Le titre est un peu racoleur, je l'avoue...
Je veux parler des contrats d'assurance vie au titre desquels l'assureur n'aurait pas versé de prestation malgré le décès de l'assuré, par exemple parce que le bénéficiaire, ignorant qu'il a été désigné en cette qualité, ne formulerait aucune réclamation auprès de l'assureur qui, pour sa part, ignorerait peut-être que l'assuré est décédé.
Jusqu'à une période récente, l'assureur, même informé de ce décès, n'avait aucunement l'obligation de rechercher et de contacter le bénéficiaire.
Pour éviter que ces contrats, non réclamés, ne tombent en déshérence, le législateur est intervenu récemment. Il s'y est pris à deux fois, d'abord par une loi du 15 décembre 2005, qui donne un droit aux éventuels bénéficiaires (I), puis par une loi du 17 décembre 2007, qui impose un devoir aux entreprises d'assurance (II).
I/ Un droit donné aux personnes s'interrogeant sur leur éventuelle qualité de bénéficiaire :
La loi permet à toute personne, physique ou morale, de s'informer de « l'existence d'une stipulation effectuée à son bénéfice dans une police souscrite par une personne physique ». Il suffit à cette personne d'interroger par lettre un ou plusieurs des organismes professionnels suivants :
La loi ne pose qu'une seule restriction : apporter la preuve, par tout moyen, du décès de la personne physique qui aurait souscrit un contrat d'assurance vie.
L'organisme professionnel qui reçoit une telle demande écrite doit en aviser les trois autres.
À compter du jour où il est informé de cette demande, chacun de ces quatre organismes professionnels doit la transmettre dans les 15 jours aux entreprises qu'il rassemble.
L'entreprise qui détient une police désignant le demandeur comme bénéficiaire, dispose d'un délai d'un mois pour informer cette personne de l'existence d'un capital, ou d'une rente, payable à son bénéfice.
La F.F.S.A., le G.E.M.A., le C.T.I.P. et la F.N.M.F. ont mis en place une structure qui centralise toutes les demandes de recherche en provenance des personnes qui pensent être bénéficiaires d'un contrat d'assurance vie.
Il s'agit de l'Association pour la Gestion des Informations sur le Risque en Assurance (A.G.I.R.A.).
Toute personne souhaitant savoir si elle a été désignée comme bénéficiaire d'un contrat d'assurance vie peut donc écrire à l'A.G.I.R.A. à l'adresse suivante :
A.G.I.R.A.
Recherche des bénéficiaires en cas de décès
1, rue Jules-Lefebvre
75431 PARIS CEDEX 09
Le demandeur doit indiquer :
Il doit également joindre à sa demande un justificatif du décès de la personne concernée. Ce justificatif peut prendre la forme :
Cette demande sera transmise à l'ensemble des entreprises d'assurance, des institutions de prévoyance et des mutuelles aux fins de vérification et, le cas échéant, de paiement des prestations dues.
Attention : la loi ne visant que les polices souscrites par une personne physique, se trouvent exclus de ce fait les contrats d'assurance de groupe souscrits par une personne morale (employeur, association, banque...) au profit des membres du groupe (employés, membres de l'association...) ou du souscripteur (banque...).
II/ Un devoir imposé aux entreprises d'assurance :
L'assureur qui est informé du décès de l'assuré est dorénavant « tenu de rechercher le bénéficiaire », même si ses coordonnées ne sont pas portées au contrat, « et, si cette recherche aboutit, de l'aviser de la stipulation effectuée à son profit ».
Par ailleurs, les entreprises d'assurance, les institutions de prévoyance et les mutuelles doivent s'informer du « décès éventuel de l'assuré ».
Cependant, la loi ne pose aucun critère de déclenchement d'une telle recherche, notamment en fonction de l'âge de l'assuré.
Pour permettre aux entreprises d'assurance, aux institutions de prévoyance et aux mutuelles de remplir ces deux obligations de recherche, la loi a autorisé les quatre organismes professionnels susmentionnés à consulter les données figurant au Répertoire National d'Identification des Personnes Physiques (R.N.I.P.P.) et relatives au décès des personnes qui y sont inscrites.
Le R.N.I.P.P. est un répertoire, tenu depuis 1947 par l'Institut National de la Statistique et des Études Économiques (I.N.S.E.E.), qui recense toutes les personnes nées en France ainsi que les étrangers résidant en France qui ont demandé à bénéficier des prestations des organismes de sécurité sociale.
Les entreprises d'assurance, les institutions de prévoyance et les mutuelles peuvent ainsi obtenir des organismes professionnels la communication de données nominatives leur permettant de rechercher les assurés et les bénéficiaires décédés.
La F.F.S.A., le G.E.M.A., le C.T.I.P. et la F.N.M.F. ont mandaté l'A.G.I.R.A. pour mettre en place une architecture technique permettant la consultation de ces données et, par voie de conséquence, la création, à partir des données transmises par l'I.N.S.E.E., d'un fichier des personnes décédées.
Par une délibération du 18 décembre 2008, la C.N.I.L. (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés) a autorisé l'A.G.I.R.A. à traiter les données à caractère personnel relatives aux décès transmises par l'I.N.S.E.E.
Un arrêté du 21 janvier 2009 a autorisé l'I.N.S.E.E. à transmettre un fichier issu du R.N.I.P.P. aux organismes professionnels susmentionnés ou à leur sous-traitant, en l'espèce l'A.G.I.R.A.
Voilà un ensemble de dispositions pour tranquilliser les assurés sur le sort de leur contrat d'assurance vie après leur décès et pour permettre aux malheureux des loteries de tous genres d'augmenter leurs chances de gagner un jour le gros lot...

3 commentaires
Il existe une solution anti-déshérence
Cher Maitre,
Certes, le titre de votre article est-il "direct", mais cela correspond bien à une réalité qui concerne un nombre certain de personnes... qui la plupart du temps ignore de quoi il est question.
C'est pour cela que plutôt que de passer du temps (avec parfois de maigres espoirs de réussite), pour récuperer le capital décès d'un souscripteur décédé, vaut-il mieux consacrer quelques instants avec le souscripteur pour éviter que son capital décès de tombe en déshérence après son décès.
C'est l'approche du sercice www.ultiminfo.com, dont je vous laisse décrouvrir le fonctionnement sur le site.
La presse française et dernièrement belge commence à s'intéresser à ce service innovant qui prend le problème à l'envers, c'est à dire du vivant du souscripteur.
Mais ne serait-ce pas les solutions actuelle (AGIRA, recherches de capitaux déjà en déshérence...) qui prendrainet le problème à l'envers ?...
http://archives.lesoir.be/epargne-des-comptes-et-des-contrats-d-assurance_t-20101023-013VJG.html?queryand=dormants&firstHit=0&by=10&when=-1&sort=datedesc&pos=0&all=153&nav=1
RE: Il existe une solution anti-déshérence
délibérément bien sur, le problème est traité à l'envers, c'est un parfait exemple du lobbying où le mieux disant est au service de l'injustice en faisant croire le contraire ! intéret pour le législateur : les contrats en déshérence financent la caisse de retraites (1.5 milliards annuel) et génère des recettes fiscales tant qu'ils courrent et ne sont pas réclamés (pour les Compagnies sans optimisation fiscale hors frontières) ; intérèts pour l'assureur : moins on trouve le bénéficiaire et plus le capital génère du revenu financier au profit du gestionnaire d'où la non obligation pour les assureurs de chercher les bénéficiaires...et vive le bon sens "unique" très démocratique et équitable.
RE: Il existe une solution anti-déshérence
Pour ce qui est l'estimation des fonds en déshérence ou des capitaux non réclamés, il faut savoir que Messieurs Attali et Bébéar l'ont chiffrée entre 10 et 30 milliards d'euros. La fourchette est large, et sans commune mesure avec l'estimation de la FFSA qui est de ... 0,7 milliards.
Pour plus de détails sur cette information qui est passée plutôt inaperçue, voir sur Google : Attali déshérence, ou sur le blog d'UltimInfo :
http://www.toutsurlassurancevie.com/blogs/voirtouslesblogs/viewpost/916
Mais ce qu'il faut retenir, c'est que nul n'est à l'abri d'un risque de déshérence de son/ses capital décès.
Et comme le souscripteur décédé qui compte sur la transmission de son patrimoine ne sera plus de ce monde pour avoir connaissance et conscience de la déshérence (merci Mr de La Palice ...), peu de souscripteurs s'en plaignent !
Pour ce qui est des bénéficiaires, entre ceux qui ne sont simplement pas au courant de l'existence d'un contrat à leur bénéfice et ceux qui pensent le savoir mais ne disposent d'aucune information, il leur est trop souvent difficile/impossible de faire valoir leurs droits.
Enfin, du côté des assureurs, s'il pourraient faire preuve de plus de diligence dans la recherche des bénéficiaires, ils ne disposent encore pas de boule de cristal pour deviner les adresses successives des bénéficiaires, surtout si le souscripteur n'a pas mis à jour sa/ses clauses bénéficiaires.
C'est pour cela qu'une solution comme ultiminfo.com est une alternative indépendante et automatique (un peu comme une roue de secours). Si tout va bien, tant mieux. Mais si le grain de sable de la déshérence vient à paraître, alors le relais est pris par ultiminfo.com pour permettre la transmission du/des capital décès.
Pensez-vous qu'un parachutiste ose sauter sans parachute de secours? Pour autant, les parachutes actuels sont particulièrement sécurisés. Mais il arrive cependant quelques fois que le parachute de secours soit vital...
Alors pourquoi ne pas offrir un parachute de secours à ses contrats d'assurance vie, décès, prévoyance, obsèques, voyage, qui comportent tous une clause bénéficiaire qui peut s'enrayer ?
Ce qui est sur, c'est que c'est du vivant du souscripteur qu'il faut se poser cette question, car la déshérence est une problématique "souscripteur", bien que ce soit le bénéficiaires qui en fasse les frais !