audience (2)

mars
30

Gran Torino

Voir Gran Torino et le Président du Tribunal de Commerce dans la même semaine. Et faire un billet pour le blog qui a patiné cette dernière semaine !

Sacrée semaine en effet : Clint contre Denis (les prénoms n'ont pas été changés même si l'un ne s'appelle pas et que l'autre s'appelle Président !).

Vendredi soir, « le » Clint. Il dégaine toujours aussi vite : le ménage est à faire dans son quartier. Feu, feu, pan, pan. Tombe, t'es mort ! Même si le film, beaucoup plus subtil, ne fait pas tomber celui que l'on croit et comme on le croit. Le héros, fatigué et névrosé, est parfait de cynisme en liquidateur vieillissant... s'il n'y avait ce remords qui s'insinue, un début de raisonnement. C'est le film.

La rédemption et la justice sont bien au cœur de l'interrogation politique et sociale de Clint.

A l'américaine, bien sûr : la religion est présente, fil rouge de l'évolution du vieux cynique... Par les temps qui courent, on ne peut qu'apprécier cette interrogation métaphysique qui si elle ne ménage pas la religion n'en fait pas non plus une caricature. Mais l'essentiel du film n'est pas là.

L'interrogation centrale reste celle de la Justice, loin de toute auto-défense. Et si Clint nous indiquait que la Justice est une vertu avant d'être un pouvoir ? Certes, tout n'est pas aussi nuancé. Les brutes, elles, sont de vraies brutes et le bon, égaré dans un monde dont il s'est lui-même exclu, se rachète comme de bien entendu par une pirouette finale.

Je cherche le truand. C'est peut-être Clint lui-même, pas l'acteur, le réalisateur. On attendait un Harry finissant son parcours en feu d'artifice. On a, et heureusement, un discours beaucoup plus distancié. Une belle mécanique qui emprunte aux classiques et aux clichés mais qui nous emporte beaucoup plus loin : une sorte de Ford Gran Torino 1972, celle-là même qui fait le titre du film...

L'interview du président du Tribunal de Commerce s'est, elle, déroulée tout à l'heure lors d'un déjeuner-débat sur le vieux port.

Un bon client quand vous êtes en charge de l'interview : direct, chaleureux, sans discours pré-formaté. Marseille possède ainsi le 2ème tribunal de commerce de France et son président actuel utilise tout le poids de cette institution pour dire ce qu'il pense de l'activité du Tribunal, de la prévention, de la crise, etc.

Oui, la prévention est l'avenir des entreprises en difficulté.

Non, les entrepreneurs n'ont pas à avoir peur du Tribunal. Pousser la porte du Tribunal ne signifie pas la liquidation automatique. Encore faut-il agir à temps et à partir du petit bobo de l'impayé ne pas se laisser envahir par les métastases d'un cancer généralisé, financier et juridique.

Rafraîchissant ! Surtout, quand l'interviewé expose qu'aucun juge, sauf névrose identifiée, ne liquide une entreprise sans s'être posé de nombreuses questions. Et surtout, celle récurrente : pourquoi le chef d'entreprise n'a pas saisi le Tribunal avant ? Quand la restructuration était encore possible. Quand le cancer n'avait atteint qu'une petite partie de l'entreprise. Contrairement à Clint, chez Denis, le remords précède la liquidation.

A cette question lancinante, le Président a un début de réponse qui interpelle les entrepreneurs eux-mêmes : le Porsche Cayenne ou le ML de Mercedes... Celui-là même que certains chefs de petites entreprises achètent en leasing sur la société dès son démarrage. Il nous a pourtant aussi parlé fonds propres, capitalisation, réserves financières. Il nous a aussi parlé de ces entrepreneurs majoritaires qui essayent en cette période de crise de sauver leur société, en conscience, sans grosses cylindrées à leur bilan, ni distribution d'actions gratuites.

L'image qui est restée est celle de cette voiture trop grosse pour un environnement économique trop chahuté, symbole d'une méconnaissance crasse et/ou volontaire des besoins financiers de toute entreprise.

Et là, le Président l'a affirmé comme lors de son audience d'installation en janvier 2008 : pas de pitié. Feu, feu, pan, pan. Tombe, t'es mort ! Enfin, presque : condamné à combler le passif de la société et interdit de gérer. Si cela se sait, certains constructeurs automobiles ont du souci à se faire... Surtout que tout n'est pas rose non plus pour eux en ce moment.

Par les temps qui courent, là encore, il semblerait que le monde économique soit presque aussi cruel que les banlieues de Détroit, Michigan.

Sacrée semaine : Gran Torino vs Grosses allemandes... L'américain est plus noir au départ pour plus d'espoir à l'arrivée.

Tout fout le camp, ma brave dame : la Ford passe la ligne d'arrivée devant la Porsche.

Parole d'avocat, bien sûr.

févr.
24

Le premier président et le justiciable

Interview ce matin sur Europe 1 du Premier Président de la Cour d'Appel de Paris, Jean-Claude MAGENDIE.

Les mots prononcés sont justes, notamment la constatation d'un manque de confiance de la justice en elle-même... Comment ne pas penser pourtant aux mouvements d'humeur de tel juge d'instruction, de tel parquetier, de tel président de chambre correctionnelle ? Comment ne pas penser cependant à ces attitudes parfois dénoncées, souvent subies, de juges que l'on dit imbus de leur pouvoir de police ? Avec le temps, l'avocat apprend à connaître et à anticiper ces réactions, apprend à connaître ses juges. Et il sait que ces réactions ne sont souvent que la traduction d'un véritable malaise au sein de l'institution. Pas toujours agréables à subir quand on plaide à l'extérieur et qu'aucune proximité avec son juge ne viendra au secours de telle manifestation d'humeur.

Mais les réactions des hommes qui font l'institution sont identiques à Nanterre, Marseille ou Bordeaux. Comme la permanence d'un pouvoir qui s'étiole. Et comme tout pouvoir remis en question, la seule réponse est la réaffirmation autoritaire.

Par delà une autorité apparente, fonctionnelle, d'un président d'audience ou d'un juge d'instruction, s'exprime ainsi un cruel manque de confiance de l'institution en elle-même. Confiance dans sa fonction sociale, confiance dans sa mission, remise en cause le lendemain par un monde médiatique qui ne comprend pas les subtilités de la procédure ou de la règle de droit. Remise en cause le lendemain et c'est plus grave par le justiciable lui-même qui ne comprend pas plus le déroulement judiciaire.

Bien sûr qu'il est sain que média et justiciable puissent de la sorte interroger leur justice. Et il n'est pas question de nostalgie en une justice Second Empire dont les palais à colonnades (expression d'actualité !) étaient implantés au coeur des villes pour impressionner le citoyen justiciable.

En revanche, comment refonder la légitimité du pouvoir judiciaire ?

La réflexion d'un client il y a une semaine au sortir d'une audience de référé donne peut-être un début de réponse. L'audience était chargée, le rôle interminable, les dépôts de dossiers s'effectuaient à la chaîne dans un désordre amusé que les acteurs de justice (avocats, juges, greffiers) ne voient même plus. Le justiciable lui en est sorti effaré et peu rassuré sur l'oeuvre de justice qui était censée se dérouler sous ses yeux.

Il y a une pédagogie de l'audience, que les dossiers soient simples ou techniques. La généralisation de l'écrit dans toutes les procédures et les audiences marathons qui vont avec, à être efficaces sur l'instant, sont destructeurs dans l'esprit public.

Ne serait-il pas temps de revaloriser l'audience et ses acteurs ? Le constat concerne donc bien plus les juridictions du quotidien que la Cour d'Assises qui malgré des critiques, dont certaines sont légitimes, permet précisément le temps du débat.

Parole d'avocat, bien sûr.

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