Dans un premier arrêt du 8 juillet 2010, la Cour de Cassation a admis que l'adoption par le second parent de l'enfant de la mère biologique, prononcée à l'étranger, était reconnue sur le sol français. Il s'agit d'un arrêt de principe, qui plus est qui n'a pas renvoyé devant une cour d'appel comme cela est la règle, puisqu'il a lui même ordonné l'exequatur de la décision d'adoption étrangère.
La Cour de cassation admet qu'un enfant peut avoir deux parents juridiquement de même sexe, ce qui est au moins aussi révolutionnaire dans le champs de la filiation que ce que le pacs a été dans le champs de la conjugalité.
La limite de cet arrêt résulte de ce que cette reconnaissance n'est possible que lorsque l'adoption a été prononcée à l'étranger, en revanche elle n'est pas, à ce jour, possible pour les personnes qui vivent en France car la loi de 1966 sur l'adoption ne le permet pas. il y a donc une discrimination tres claire entre ceux qui vivent à l'étranger et ceux qui vivent en France.
En conséquence, cet arrêt remet en question la législation de 1966 sur l'adoption qui, aujourd'hui, n'est réservée qu'aux couples de personnes mariées ou aux personnes célibataires.
Par un second arrêt rendu le même jour, la Cour de Cassation a fait une interprétation extrêmement restrictive de la procédure de délégation-partage de l'autorité parentale. Même s'il ne s'agit pas d'un arrêt de principe, à la différence du premier, on ignore quelle sera la position des juges aux affaires familiales qui, depuis l'arrêt du 24 février 2006, admettaient assez largement la délégation-partage de l'autorité parentale, y compris parfois lorsque le Procureur de la République y était opposé.
Ce deuxième arrêt n'est pas une bonne nouvelle, mais il convient d'être prudent, car un arrêt rendu au plus haut niveau n'est pas toujours appliqué par ce que l'on appelle les « juges du fond » (Juges aux affaires familiales, puis Cour d'appel) et ce d'autant plus lorsqu'il s'agit d'un arrêt de circonstance, qui entre en contradiction avec notamment la première décision par laquelle un enfant peut juridiquement avoir deux parents de même sexe ("Qui peut le plus, peut le moins").
Par un troisième arrêt, la Cour de Cassation a renvoyé au Conseil constitutionnel l'examen de la constitutionalité de l'article 365 du Code civil, qui est l'article qui, aujourd'hui, fait obstacle au prononcé de l'adoption simple au sein d'un couple de femmes ou d'hommes, en raison de l'obligation de renoncer à l'autorité parentale qui pèse sur le parent biologique.
Si le Conseil constitutionnel devait abroger l'article 365, il n'y aurait plus d'obstacle pour le prononcé d'adoption simple au bénéfice du second parent de fait et ce serait l'ouverture pour les enfants elevés en France par deux femmes ou deux hommes de la possibilité de les avoir juridiquement comme parents.
Si la Cour de Cassation a renvoyé cette procédure (question prioritaire de constitutionalité) c'est parce qu'elle estime qu'il y a des moyens sérieux quant à la légalité de l'article 365. Le Conseil constitutionnel devrait rendre sa décision dans un délai de trois mois.
Enfin, même si le conseil constitutionnel n'abroge pas l'article 365, il convient de préciser ici que la Cour européenne des droits de l'homme est saisie de cette question et qu'elle devrait fixer une date d'audience tres prochainement.


6 commentaires
MISE EN PERSPECTIVE DES TROIS ARRETS RENDUS LE 8 JUILLET 2010 PAR LA COUR DE CASSATION
On peut se demander à quoi peut bien servir la loi de 1966 qui n'autorise l'adoption en france qu'aux couples mariés et célibataires, si cette restriction de l'adoption peut être levée par une cour dès lors qu'une législation étrangère plus libérale a reconnu sur son territoire une adoption qui n'entre pas dans le cadre de la loi française. Je ne pense pas faire preuve de nationalisme en affirmant que le bon sens juridique aurait été la stricte application de la loi française ni de populisme en ajoutant que cet arrêt de la cour de cassation est un non sens juridique.
Ce n'est probablement pas la première fois que des magistrats se substituent au législateur et s'approprient un débat politique. Je n'ai donc pas à m'indigner et feindre d'ignorer ce qui existe depuis toujours, à savoir une justice prononçant des décisions très subjectives et parfois contraires à la loi.
Il faut s'interroger à mon avis pas seulement sur le droit familial mais plus généralement sur une refonte en profondeur de la justice française qui n'est plus à mes yeux républicaine.
Besoin de mieux comprendre...
Bonjour,
Nous sommes un couple gay vivant en France et nous souhaiterions avoir un maximum d'informations afin de réaliser notre plus beau projet.
Nous aimerions pouvoir officialiser notre couple auprès de l'état français. Cependant le mariage gay n'est pas autoriser en France et ce à notre plus grand désespoir...
La seule alternative qui nous est offerte, est le PACS (pacte civile de solidarité).
Malheureusement, si nous avons bien compris, si nous contractons un PACS devant un tribunal d'instance de notre région, cela ne nous donne aucun droit à l'adoption. En effet, en France, l'adoption n'est autorisée qu'aux couples hétérosexuels mariés ou aux personnes de plus de 28 ans et célibataires. Nous avons tous les deux plus de 28 ans, mais il nous faudrait mentir sur notre relation pour qu'un de nous deux puisse avoir une chance d'adopter un enfant ! Non seulement il nous faut cacher notre couple aux administrations mais si un de nous deux a l'autorisation d'adopter, l'autre n'aura aucun droit et aucune affiliation avec l'enfant !!!
Quelles sont alors les solutions offertent par la France aujourd'hui ?
Existe-t-il d'autres moyens de réaliser notre projet ?
Merci par avance de votre aide car nous sommes actuellement un peu perdus et nous voudrions avoir le plus possibles de cartes en mains pour le concrétiser.
RE: Besoin de mieux comprendre...
Vous avez la réponse dans cet article. Il vous suffit d'imiter ce couple de lesbiennes. Vous partez adopter à l'étranger dans un pays qui l'autorise, puis vous revenez en france faire valoir cette adoption par la justice française.
RE: Besoin de mieux comprendre...
Je ne pense pas que l'arrêt est une telle portée. En l'espèce, la mère était américaine et le couple résidait aux Etats Unis. Il n'en va pas de même lorsqu'un couple français résidant en France demande la reconnaissance de la décision étrangère. En effet, celle-ci peut être considérée comme une fraude à la loi.
RE: Besoin de mieux comprendre...
vous en savez des choses, si cela était aussi si simple cela se saurait mais vous vous trompez sur toute la ligne.
Question de l'autorite parentale sans adoption
Caroline,
Pensez-vous que le jugement de reconnaissance d'adoption a l'étranger puisse être étendu a la reconnaissance d'une autorité parentale donnée par un jugement prénatal - sans passer par l'adoption?
Je pense notamment a la Californie - ou les deux parents de même sexe sont sur le certificat de naissance a la naissance de l'enfant sans passer par l'adoption?
En fait, est-ce que cela ouvre la porte a une re-transcription automatique des certificats de naissance étrangers?
Merci pour vos éclaircissements!