Le Président de la République vient d'annoncer qu'il fallait donner une palce aux beaux parents.
Avant de modifier la loi, il convient de savoir ce qu'elle dit aujourd'hui. Le régime juridique actuel est gouverné par la loi du 4 mars 2002 ( oeuvre de Mme Royal), qui a modifié les règles relatives à l'autorité parentale et qui a notament largement simplifié ce que l'on appelle la délégation volontaire de l'autorité parentale, partant du constat que les familles étaient de plus en plus recomposées et qu'il fallait donner une place aux beaux parents (déjà).
1.Les textes applicables
Il y en a deux.
L'article 377 alinéa 1 dispose que :
« Les père et mère ensemble ou séparément peuvent lorsque les circonstances l'exigent, saisir le juge en vue de voir déléguer tout ou partie de l'exercice de l'autorité parentale à un tiers, membre de famille, proche digne de confiance, établissement agrée pour le recueil des enfants ou service départemental de l'aide sociale à l'enfance ».
L'article 377-1 dispose en son alinéa 2 :
« Toutefois le jugement de délégation peut prévoir pour les besoins de l'éducation de l'enfant que les père et mère ou l'un d'eux partageront tout ou partie de l'exercice de l'autorité parentale avec le tiers délégataire ».
2. Les travaux parlementaires de la loi du 4 mars 2002
Ils indiquent expressément que la délégation-partage de l'autorité parentale a pour objet notamment de permettre à un beau-parent, c'est-à-dire à la personne qui n'est pas le parent biologique de l'enfant de « bénéficier d'un statut juridique au sein des familles » (Rapport de l'Assemblée nationale sur l'autorité parentale en date du 13 juin 2001, N°3117, p 41 et s).
3. La doctrine
Après avoir longtemps été hostile, Pierre Murat, professeur agrégé de droit, dans l'ouvrage Droit de la famille, (col Dalloz Action 2008-2009) ecrit que cette délégation partage est :
- volontaire,
- n'implique aucune limitation des pouvoirs du parent déléguant mais bel et bien un partage des prérogatives avec le délégataire.
Il précise que « contrairement à ce que prétendait le ministère public dans l'affaire tranchée par l'arrêt de la cour de cassation du 24 février 2006, l'exercice de l'autorité parentale peut être déléguée à une personne de même sexe, avec qui le parent vit en union stable et continue (...)Ce raisonnement constitue sans aucun doute un modèle à suivre pour toutes les délégations de l'autorité parentale au profit du beau parent : il doit être démontré qu'il exerce un rôle réel et positif auprès des enfants et que le cadre juridique de la délégation de l'autorité parentale est nécessaire pour lui permettre de poursuivre , notamment en cas d'impossibilité pour le parent de l'enfant d'assurer son rôle. Une telle hypothèse correspond particulièrement aux situations des familles monoparentales dans laquelle intervient un nouveau conjoint dans le cadre d'une relation stable et durable. Il en ira particulièrement ainsi lorsque l'arrivée de l'enfant rattaché biologiquement à un seul des membres du couple, se fonde néanmoins sur un projet commun » (p 772 et 773).
4. La jurisprudence
De la modification législative intervenue en mars 2002 à l'arrêt rendu par la Cour de cassation du 24 février 2006, la position des juridictions était pour le moins variable, entraînant une insécurité juridique pour le justiciable, portant atteinte au principe d'égalité de traitement devant la Loi.
Cela étant la Cour de cassation, dans un arrêt du 24 février 2006 a jugé clairement que
« Attendu que l'article 377 alinéa 1er du code civil ne s'oppose pas à ce qu'une mère, seule titulaire de l'autorité parentale en délègue tout ou partie de l'exercice à la femme avec laquelle elle vit en union stable et continue, dès lors que les circonstances l'exigent et que la mesure est conforme à l'intérêt de l'enfant ».
Désormais les juridictions accueillent favorablement les requêtes y compris lorsqu'on est en présence d'un couple de femmes ou un d'hommes :
- CA Paris 26 mai 2006- AJfamille 2008, p 333,
- TGI Lille 11 décembre 2007- AJFamille 2008 p 119,
- TGI Lille 18 décembre 2007- Droit de la famille avril 2008, p 20,
- TGI Grenoble 28 janvier 2008, AJfamille 2008, p 476
- Cass 16 avril 2008 - AJFamille 2008 p 84.
Il faut préciser que la quasi totalité des demandes concernent des couples d'homosexuel/les et que les décisions les concernent au premier chef, et qu'il semble y avoir tres peu de demandes émanant des couples hétérosexuel/les (aucune publication d'une décision concernant des parents hétérosexuelsdans les 3 revues spécialisées en droit de la famille).
Il y a encore des resistantes ponctuelles (voir par exemples CA Douai 11-12-08), mais les textes applicables (art 377 et 377-1 Cciv) permettent tres concretement de donner une place au beau parent sans "dépouiller" le ou le ou les parents biologiques.s
Il suffit que les magistrats veuillent bien les appliquer, sans préjugés.

14 commentaires
C'est le système Hollandais.
En fait, en Hollande, cela va encore plus loin, puisque le beau-parent (marié ou pas avec le parent de l'enfant) est tenu d'une obligation alimentaire durant l'union pour les enfants de l'autre.
Cette obligation tombe en cas de séparation.
Les évolutions de notre droit de la famille proviennent souvent, comme les tulipes, de Hollande, mais par le filtre Belge, le plus souvent.
Les Belges ayant la remarquable capacité à adopter et adapter les Lois les plus intelligentes de leurs voisins Français, Allemands, Hollandais, Britanniques.
c'est exact mais il n'y a pas que les Pays Bas qui vont loin
Le danemark, la Norvège, la Suède, l'Islande et d'autres admettent un vrai partage de l'autorité parentale, voire l'adoption de l'enfant du concubin. C'est l'intéret de l'enfant in concreto qui est recherché et non pas un intérêt abstrait, éconnecté de la réalité de la vie quotidienne.
Délégation-partage autorité parentale
Et comment cela se passera t-il pour 2 couples d'homosexuels (un masculin et l'autre féminin) qui partagent l'éducation d'un enfant (1 père et 1 mère biologiques donc), sachant qu'actuellement la délégation de l'autorité parentale :
1) doit être "volontaire" (ça implique que les 2 parents biologiques soient OK pour cette délégation)
2) lèse quand même celui ou celle qui la souhaite
Dans ce cas particulier mais courant, les 2 beaux-parents seront-ils reconnus un jour sans pour autant devoir passer par l'accord des parents biologiques ? Que peuvent-ils espérer de cette future loi ?
La délégation dans des familles de 3 ou 4 parents
Techniquement, la délégation partage de l'autorité parentale est parfaitrement possible s'il y a trois ou quatre parents (2 bio et 2 beaux parents).
J'ai obtenu du TGI de Versailles, en mai 2008, une décision en ce sens (2 femmes et 1 homme) les deux parents biologiques, l'une des femmes et l'homme ont consenti à la délégation partage de l'autorité parentale à la compagne de la mère, qui a été acceptée.
La délégation ne lèse personne contrairement à ce que vous semblez dire, le parent d'origine ne perd rien, il partage l'exercice de l'AP.
Quant à votre question sur la reconnaissance des 2 beaux parents ? Pour le moment, il faut l'accord des deux parents biologiques et le projet de loi dont parle le président de la République ni change rien : les parents d'origine ont toujours leur mot à dire.
Cordialement.
PARTAGE AUTORITE PARENTALE
La délégation envers un beau-parent implique t-elle l'accord des 2 parents biologiques ou seulement de l'un d'eux ?
Ce que je comprends, c'est que si l'un des 2 n'est pas d'accord, cela ne peut pas être possible.
Quant à la reconnaissance des beaux-parents, je constate avec désolation que la loi ne changera quelque chose que si les 2 parents d'origine sont d'accord, et ce sera une condition sine qua non, visiblement. Merci en tous cas de vos réponses.
Cordialement.
La délagation partage de l'AP
La délégation partage de l'AP nécessite l'accord des parents. S'il n'y a qu'un il faut son consentement, s'il y en a deux il faut les deux.
Cordialement.
Comment faire
Bonjour
Je souhaite savoir comment faire pour la délégation de l'AP, quels papiers il faut et oû on doit aller pour ça .
Je serait la mére biologique et avec le papa on voudrait que nos conjoints respectif puissent étre reconnu légalement au sein de la famille comment faire.
Merci d'avance pour votre aide.
Cordialement
votre demande
Le plus simple est de prendre rendez vous avec moi ou un autre avocat spécialisé en droit de la famille. Votre demande est techniquement parfaitement possible mais elle va se heurter à des a priori culturels, donc il faut vraiment bien la préparer.
Cordialement.
droits des beaux parents séparés
bonjour,
la délégation de l'A.P. prevoit elle un droit pour le beau-parent homo vivant séparément de la mère biologique? depuis notre séparation (2 ans) j'ai la chance, d'avoir la garde partagée de notre fils qui va avoir 6 ans. y aura t il des dérogations prévues pour ce cas de figure, pour le bien être et une meilleure protection de notre fils?
merci d'avance
cordialement.
que faire ?
bonjour,
6 ans en couple, 3 ans de pacs, une petite fille de 3 ans aujourd'hui,née par iad. je ne suis pas la mere biologique.aujourd'hui séparée, m'est il possible de demander un droit de visite et/ou d'hebergement ??
votre demande
il est possible de demander le maintien des liens en déposant une requête auprès du JAF ( art 371-4 Civ).
Le plus simple est de prendre un RDV avec moi ou un avocat spécialiste du droit de la famille, car il faut bien préparer la requête.
Cordialement.
UNE QUESTION?
BONSOIR
Le beau parent a t'il le droit d'exercer une autorité parentale
MERCI
RE: UNE QUESTION?
aucun droit s'il n'y a pas un jugement après le dépot d'une requête en délégation partage de l'autorité parentale.
Possible donc pour un couple homosexuel d'avoir une garde partagée ?
Bonjour,
J'ai une question, ou plutôt plusieurs, quant à la bonne compréhension que j'ai faite du texte ci-dessus.
Si un couple de femmes fait appel à un homme pour avoir un enfant et que cet homme ne reconnait pas l'enfant (disons d'un commun accord), la mère biologique peut demander une délégation de son autorité parentale à son amie?
Qu'implique, dans l'article 377 alinéa 1, "lorsque les circonstances l'exigent" ?
Et si la mère biologique décède, l'autorité parentale conférée à sa conjointe est-elle toujours valable, est-elle suceptible d'obtenir la garde de l'enfant si un membre "légitime" de la famille de la mère la réclame ?
J'espère ne pas être trop confuse, et que vous aurez le tps et le souhait de me répondre,
Cordialement.