avr.
25

La fin du courage et la reconquête de l'avenir

  • Par aurelie.mahe le
    (mis à jour le )

Vous connaissez bien évidemment la Hune, cette librairie mythique... C'est là qu'à 23 heures, je me suis emparée du livre de Cynthia Fleury, "la fin du courage", pour le dévorer la nuit suivante.


Chaque époque connaît un seuil mélancolique, comme chaque individu connaît une phase d'épuisement et d'érosion de soi. Cette épreuve serait celle de la fin du courage. Découragement qu'il faut convertir en reconquête de l'avenir. Théorie du courage qui articule l'individuel et le collectif.


Quelques passages ? (même si quelques extraits ne sauraient témoigner de la brillante démonstration de l'auteur)


"Entre l'homme ordinaire et le courageux, rien de moins différent dans l'apparence. Mais voilà, quelque chose d'imperceptible fait tout basculer : un presque-rien, dirait Jankelevitch, une manière d'être, une manière de vouloir les choses ou de ne pas avoir le courage de les vouloir. Une volonté d'accompagner la grâce, de créer l'état de grâce en soi [...].


L'épistémologie du courage est une science de ces passages secrets. Le courageux sait à quel point l'occasion est fuyante et manquante. Cela fait son charme et la cause du désespoir qu'elle nous inflige.


Pour autant, "pour une occasion perdue, tant d'autres s'offriront à nous seconder ! Mais ce ne sont jamais les mêmes". En ce sens, ce qui est manquant reste manquant. Ce qui est perdu reste perdu. "Certes la vie est une chance permanente, mais le fait de cette chance est une quoddité unique et une unique effectivité. Les occasions sont des instants irréversibles dans une biographie qui est elle-même l'occasion de toutes les occasions." Toujours subsiste l'occaion d'un nouvel instant à venir qui ne sera pas celui que nous avons manqué, qui ne rachètera pas celui que nous avons manqué, mais pourra au moins nous donner la matière de l'assumer. En ce sens, subsiste toujours le grand instant ou ce qui fait peut-être la différence entre la vie courageuse et la vie ordinaire".


"Le courageux sait la valeur et la désespérance de l'éphémère. Mais il est celui qui ne construira pas son ressentiment dessus. Il est d'ailleurs celui qui a la volonté de l'absence de ressentiment [...]. Le courageux se situe ainsi du côté de l'optimisme bergsonien. Cet optimisme peut sembler une provocation. Ou alors, un manquement à l'intelligence. Mais c'est plutôt le signe d'une détermination à agir. Si la joie n'est pas certaine, la volonté de la joie est à la portée des hommes courageux et, d'une certaine manière, cela n'est pas vain car cela évite la barbarie. Il n'y a pas d'éthique du désespoir, et Bergson sait à quel point il faut être de "ceux dont les désirs sont sur terre" ".


... A propos du courage, le vaillant refus du désespoir, l'art sans victoire de maintenir le désir, de renaître à la vie séance tenante malgré la peur, l'adversité et la lassitude, écoutez les Nouveaux Chemins de la Connaissance présentés par Rapahel Enthoven sur France Culture cette semaine : c'est un délice...


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