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AVANT PROJET MORANO : STATUT DU BEAU PARENT ? UN LEURRE

  • Par caroline.mecary le
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L'avant-projet de loi qui vient d'être présenté par la secrétaire d'état à la famille est «relatif à l'autorité parentale et aux droits des tiers ».


Il s'agit d'une nouvelle réforme de l'autorité parentale présentée comme instituant un statut du beau-parent.


Allons y voir de plus prêt car la lecture de ce texte montre tout à fait autre chose et confirme ce que l'on avait pressenti à l'anonnce faite par le Président : il s'agit là d'un pur effet d'annonce qui tombe fort opportunément quelques semaines après la décision désastreuse du président du Consei général du jura refusant pour la seconde fois un agrément à une femme, en raison de son orientation sexuelle.


Mais revenons à cet avant projet.


1. Petit rappel historique : en 2002 les règles relatives à l'autorité parentale ont été modifiées et notamment les règles relatives à la délégation partage de l'autorité parentale gouvernées par les deux articles suivants


L'article 377 alinéa 1 dispose que :


« Les père et mère ensemble ou séparément peuvent lorsque les circonstances l'exigent, saisir le juge en vue de voir déléguer tout ou partie de l'exercice de l'autorité parentale à un tiers, membre de famille, proche digne de confiance, établissement agrée pour le recueil des enfants ou service départemental de l'aide sociale à l'enfance ».


L'article 377-1 dispose en son alinéa 2 :


« Toutefois le jugement de délégation peut prévoir pour les besoins de l'éducation de l'enfant que les père et mère ou l'un d'eux partageront tout ou partie de l'exercice de l'autorité parentale avec le tiers délégataire ».


2. Déjà en 2002, les travaux parlementaires indiquaient expressément que cette délégation-partage de l'autorité parentale faite volontairement par le ou les parents (car il y a des délégations forcées mais ce n'est pas notre sujet) avait pour objet notamment de permettre à un beau-parent, c'est-à-dire à la personne qui n'est pas le parent biologique de l'enfant de « bénéficier d'un statut juridique au sein des familles » (Rapport de l'Assemblée nationale sur l'autorité parentale en date du 13 juin 2001, N°3117, p 41 et s).


3. Durant 4 ans, les décisions rendues par les juridictions sur la base de ces deux textes ont été fluctuantes (il s'agissait notamment de savoir si ces textes pouvaient s'appliquer aux familles homoparentales, notons qu'aucune décision concernant une famille hétéroparentale n'a été publiée dans les revues spécialisées), entraînant une insécurité juridique pour le justiciable et partant de là, portant atteinte au principe d'égalité de traitement devant la Loi.


4. La Cour de cassation a finalement été saisie et dans un arrêt de principe rendu 24 février 2006 a jugé clairement que :


« Attendu que l'article 377 alinéa 1er du code civil ne s'oppose pas à ce qu'une mère, seule titulaire de l'autorité parentale en délègue tout ou partie de l'exercice à la femme avec laquelle elle vit en union stable et continue, dès lors que les circonstances l'exigent et que la mesure est conforme à l'intérêt de l'enfant ».


5. La situation actuelle : on peut dire que depuis cet arrêt, les juridictions accueillent favorablement les requêtes en considérant le plus souvent que, lorsqu'un enfant qui a été souhaité par une femme vivant avec une femme ou un homme vivant avec un homme, cette seule circonstance suffit a rendre nécessaire la délégation partage de l'autorité parentale (CA Paris 26 mai 2006- AJfamille 2008, p 333, TGI Lille 11 décembre 2007- AJFamille 2008 p 119, TGI Lille 18 décembre 2007- Droit de la famille avril 2008, p 20, Cass 16 avril 2008 - AJFamille 2008 p 84, TGI Grenoble 28 janvier 2008, AJfamille 2008, p 476).


6.Qu'apporterait l'avant projet de loi ?


Nous devons à la vérité de dire RIEN : si ce n'est une modification de procédure.


Désormais le partage de l'autorité parentale, qui se fait aujourd'hui par le dépôt d'une requête devant le JAF, qui vérifie le consentement des parties et s'assure que la demande est faite dans l'intérêt de l'enfant, se fera par le dépôt devant le JAF d'une convention conclue entre les parties, le JAF homologuera cette convention si le consentement des parties est éclairé et si c'est l'intérêt de l'enfant.


Quelle révolution : sur le plan de la pratique judiciaire on passe d'une procédure sur requête examinée par le JAF, à une procédure de type divorce par consentement mutuel avec homologation de la convention par le JAF.


Dans les deux cas le JAF à un pouvoir d'appréciation via la notion d'intérêt de l'enfant, dont on sait qu'elle reflète souvent la pensée de celui qui l'invoque.


Aucune nouveauté, aucun statut du beau parent, puisque cette avant projet de loi permet quelque chose qui existe déjà, à savoir un partage de l'exercice de l'autorité parentale entre deux personnes dont l'une n'a pas de lien de sang avec l'enfant.


Cherchez l'erreur.


On ajoutera qu'il n'est pas anodin de rappeler que les demandes d'un statut pour le « beau parent » émanent uniquement des familles homosexuelles et en aucune manière des familles hétérosexuelles.


Pourquoi ?


Tout simplement parce que la situation n'est en aucune manière la même. Dans une famille recomposée hétérosexuelle, l'enfant a, dans 99 % des cas, deux parents qui lui assure une protection juridique, de sorte que la nécessité de partager l'autorité parentale avec le « beau parent » est beaucoup moins aigue que dans une famille homosexuelle où l'enfant n'a qu'un parent qui est seul a transmettre son nom, son, patrimoine et a exercé l'autorité parentale. Cet enfant est moins bien protégé qu'un enfant élevé dans une famille hétérosexuelle, puisque la compagne ou le compagnon de sa mère ou de son père n'a ni devoir ni droit vis-à-vis de lui.


Or on ne résous pas de la même manière deux situations différentes et à vouloir le faire on ne résous rien.


Conclusion : ce projet présenté comme une avancée - l'exposé des motifs parle pour la première fois des familles homosexuelles – est leurre, il n'institut aucun statut du beau parent, sauf à dire que celui ci se réduit à un partage de l'autorité parentale ... qui existe déjà.


Largement Insuffisant. Copie à revoir.


PROJET DE NOUVEL ARTICLE 377 FIGURANT DANS L'AVANT PROJET


"Art 377 : Les parents qui exercent conjointement l'autorité parentale peuvent saisir le juge aux affaires familiales, afin de faire homologuer la convention par laquelle ils organisent le partage de tout ou partie de l'exercice de cette autorité avec un tiers. La même faculté appartient à celui qui exerce seul l'autorité parentale. Le juge homologue la convention si celle-ci est conforme à l'intérêt de l'enfant et si le consentement du ou des parents a été donné librement.


Le juge peut également être saisi par l'un des parents qui exerce l'autorité parentale afin de statuer sur le partage de l'exercice de cette autorité. L'accord de l'autre parent est requis en cas d'exercice conjoint de l'autorité parentale.


Dans tous les cas où l'autorité parentale est exercée par un seul parent, l'avis de l'autre doit être recueilli".




14 commentaires

Bravo

  • Par etrun le

Remarquable démonstration! Sincères félicitations!


remarque

  • Par brigitte.bogucki le

les familles homoparentales n'exluent pas l'existence légale de deux parents.


la quasi totalité des couples masculins et une partie non négligeable des couples féminins font des enfants à 2 (voire à 4) du coup, la question se rapproche beaucoup du statut des hétérosexuels


Des miettes ...

  • Par Têtuniçois le

Tout à fait d'accord , l'UMP lance quelques miettes aux homos pourqu'ils ne réclament surtout pas le mariage et l'adoption .


Partage ou délégation et décès du parent biologique

  • Par Jen le

Le simple fait de nommer cet avant projet de loi statut du beau parent ne convient pas à la plupart des familles homoparentales. Nous sommes les parents qu'il y ait un lien biologique ou non car nous concevons ces enfants en couples.

Mais je pense qu'il est encore un peu tôt pour avoir une telle exigence sur les termes utilisés et l'évolution même des mentalités de nos politiques.


Bref bref, venons en aux faits.


Les questions que nous nous posons aujourd'hui sont les suivantes:

1 la délégation d'autorité parentale et le partage d'autorité parentale ne sont, semble t-il, pas tout à fait similaires.

S'agit-il d'une nuance entre les actes quotidiens et importants de la vie courante?


A ce jour, nous obtenons dans la plupart des cas la délégation d'autorité parentale (pour les actes de la vie courante), mais nous argumentons nos demandes non pas sur la reconnaissance de nos familles mais sur des contraintes "logistiques". Impossibilité de récupérer son enfant à l'école donc besoin d'une aide.

Cette argumentation nous permet d'obetnir plus "sûrement" cette délégation.


2 Lors du décès du parent biologique, le parent social perd toute autorité parentale (partielle due à la délégation). En est-il de même avec cet avant projet de loi et le partage de l'autorité parentale?

Et si la famille du parent biologique se réunie en conseil pour récupérer la garde de l'enfant, qu'est -ce qui prévaut?


Nous avons régulièrement des informations contradictoires sur ce point et pour éviter tout risque, nous écrivons dès la naissance, voir avant la naissance de nos enfants des testaments nommant notre conjoint ou partenaire de pacs tuteur de son propre enfant.


Merci pour cette article et les réponses éventuelles que vous pourrez nous apporter.


Jen

Secrétaire de l'associaiton

Les Enfants d'Arc en Ciel - l'asso!


Droit des beaux Parent

  • Par Thierry 83 le

J'aimerai en savoir bien + Nous parlons de droit .Familles Homoparentales je suis dans cette cathégorie et coparent J'ai 2 enfants jumeaux 6 ans et j'ai était membre au Bureau de l' APGL Paris

1) Face au Tribunal des affaires Familiales déja de le droit,la loi des péres soit appliquer par les juges et je pense qu'il y auras beaucoup moins de frustration

Moi je ne voie pas quel droit donner à la copine de la maman et biensur de ce fait à mon ami

comment reconnaitre qui ? fait quoi ? les droits la limites ?


RE: Droit des beaux Parent

  • Par caroline mecary le

Désolée mais je ne comprends pas votre demande.

Cordialement


Autorité parentale et désintérêt de l'enfant

  • Par Nuran le

Bonjour,


Je voudrais savoir ce qu'on appelle le "désintérêt de l'enfant" dans le cas où le géniteur orgueilleux qui a obtenu droit de visite et d"hébergement en compensation du versement d'une pension alimentaire (qu'il verse maintenant régulièrement), ne fait qu'inventer des prétextes pour ne pas venir voir son enfant, ou qu'il ne prend pas de ses nouvelles alors qu'il vient de rentrer à l'école maternelle ? Tout ça alors que cet enfant a une "seconde maman" qui n'a elle aucun droit et qui pourtant participe tous les jours à l'éducation et l'entretien de cet enfant.

Merci de votre réponse.


RE: Autorité parentale et désintérêt de l'enfant

  • Par caroline mecary le

il n'existe pas en droit français de notion de désintéret de l'enfant. On ne peut forcer aucun parent à voir son enfant et d'une certaine façon c'est une bonne chose car que peut transmettre un parent qui ne veut pas voir son enfant à cet enfant si on le force à voir ledit enfant . Je ne peux malheureusement pas vous donner d'autre réponse mais ce qui est sure c'est que la deuxième maman apporte beaucoup à l'enfant même si elle n'a aucun droit.

cordialement


RE: Autorité parentale et désintérêt de l'enfant

  • Par nuran le

C'est vrai, la loi parle d'"intérêt" de l'enfant, mais quel est l'intérêt d'avoir un "père" dans ces conditions ? Et surtout, mais c'est toujours le même sujet depuis des années, l'intérêt de l'enfant n'est-il pas d'être protégé "légalement" par une personne qui, dans l'ombre et non reconnue, s'est toujours occupée de lui physiquement ET financièrement ? La seconde maman que je suis n'existe pas aux yeux de la loi française et c'est ce qui me frustre le plus.

Qu'adviendrait-il si sa vraie Maman décédait ? Je n'ose même pas imaginer...


RE: Autorité parentale et désintérêt de l'enfant

  • Par caroline mecary le

Pour pallier le décès de la mère biologique il faut rédiger une tutelle testamentaire.


RE: Autorité parentale et désintérêt de l'enfant

  • Par nuran le

Mais la tutelle testamentaire est-elle utile pour le parent social lorsque l'enfant a aussi un père ?

Merci de votre réponse.


RE: Autorité parentale et désintérêt de l'enfant

  • Par caroline Mécary le

Pour la réponse reportez vous à la lecture de l'article 397 du code civil.


Parente non biologique sans loi

  • Par smillot le

Je suis une parente sociale qui vient d'être déboutée de ma demande de maintien de ma relation affectvef avec l'enfant que nous avons eue avec ma compagne en 2006. Depuis la séparation imposée par ma compagne, j'arpente seule cette dure réalité.Puis 2 ans de procédure en aide juridictionnelle aux affaires familiales où j'ai subis reports sur reports de la part des parties adverses, faux en témoignages et en signature me diffamant, et j'en passe ... Voilà que le verdict est tombé: Ma demande est déboutée

Je suis en attente des écrits du différé sous 15 jours et envisage l'appel. Pouvez vous m'apporter de l'aide? ... des conseils? ...

dans l'espoir de ...

Cordialement

smillot


RE: Parente non biologique sans loi

  • Par caroline mecary le

bonjour


Je suis désolée de ce qui vous arrive mais je ne peux donner un avis ni un conseil sans connaître les éléments du dossier; cela étant seul celui qui n'essaie pas de se battre ne se trompe qu'une seule fois donc le seul conseil utile que je peux vous donner est : faites appel cela vous donne le temps de réfléchir et de prendre un bon avocat.


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