janv.
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Sous la robe.

  • Par david.lhermite le
    (mis à jour le )

(Avec un tel titre, je vais faire grimper mon référencement Google... Et que de déceptions...)



Les vacances étant l'occasion de ne pas lire que des choses purement utilitaires, j'ai lu un petit bouquin à l'intérêt moyen, écrit par un Confrère parisien, Daniel RICHARD.


Ce livre, Jamais sans ma robe, Les ténors du barreau montent au créneau (Ed. du Rocher, 2011), je l'ai trouvé neuf à petit prix dans une bouquinerie. Il est pourtant paru il y a trois mois seulement...


Il s'agit d'interviews et de récits dont le prétexte est la robe, de l'avocat surtout, du magistrat également.


Ca se lit vite, ça n'est pas désagréable.


On y retrouve des portraits d'avocats, de magistrats, de chroniqueurs judiciaires. Des copains de l'auteur pour la plupart.


Quelques réflexions, des anecdotes.


Rien de fondamental donc, mais quelques morceaux relativement intéressants cependant (l'histoire de l'épitoge par Daniel RICHARD, l'interview de Philippe BILGER, celles de Jean-Louis PELLETIER, de Dominique COUJARD, de Jean-Yves LEBORGNE ou de Stéphane DURAND-SOUFFLAND).


Petite sélection, qui sera notamment l'occasion de tacler quelques avocats décorés comme des sapins de Noël (je jubile en pensant en particulier à un ancien Bâtonnier d'un autre barreau que le mien, que j'ai un tout petit peu connu, fat courtisan, aimant les honoraires gras et les mondanités, grand bourgeois ridicule arborant sa rosette comme le babouin arbore le vermillon de son postérieur...) :


« D'un coup de baguette magique, cette robe merveilleuse efface les différences sociales et installe dans les prétoires une forme de vraie démocratie. Certes les décorations que certains y accrochent, les faisant ressembler parfois à des maréchaux de la vieille Union Soviétique, effacent d'un coup le bel idéal égalitaire. On constatera à cet égard que des magistrats tels que Philippe Bilger et de célèbres avocats, tels qu'Olivier Metzner, déplorent une pratique trop courante et somme toute vicieuse, propre à renforcer les inégalités. Puissent-ils être entendus ! » (C. MILLAU, chroniqueur judiciaire)


« Ce qui me choque bien davantage, c'est que le procureur soit habillé comme le juge. Imagine-t-on un match de football dans lequel l'arbitre porterait le maillot d'une des deux équipes ? Il serait pratiquement impossible de reconnaître l'arbitre. Or, c'est exactement ce qui se passe chez nous. Nous portons le même maillot que le ministère public ! Cela trouble totalement la visibilité de la justice : les jurés, les accusés, le public ne comprennent pas bien la différence qui peut exister entre un avocat général et un juge alors que tous deux sont habillés en rouge. D'ailleurs, si on l'appelle avocat général, il devrait plutôt porter une robe d'avocat qu'une robe de magistrat. Cette incohérence vestimentaire chez les juges est absolument stupéfiante » (D. COUJARD, magistrat)


« Que penses-tu de la formule qu'utilisent les avocats : « Tous égaux sous la robe ? »

Ce serait parfait s'ils ne portaient pas de décorations ! La décoration est d'abord la reconnaissance de services, donc elle est aux antipodes de la notion d'indépendance. Je crois savoir qu'en Belgique, il est interdit de porter des décorations sur sa robe mais en France, dès qu'on peut se distinguer, on le fait ! Certains avocats sont donc décorés comme des voitures volées ou comme des généraux soviétiques et en sont extrêmement satisfaits » (D. COUJARD, magistrat)


« La justice en France, et surtout à Paris, est très politique. On fait carrière ou on ne fait pas carrière, sur des options politiques. Ceux qui réussissent ne sont pas les meilleurs. Ce sont ceux qui ont été choisis politiquement ou ceux dont le silence et la monotonie du comportement garantissent la pérennité de l'institution. Ce sont les deux seuls choix de l'institution judiciaire qui sont, l'un politique, l'autre conservateur » (D. COUJARD, magistrat)


« L'avocat défend un client, il est payé pour cela. Il peut tout se permettre. S'il se montre vulgaire, c'est son problème, l'important est qu'il soit efficace. En revanche, l'avocat général, c'est l'avocat de la société. Il doit, à mon avis, avoir un minimum de tenue et d'allure. Et il doit tirer le procès vers le haut » (S. DURAND-SOUFFLAND, chroniqueur judiciaire)


« La magistrature judiciaire doit être accompagnée, enrichie, par la magistrature intellectuelle. Aujourd'hui, le grand drame de la magistrature, c'est cette perte radicale de ce que j'appelle la culture générale et l'humanité. Pour arriver à la vérité, à la justice, il faut passer par les humanités, par le retrait, le doute, la distance, la finesse et la sophistication. Tout cela ne s'apprend que par l'apprentissage ou la proximité constante avec les grandes oeuvres. Ensuite, on peut y mettre toute la technique que l'on veut, mais l'essentiel est là. Malheureusement, c'est ce qui fait terriblement défaut aux auditeurs de justice et aux jeunes magistrats qui viennent exercer ce très beau métier » (P. BILGER, magistrat)


« Quand un avocat, en robe, parle, c'est l'institution Défense qui s'exprime et non pas l'individu » (J.-Y. LEBORGNE, avocat)


« Pascale Robert-Diard est très agacée par l'amour des décorations, tant chez les avocats que chez les magistrats. Elle est choquée lorsqu'elle voit un avocat général ou un président de chambre arriver à l'audience avec sa batterie de médailles. « Quand on sait ce que cela signifie quand même comme degré de servilité... La robe est l'expression de la fonction mais, là, on montre autre chose ; on montre l'envie d'un homme ou d'une femme de faire plaisir à sa mère ou à sa femme, etc., et puis on montre sa sensibilité à la flatterie ; cela donne des éléments sur soi » » (P. ROBERT-DIARD, chroniqueur judiciaire)



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