un instant...non rien
Le dernier livre d'Eric-Emmanuel SCHMITT : « Le sumo qui ne pouvait pas grossir». Lecture rapide, nerveuse, qui convient parfaitement à ce dimanche de Printemps. Au soleil de Provence (entre deux averses). De l'apéro au café, les enfants jouant plus loin : une heure de lecture entrecoupée sur deux heures de vie familiale sans besoin de s'isoler au fond d'une bibliothèque trop sérieuse. Une lecture facile de dimanche.
Un dimanche après Pâques qui est parfois appelé Dimanche de Quasimodo...
Rien à voir avec le héros de Notre Dame de Paris ? Au contraire !
L'introduction de l'ancienne messe en latin du rite catholique commençait en effet par une invocation afin qu'après Pâques, les fidèles soient tels que les petits enfants (quasi modo geniti infantes...). QUASIMODO, le héros de Victor HUGO, est tel - malgré son aspect repoussant : pur et exempt de toute méchanceté... comme le nouveau-né.
C'est sûr : Victor HUGO, élevé par sa mère dans une culture chrétienne omniprésente, savait ce qu'il souhaitait dire à ses lecteurs en « baptisant » Quasimodo.
Quel rapport avec le livre d'Eric Emmanuel SCHMITT ?
L'auteur est un spiritualiste. Chaque part de son œuvre transpire cette option philosophique, nourrie d'une vision optimiste de la destinée humaine. Cela peut en être agaçant... surtout pour celui qui croit qu'être intelligent commande d'être sérieux.
Ce livre correspond bien à QUASIMODO et à son dimanche. Intelligence de la gentillesse et de l'espoir malgré une vie qui reste ce qu'elle est, noire et blanche comme le ciel d'averses d'aujourd'hui. On est bien loin du dessèchement du raisonnable barbant qui pour faire croire qu'il domine l'averse s'enivre soit de plaisirs faciles, soit de philosophie post moderne... Le monde désenchanté retrouve des couleurs. A travers le court récit de ce malingre de Jun, produit d'une vie sans espoir, plus difforme au moral au début du roman que ne l'était Quasimodo au physique, on approche un peu de la philosophie Zen et de l'apprentissage du bonheur, version soleil levant. Et même si l'on est dans un univers japonisant, ce n'est ni Candy, ni Goldorak. Ni gnan-gnan, ni héroïque. Tendre comme le soleil d'avril, soudain comme la giboulée... Printanier, vivifiant. Peut-être moins sérieux que le spleen de novembre mais aussi nécessaire, voire plus.
Quelques citations à méditer. Zen. Entre deux averses... ou pas.
- « Tu penses trop car tu interposes de la pensée entre le monde et toi ; tu bavardes plutôt que tu n'observes ; tu projettes des idées préconçues davantage que tu ne saisis les phénomènes (...) C'est toi qui appauvris ta perception parce que tu n'y vois que ce que tu y mets : tes préjugés.
« Tu ne penses pas assez car tu colportes, tu répètes, tu ressasses des lieux communs, des opinions vulgaires que tu prends pour des vérités, faute de les analyser. Un perroquet prisonnier dans une cage à préjugés.
« Tu penses trop et pas assez parce que tu ne penses pas par toi-même. »
- « Si ce que tu dis n'est pas plus beau que le silence, alors tais-toi ».
- « C'est une maladie d'être optimiste ?
Non, c'est une maladie de l'être trop. »
OK, elles sont dures à placer en plaidoirie, notamment celle sur le silence. :-)
Mais nos lectures sont-elles toujours professionnellement efficaces ? J'espère que non !
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"Le sumo qui ne pouvait pas grossir"
Eric-Emmanuel SCHMITT
Albin Michel - 2009
102 pages


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