nov.
19

L'aventure de la Conférence - 2ème tour

  • Par aurelie.mahe le
  • Dernier commentaire ajouté

(réalisé en cinq heures... pardonnez-moi les maladresses...)


Sujet : le bleu est-il toujours gris ?


Monsieur le Bâtonnier,

Mesdames et Messieurs les Secrétaires,


Ecoutez Radio Bleu, et vous verrez,

A n'en point douter,

Le bleu révèle le gris.


S'il est vrai que la vieillesse ternit sans coup férir,

Les affres de la vie ont depuis longtemps ôté toute parcelle de bleu.


Qu'est-ce que le bleu, sinon comme le bonheur, un idéal de l'imagination ?


Admirez le bleu du ciel, le bleu de la mer, l'ange bleu du Caravage, l'étole bleue de la Vierge Marie,

Un sentiment océanique, propre à distraire votre acuité, vous envahira délicieusement...

Mais ne vous y trompez pas : le bleu n'est qu'illusion.

Image du bonheur, de la sérénité, de la paix victorieuse...


Le gris est au coin de votre existence, qui vous guette,

Qui vous torpille jusqu'à vous ensevelir...


Vous voilà prévenus : le bleu est toujours gris.


Le bleu, c'est la couleur du poète, pas du réel,

Le bleu, c'est encore la couleur du Paradis.


Mieux vaut compter sur les paradis artificiels je vous le dis :

Laudanum ou népenthès, briseur de soucis,

Ou liqueur d'automne, cure de narcose,

Et je vous le prédis : pour un instant,

Pour un instant seulement,

Vous serez beau et intelligent à la fois.


Que les candidats traditionnels au Paradis bleu de l'au-delà s'en souviennent,

La rédemption est un chemin de croix, parsemé de ronces grisonnantes,

Point de fleurs bleues.

A votre décharge, vous devrez réciter le confiteor :

« Mea culpa, mea maxima culpa » en vous flagellant la poitrine.


Le choix est bien mince,

Entre un bleu artificiel momentané,

Et un paradis bleu hypothétique à force de gris.


D'aucuns n'oseront encore affirmer que le bleu n'est pas toujours gris.


A ceux qui m'opposeront le bleu des yeux,

Comment taire que le bleu des yeux, si profond soit-il,

Mène sans plus attendre au gris de l'âme.


A force d'égarement,

Peut-être auriez-vous oublié cet avocat parisien qui nageait dans le bleu,

Et qui par un soir d'hiver, a ignoré cette jeune femme qui sauta du pont ?

A jamais englué dans le gris, la Chute fut son calvaire.

Un imprévisible rien qui change tout penserez-vous peut-être ?

Moi je vous le dis : c'est l'Eternel retour.

Le bleu est toujours gris.


Soyez lucide.

Même là où le bleu se veut azur,

Il est ajouré par la pire des grisailles.

Sous le ciel bleu d'Israël, les tirs de roquette n'ont pas cessé.

Sous le ciel bleu de l'Iran, la deuxième centrale est née.

Sous le ciel bleu de l'Indonésie, la vague a débarqué.

Sous le ciel bleu du Rwanda, le massacre ethnique a eu lieu.

Sous le ciel bleu de Singapour, le port de l'étoile bleue un jour fut imposé.

Sous le ciel bleu de Mexico... mais n'est-il pas déjà gris ?


Litanie sans fin du bleu, toujours gris.

Mémoire de l'inhumain, qui sans cesse nous rappelle le bleu cadavérique, d'un gris morne...


A quand la Révolution bleue ?

Couleur en crise, désarmante de cruauté...

Assurément, Barbe bleue était bien inspiré !

Que dire de la Banque Populaire si ce n'est qu'elle l'était bien moins !


De mémoire récente,

N'est-ce pas habillé de bleu

Que l'espoir a gagné les faveurs du peuple français ?

N'est-ce pas ce même bleu qui déçoit aujourd'hui ?

Et si un doute devait subsister,

Deux années de bleu ne suffisent-elles pas à convaincre ?

Le bleu est toujours gris,

Et vire même au gris foncé lorsqu'il assaille la justice.

Un bleu constitué partie civile n'est-il pas toujours gris ?


Quelle rumeur folle aurait donc parcouru le peuple :

Un bleu, sous mandat de dépôt,

Reportant sous escorte de deux bleus,

Dans une fourgonnette bleue...


Ne vous l'avais-je pas annoncé ?

Qu'est-ce que le bleu, sinon le fruit de l'imagination ?


Qui se chargera de le dire au grisonnant,

A la folle espérance d'être blanchi,

Au nom du peuple français ?


Le bleu nous échappe tant il est gris.

A n'en point douter, la vérité bleue sera grise.


Et pourtant, comme vous,

Je rêve du bleu,

Cette pointe d'espérance qui rend la vie toute bleue,

Digne de l'immaculée conception.

Je ne demande qu'à être fleur bleue,

Mes amours vains m'ont appris la grisaille.

Mes efforts, la retenue.

Même l'enfant qui naît est gris bleu, férocement étranglé par le cordon ombilical,

Digne concurrent de la couleur des vieilles dames apprêtées,

Apre concurrent du cadavre...

C'est de peu qu'il a échappé à un funeste sort...



Vous rêviez d'une enfance bleue,

Elle sera grise, ravie par l'angoisse.


A jamais marqué par la criante déception de sa mère,

Lorsqu'elle découvrit sa laideur,

Après que ses boucles blondes eussent été coupées,

L'auteur de la Nausée sortit de l'imaginaire bleu,

Pour se confronter à son oeil gris qui entrait déjà dans le crépuscule...

La peur bleue de sa mère fut grisaille de son enfance

Et la Nausée vit le jour...


Epicure nous a menti.

Point d'ataraxie, pas plus que d'aponie.

Le bleu demeure gris.

Même la moisissure du roquefort est grise.


Schopenhauer serait ravi, lui pour la vie oscille de la souffrance à l'ennui.

Imaginez seulement son sourire d'acariâtre, misanthrope atrabilaire...


Mais sa thèse est loin d'être acquise.

Si le bleu est toujours gris,

C'est qu'il est tempérance non seulement du bonheur, mais aussi du malheur.



Bleus au corps et bleus à l'âme sont toujours teintés de gris.

Réminiscences de la souffrance et rémission grisonnante.


C'est à l'aune de ces bleus gris

Que vous connaîtrez la cherté de la vie

Car oh combien de fois nous oublions de vivre

Et souffrons jusqu'à en mourir.


Rassurez vos clients :

Les bleus gris, s'ils nous apprennent que le bleu est gris,

N'en reste pas moins la trace que le gris recèle du bleu en son tréfonds.


Du biberon jusqu'à la tombe,

Nous errons au gré du bleu demeuré gris.


Espérons seulement ne pas périr

Comme le Saint Sébastien de Mantegna,

Transpercé de flèches,

Sur un fond de bleu azur !



Ne vous réfugiez pas dans la nuit,

Au prétexte que la nuit, tous les chats sont gris !

Osez affronter la réalité du bleu gris !

Haïssez la compromission et la résignation !


C'est bien parce que le bleu est toujours gris,

Parce que la vérité n'est jamais là où on l'imagine,

Parce que prévenus et victimes sont tous les deux gris,

Que l'abandon par forfait n'est que honte de la défense !


Si l'existence précède l'essence,

C'est la conscience de la grisaille qui conditionne l'existence.


1 commentaire

Un texte excellent et poétique - Bravo!

  • Par Claire le
Connexion
Création d'un membre
Création d'un espace
Inscription à une communauté
Partage d'une publication
Modification d'une publication
Suppression d'une publication
Suivi des modifications d'une publication
Suivi des modifications d'un commentaire
Ajout d'un commentaire
Réponse à un commentaire