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RETRAITES : ALLONGER LA DURÉE DES COTISATIONS SERAIT DISCRIMINATOIRE POUR LES FEMMES ET LES JEUNES

  • Par caroline.mecary le
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LEMONDE.FR | 12.05.10 | 11h55  * PAR Christiane Marty


Le gouvernement prépare une réforme des retraites qu'il annonce "juste". Il envisage notamment un nouvel allongement de la durée de cotisation exigée pour une pension à taux plein et/ou un durcissement du système de décote (la décote est une minoration supplémentaire de la pension qui s'applique lorsque la durée de cotisation validée est inférieure à la durée exigée). Or, ces mesures, pénalisantes pour tous, toucheraient de manière disproportionnée deux groupes de personnes : celles aux carrières courtes, qui sont essentiellement des femmes, et les jeunes puisqu'on constate au fil des générations la montée de leurs difficultés d'insertion dans l'emploi, diminuant d'autant leur capacité à valider un nombre suffisant d'annuités pour leur retraite.


Selon la définition juridique, une mesure neutre en apparence, qui est susceptible d'entraîner un désavantage particulier pour un groupe de personnes par rapport à un autre groupe qui s'en distingue par un critère lié au sexe ou à l'âge (notamment), constitue une discrimination indirecte et est prohibée. Le repérage de cette discrimination indirecte se fait par l'analyse statistique. Les éléments statistiques disponibles aujourd'hui permettent justement d'établir que les mesures envisagées provoqueraient un désavantage disproportionné pour les femmes d'une part, les jeunes générations d'autre part.

PÉNALISATION DES FEMMES.


Du fait qu'elles assument l'essentiel des tâches familiales, les femmes ont en moyenne des carrières plus courtes que les hommes. Parmi les retraités, seulement 44 % des femmes ont validé une carrière complète contre 86 % des hommes (Drees, 2007). Même si l'écart entre les durées validées par les hommes et les femmes se réduit au fil des générations, il est loin d'avoir disparu. Pour la génération née en 1954, qui peut prétendre partir en retraite bientôt, les femmes avaient validé 2,8 annuités de moins que les hommes à l'âge de 50 ans (Echantillon interrégimes de cotisants, Drees, 2005). Compte tenu de ce qui est observé, cet écart atteindra 3,1 annuités à l'âge de 55 ans. Pour la génération la plus récente pour laquelle on dispose de statistiques, celle née en 1950, un quart des femmes n'avaient validé aucun trimestre entre 51 ans et 55 ans, contre 15 % des hommes, cela en raison des difficultés d'emploi à ces âges. Toute augmentation de la durée de cotisation signifie donc que beaucoup plus de femmes que d'hommes devront, soit prendre leur retraite à un âge plus tardif (avec les difficultés notoires d'emploi des seniors), soit subir une décote plus forte, puisqu'elles seront en moyenne encore plus loin que les hommes de la durée exigée.


De même, tout renforcement de la décote atteindrait de manière disproportionnée les femmes. Déjà, actuellement, la décote concerne une plus grande proportion de femmes que d'hommes. De plus, parmi les retraité-es "avec décote", l'ampleur moyenne de la décote est beaucoup plus forte pour les femmes, et cela dans tous les régimes (Les retraités et les retraites, Drees, 2008). Un durcissement de la décote concernerait plus de femmes que d'hommes, et réduirait aussi plus fortement leur pension, alors que, déjà actuellement, cette dernière ne représente que 67 % de celle des hommes.


Certes, les femmes ont, à 60 ans, une espérance de vie supérieure de 4,8 ans à celle des hommes, mais l'écart entre les espérances de vie en bonne santé à cet âge n'est plus que de... 0,5 an. Mais, surtout, le système patriarcal n'ayant pas disparu, les femmes cumulent tout au long de leur vie de fortes inégalités par rapport aux hommes : elles ont un temps de travail total (rémunéré et non rémunéré, domestique notamment) toujours supérieur, un salaire moyen qui reste très inférieur et un accès limité aux fonctions dirigeantes, alors même qu'elles sont plus diplômées que les hommes depuis 30 ans. Elles travaillent donc déjà plus et plus longtemps que les hommes, pour beaucoup moins de rémunération. Est-il concevable de dégrader encore plus leur retraite?


PÉNALISATION DES JEUNES


Même si les données disponibles sont évidemment moins nombreuses pour les jeunes, elles sont éloquentes. Le nombre d'annuités validées à l'âge de 30 ans ne cesse de diminuer au fil des générations. De 11,2 ans pour la génération née en 1950, il descend à 7,7 ans pour la génération 1974 (Drees, 2009). Cette baisse traduit, outre une augmentation de la durée des études, la plus grande difficulté d'insertion sur le marché du travail liée à la montée du chômage à partir des années 1980. Elle signifie que pour atteindre 42 annuités, la génération 1974 devra travailler au moins jusqu'à 64,3 ans, et cela dans le cas très favorable - mais improbable - où elle réussirait à valider 30 annuités entre 30 et 60 ans. Augmenter à nouveau la durée de cotisation exigée établirait un divorce croissant entre la réalité de la carrière des jeunes générations et l'objectif qui leur serait assigné - de plus en plus impossible à atteindre - et qui les pénaliserait donc beaucoup plus.


Le gouvernement, qui a annoncé une réforme "juste", se doit donc d'exclure toute augmentation de la durée de cotisation et tout durcissement de la décote, synonymes de discriminations envers les femmes et envers les jeunes. Une réforme juste sera celle qui, d'une part, corrige les inégalités existantes (entre les sexes, envers les jeunes, les métiers pénibles), et, d'autre part, garantit à tous et toutes une retraite de haut niveau. La solution existe, elle passe par une meilleure répartition des richesses et du travail.


Christiane Marty est membre du conseil scientifique d'Attac.



3 commentaires

Retraites : mettre fin aux faux débats !

  • Par David CABAS le

Retraites : mettre fin aux faux débats !


Nous ne devons pas céder au chantage injuste à la dette !


1)La dette de la France est injuste, elle n'est pas le résultat de trop de santé, trop de services publiques, trop de fonctionnaires, trop de retraites... Mais elle est bien le résultat de la destruction de l'économie physique, et le pillage des établissements bancaires avec de lourds intérêts composés sur la dette depuis la fin du crédit public productif de la Banque de France. La loi Giscard Pompidou du 3 janvier 1973 puis le traité de Maastrich interdit au gouvernement d'émettre de la monnaie et oblige de fait de s'endetter avec des taux d'intérêt aux banques privés !


Chaque jour nous subissons un bourrage de crane qui appelle les citoyens au bon sens avec de mensonges patentés, comment garder une retraite à taux plein si la population vieillie etc etc !


Nous devons sortir de la mentalité monétaire, la mentalité calculette, c'est bien la peine de faire de si grande étude pour apprendre à faire des divisions. Nous devons apprendre les principes de l'économie physique.


1)Une économie à taux plein d'emploi sans chômage ! Et oui c'est minimum avant de parler de rallonger le temps de travail !

2)Un retour à l'économie productive, et non une économie de financier et de commerce ! Une économie productive peut permettre de redistribuer les vrais fruits de la croissance physique. L'argent n'est pas un richesse, personne ne vit en mangeant des billets.


Ceci suppose de sortir de la logique de pillage de notre système actuelle.


La force publique et nos responsables politiques doivent reprendre la main sur les intérêts financiers, nous devons remettre en place la loi Glass Steagall à la Française afin de séparer les banques par activités. Les banques de dépôts séparer des banques d'affaire et des compagnie d'assurance afin de remettre les banques à leurs place, travailler pour faire vivre l'économie physique et non jouer l'argent dans la spéculation et les casinos financiers.


Citoyens, nous devons nous organiser pour mettre en place une alternative. Vous voulez vous battre pour connaître les agissements des intérêts bancaires et financiers alors rejoins moi sur facebook : http://www.facebook.com/group.php?gid=104166076293247&ref=ts


David CABAS

http://david.cabas.over-blog.fr


Adresse de fondation lesbienne et cela peut-il exister en France ?

Bonjour Caroline,


Je poste ici en commentaire plutôt que de vous envoyer un mail directement, même si ce n'est pas immédiatement lié à votre article, parce que je pense que cela pourrait intéresser vos lectrices.

Savez-vous si une fondation lesbienne (pour aider les lesbiennes) ou plusieurs existent en France, à qui on puisse léguer ses biens par exemple ?

Est-ce possible une fondation lesbienne dans le système juridique français ?

Je m'intéresse de près au projet du Repaire de Jubilation et connais les promotrices à qui je poserai aussi cette question plus technique, de même je suis en lien avec des lesbiennes séparatistes américaines qui ont su bâtir une vraie communauté et filet de secours et solidarité entre elles, je leur poserai la question.

Vous êtes la troisième personne à qui je veux poser cette question.

Merci pour la réponse.

Et si d'autres filles sont intéressées comme moi par ce sujet, vous pouvez m'écrire à monique.louicellier@yahoo.com.


Très cordialement

Monique


RE: Adresse de fondation lesbienne et cela peut-il exister en France ?

  • Par caroline.mecary le

rien à ma connaissance. cordialement


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