha avec des filles de théâtre et pour finir, débaucha la maîtresse de son fidèle valet de chambre.
Que venait-il chercher à Aix ? L’argent de sa femme bien sûr. Comment y parvenir ? en lui faisant un enfant évidement !
Mirabeau avait épousé d'un coup d'audace Emilie, riche héritière de la famille de Marignane. L'éloignement de son mari qui partageait son temps entre les voyages et la captivité, permettait a celle-ci de mener une vie consacrée aux plaisirs et aux galants avec la complicité de son libertin de père.
Il est vrai qu'elle avait de qui tenir : le Marquis de Marignane était le fils des amours illégitimes du marquis de Villeneuve-Vence et de Marguerite d'Orcel. Séparé de sa femme, Marignane vivait publiquement avec Mme de Croze.
En l'absence de Mirabeau, Emilie était la maîtresse de Monsieur de Gallifet et la reine de ce château du Tholonet ou se réunissait fréquemment une brillante cour épicurienne.
A propos, qu'ont-ils de plus que les autres ces Gallifet tant courtisés ? L’argent, tout simplement ! Leur fief et plantations de Saint-Dominique leur assurent plus de 500 000 livres de rente par an.
Ce petit monde menait une vie de distractions, d'agapes et d'amusements ... ces volages aristocrates avaient même formé une petite troupe et s'amusaient à jouer la comédie sur la scène du théâtre du Tholonet.
Sur ces planches, Emilie oubliait toute retenue et toute pudeur : elle n'interrompit pas la représentation, lorsqu'un courrier lui annonça que son mari, le comte de Mirabeau, venait d'être condamné à mort par le Tribunal de Pontarlier.
On raconte même que son amant, le jeune Galifet, lui aurait alors glissé à l'oreille : « qu'y a-t-il de plus joli que d'être veuve à vingt-six ans avec 60 000 livres de rente ».
Ce fut encore entre deux reprises qu'elle appris la mort de son fils... Ces nouvelles ne l'empêchèrent pas déjouer la comédie.
A son arrivée à Aix, j'ai prévenu Mirabeau qu'il serait jugé par des libertins de parlementaires qui se montrent en personne au Tholonet, et qui s'adonnent aux plaisirs frivoles en compagnie de galantes dames et d'aristocrates dissolus.
Quelle parodie de justice ! Les Marignane, la société de Tourve et celle du château du Tholonet avaient de forts appuis au parlement. Tenez, le président Grimmaldi de Raguse était cousin de la douairière de Marignane. Le président de Charleval était le frère de Mme de Croze, maîtresse du père d'Emilie.
Cousinage, compérage, complaisance... le tableau ne serait pas complet si l'on oubliait les frasques libertines du président d'AIbertas. (Ne dit on pas qu'il affiche publiquement sa maîtresse à son château de Gemenos... on raconte aussi qu'il aurait corrompu une abbesse...).
Voulez-vous d'autres exemples de débauches de ces magistrats corrompus ? je pourrais vous parler d'Angéliques de Bruny fille d'un président du parlement, de Madame de Villeuneuve, femme cette foi-ci d'un président de parlement. Tous ces aristocrates se trouvaient mêlés aux intrigues et aux galanteries de la société de Marignane.
C'est à cette époque que Mirabeau s'aperçut combien ces magistrats qui allaient le condamner étaient détestés par le peuple qui aime à répéter : « Le Parlement, le Mistral et la Durance sont la ruine de la Provence ».
Cette noblesse n'est pas uniquement dépravée, elle est aussi criminelle. Regardez cet assassin d'Entrecasteau. ! Lui aussi un habitué du Tholonet...A vingt quatre ans, il était déjà président de parlement, ce qui ne l'a pas empêcher de n'être qu'un vil meurtrier. Après deux tentatives infructueuses d'empoisonnement, il se résigna a trancher la gorge de sa femme, Angélique, pour vivre plus librement avec sa maîtresse, Mme de Saint-Simon qui elle aussi était une jeune veuve galante, fille et soeur de parlementaire.
Pauvre Angélique, elle était d'ailleurs cousine de Mirabeau. Et comme lui, victime de la noblesse provençale qui se complaît dans la turpitude. Pendant ce temps, le peuple a faim.
Et dire que sur les vingt quatre, j'étais le seul à pouvoir le défendre..., mais il préféra plaider lui-même sa cause".
(A suivre...)

9 commentaires
la noblesse dépravée
ça n'existe pas!
Catherine, il parle du temps jadis
quand il y avait des dragons, des féees, des sorcières ...
Oui, tout a fait dépravée
Imaginez un Premier Président de la Cour d'appel qui n'a que 24 ans !
Il arrive là, non pas par son mérite, mais par ses quartiers de noblesse !
Il se permer d'assaciner sa femme, puis, toute la noblesse européenne le protège dans sa fuite.
Ce que je n'ai pas raconté, c'est que, faute de l'avoir rattrapé, un procès fut organisé avec un manequi qui sera roué de coup sur la place publique.
C'était la contumace de l'époque.
(ce sera peut-être l'obljet d'un prochein article...)
Chouette !
Mais je promets...
... De faire un effort sur l'orthographe...
(quand je vois mes commentaires, j'ai honte !).
Vous bloguez le samedi, Carole ?
Des fois le matin
je regarde toujours mon blog pour savoir s'il s'y passe qq chose !
Mais comme je n'écris pas aussi souvent qu'avant il ne se passe rien.
Et puis je regarde les blogs que j'aime bien, alors oui le blog le WE.
Et vous, d'habitude vous n'y êtes pas ?
En fait
tous les jours, "des fois le matin toujours", ça ne veut rien dire !
En principe,
Jamais le W.E.
Aujourd'hui, c'est une exception. Je devais passer au cabinet pour envoyer un mémoire urgent à la CAA, pour cause de clôture menaçante.
(et je n'ai pu m'enpêcher de jetter un oeuil sur mon blog)
Mais à midi, je me baigne à la mer !
Whoua !
C'est génial ça ! Après l'effort le réconfort !
Ben vu le temps, vais sûrement y faire un tour !