contradictoire (1)
Les paroles s'envolent. Les écrits avec parfois.
La procédure commerciale est marquée du sceau de l'oralité. En pendant, le principe du contradictoire tout aussi applicable devant le Tribunal de Commerce... Au milieu, les incidents ou frottements d'audience entre confrères concernant la conciliation de ces deux principes.
Je reçois quelques jours avant l'audience de plaidoirie les conclusions écrites de mon contradicteur. Une grande partie du litige est couverte par une transaction directement conclue quelques mois auparavant par les parties. Aucun développement dans ces écritures sur cette fameuse transaction. A peine une interrogation sur l'éventuelle nullité de cette transaction au détour d'un paragraphe.
Comme de bien "Attendu", la totalité de la plaidoirie est focalisée sur cette nullité. Stratégie de défense ? Récupération in extremis d'un dossier mal apprécié au départ ? Loin de toute appréciation déontologique ou juridique, le fait est là. La nullité non développée par écrit emplit tout le champ de l'intervention orale.
Il est répondu point par point et tout aussi oralement à celle-ci.
Dans le jugement, pas une traître ligne sur ces paroles échangées pendant l'audience. Au surplus, le Tribunal évacue sans discussion la totalité des écritures adverses qui comportaient pourtant de vraies questions de droit.
Il apparaît que le Tribunal, destinataire avant l'audience des écritures adverses, a été indisposé par le stratagème.
A moins que ma parole ait été si forte que tout a été balayé sur son passage : stratagème, écrits et paroles...
Mon ego de robin pourrait se contenter de cette dernière hypothèse mais ce serait ignorer que l'avocat doit se méfier de son propre pouvoir. L'éloquence et la force du verbe sont devant nos tribunaux, notamment commerciaux, comme les hirondelles de nos campagnes. Leur ballet est aérien, vif, rapide, élégant parfois, momentanément efficace toujours, mais elles ont bien du mal à se poser.
Et dans ce cas, comme dans d'autres, l'hirondelle n'a pas réussi à faire le printemps.
Mieux, avec les paroles, les écrits, si terriens d'ordinaire, se sont eux aussi envolés.
Parole d'avocat, bien sûr.
