plaidoirie (3)
Le dernier livre d'Eric-Emmanuel SCHMITT : « Le sumo qui ne pouvait pas grossir». Lecture rapide, nerveuse, qui convient parfaitement à ce dimanche de Printemps. Au soleil de Provence (entre deux averses). De l'apéro au café, les enfants jouant plus loin : une heure de lecture entrecoupée sur deux heures de vie familiale sans besoin de s'isoler au fond d'une bibliothèque trop sérieuse. Une lecture facile de dimanche.
Un dimanche après Pâques qui est parfois appelé Dimanche de Quasimodo...
Rien à voir avec le héros de Notre Dame de Paris ? Au contraire !
L'introduction de l'ancienne messe en latin du rite catholique commençait en effet par une invocation afin qu'après Pâques, les fidèles soient tels que les petits enfants (quasi modo geniti infantes...). QUASIMODO, le héros de Victor HUGO, est tel - malgré son aspect repoussant : pur et exempt de toute méchanceté... comme le nouveau-né.
C'est sûr : Victor HUGO, élevé par sa mère dans une culture chrétienne omniprésente, savait ce qu'il souhaitait dire à ses lecteurs en « baptisant » Quasimodo.
Quel rapport avec le livre d'Eric Emmanuel SCHMITT ?
L'auteur est un spiritualiste. Chaque part de son œuvre transpire cette option philosophique, nourrie d'une vision optimiste de la destinée humaine. Cela peut en être agaçant... surtout pour celui qui croit qu'être intelligent commande d'être sérieux.
Ce livre correspond bien à QUASIMODO et à son dimanche. Intelligence de la gentillesse et de l'espoir malgré une vie qui reste ce qu'elle est, noire et blanche comme le ciel d'averses d'aujourd'hui. On est bien loin du dessèchement du raisonnable barbant qui pour faire croire qu'il domine l'averse s'enivre soit de plaisirs faciles, soit de philosophie post moderne... Le monde désenchanté retrouve des couleurs. A travers le court récit de ce malingre de Jun, produit d'une vie sans espoir, plus difforme au moral au début du roman que ne l'était Quasimodo au physique, on approche un peu de la philosophie Zen et de l'apprentissage du bonheur, version soleil levant. Et même si l'on est dans un univers japonisant, ce n'est ni Candy, ni Goldorak. Ni gnan-gnan, ni héroïque. Tendre comme le soleil d'avril, soudain comme la giboulée... Printanier, vivifiant. Peut-être moins sérieux que le spleen de novembre mais aussi nécessaire, voire plus.
Quelques citations à méditer. Zen. Entre deux averses... ou pas.
- « Tu penses trop car tu interposes de la pensée entre le monde et toi ; tu bavardes plutôt que tu n'observes ; tu projettes des idées préconçues davantage que tu ne saisis les phénomènes (...) C'est toi qui appauvris ta perception parce que tu n'y vois que ce que tu y mets : tes préjugés.
« Tu ne penses pas assez car tu colportes, tu répètes, tu ressasses des lieux communs, des opinions vulgaires que tu prends pour des vérités, faute de les analyser. Un perroquet prisonnier dans une cage à préjugés.
« Tu penses trop et pas assez parce que tu ne penses pas par toi-même. »
- « Si ce que tu dis n'est pas plus beau que le silence, alors tais-toi ».
- « C'est une maladie d'être optimiste ?
Non, c'est une maladie de l'être trop. »
OK, elles sont dures à placer en plaidoirie, notamment celle sur le silence. :-)
Mais nos lectures sont-elles toujours professionnellement efficaces ? J'espère que non !
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"Le sumo qui ne pouvait pas grossir"
Eric-Emmanuel SCHMITT
Albin Michel - 2009
102 pages
Les paroles s'envolent. Les écrits avec parfois.
La procédure commerciale est marquée du sceau de l'oralité. En pendant, le principe du contradictoire tout aussi applicable devant le Tribunal de Commerce... Au milieu, les incidents ou frottements d'audience entre confrères concernant la conciliation de ces deux principes.
Je reçois quelques jours avant l'audience de plaidoirie les conclusions écrites de mon contradicteur. Une grande partie du litige est couverte par une transaction directement conclue quelques mois auparavant par les parties. Aucun développement dans ces écritures sur cette fameuse transaction. A peine une interrogation sur l'éventuelle nullité de cette transaction au détour d'un paragraphe.
Comme de bien "Attendu", la totalité de la plaidoirie est focalisée sur cette nullité. Stratégie de défense ? Récupération in extremis d'un dossier mal apprécié au départ ? Loin de toute appréciation déontologique ou juridique, le fait est là. La nullité non développée par écrit emplit tout le champ de l'intervention orale.
Il est répondu point par point et tout aussi oralement à celle-ci.
Dans le jugement, pas une traître ligne sur ces paroles échangées pendant l'audience. Au surplus, le Tribunal évacue sans discussion la totalité des écritures adverses qui comportaient pourtant de vraies questions de droit.
Il apparaît que le Tribunal, destinataire avant l'audience des écritures adverses, a été indisposé par le stratagème.
A moins que ma parole ait été si forte que tout a été balayé sur son passage : stratagème, écrits et paroles...
Mon ego de robin pourrait se contenter de cette dernière hypothèse mais ce serait ignorer que l'avocat doit se méfier de son propre pouvoir. L'éloquence et la force du verbe sont devant nos tribunaux, notamment commerciaux, comme les hirondelles de nos campagnes. Leur ballet est aérien, vif, rapide, élégant parfois, momentanément efficace toujours, mais elles ont bien du mal à se poser.
Et dans ce cas, comme dans d'autres, l'hirondelle n'a pas réussi à faire le printemps.
Mieux, avec les paroles, les écrits, si terriens d'ordinaire, se sont eux aussi envolés.
Parole d'avocat, bien sûr.
"Ecrire, c'est une façon de parler sans être interrompu." d'après Jules RENARD.
Nos plaidoiries aussi bénéficient d'un tel privilège. Ou devraient en bénéficier en tout cas.
Ce blog ne révolutionnera donc pas l'exercice : production sûrement sincère et peut-être egotique de celui qui se levant pour prendre la barre croit que le monde lui appartient par le seul fait que nul ne peut l'interrompre. Illusion assumée puisque c'est la fonction qui crée ce privilège. Plus de robe, plus de privilège de la parole.
De la même manière, le blog permet de croire en une puissance bien illusoire, celle "de parler sans être interrompu". Un prolongement de la plaidoirie en quelque sorte...
Sauf que l'avocat sait que le tour de son contradicteur viendra et que de la même manière, il sera tenu au silence : respect d'un privilège identique, celui de son confrère.
Le blogueur aussi attend le commentaire avec le même respect. Il y ait contraint.
De là, seul, vient le débat dépassant le privilège formel.
Quelques réflexions éparses sur l'activité d'un commercialiste, d'un avocat aimant sa profession, suffiront bien comme matière au débat.
Dans un monde virtuel qui n'a pas de carte, dans un blog qui ressemble à une bouteille lancée à la mer sans vrai espoir de lecture, je me suis rappelé Pytheas, un marseillais fameux, connu pour des voyages qui eux n'avaient rien de virtuel.
Au bénéfice de ces quelques réflexions, bienvenue "All around my blog".
