télévision (7)
Il m'a semblé amusant et pourquoi pas intéressant de vous narrer une expérience télévisuelle sur laquelle je me pose encore certaines questions. C'est à dire que je n'ai pas tout compris ou peut-être que je ne veux pas tout comprendre. Cela remonte à l'année dernière.
Tout a commencé un vendredi du mois de juin dans l'après-midi. L'un de mes amis, Alain Cloarec - le spécialiste de la recherche de trésors familiaux - avait été contacté par une « boite de prod » qui cherchait à caser un sujet sur les trésors pour une émission : feue « La méthode Cauet », fleuron de la culture télévisuelle. Il leur manquait des invités et ils avaient pensé à Alain, habitué à ce genre de sujets. Gentiment, Alain avait évoqué mon nom pour parler des aspects juridiques. J'ignore à ce moment là tout du contenu de l'émission et des détails, Alain me demande simplement de prendre contact, « pour voir » et « jauger si cela vaut le coup ».
Je téléphone un peu à reculons à l'assistant en charge de ce dossier, lequel me répond qu'il ne peut pas me parler mais qu'il me rappellera à 16h30. A l'heure dite, il rappelle et s'enquit de mes états de services. Son discours est d'un flou hallucinant. Il sait que ça parlera des trésors, il ignore le nom des autres invités. Pas très engageant. Pour couronner le tout, il me demande de lui envoyer par mails des photos de moi... Je lui réponds que j'ai sans doute quelque part des photos de moi bébé. A part ça...
J'insiste sur le fait que je ne suis pas demandeur, que cela représente des contraintes, qu'un avocat n'a peut-être pas sa place dans l'émission, bref, que je ne fais pas de forcing pour venir puisque Alain est capable de se débrouiller tout seul comme un grand. « On reste en contact », dit-il.
Trois minutes plus tard, nouveau coup de fil du même ulluberlu, lequel a radicalement changé son fusil d'épaule. Il en a parlé à sa rédaction et il veut absolument que je vienne, même pas besoin d'envoyer de photos. Que s'est-il passé pendant ce laps de temps ? Mystère et boule de gomme. Je pense qu'ils étaient dans un fichu pétrin (l'enregistement est prévu trois jours plus tard) et qu'ils m'auraient pris même si je m'étais appelé Bozon le Clown. On raccroche, sans que j'en sache beaucoup plus sur le concept.
Re-3 minutes plus tard, nouveau coup de fil d'un nouvel assistant qui m'annonce fièrement que mes billets de train + hôtel sont réservés pour lundi soir et le taxi m'attendra à la tête de station. Je cherche à en savoir un peu plus sur l'émission, en vain, lui n'est chargé que du travail passionnant de réservation des billets. On raccroche.
Re-trois minutes plus tard, nouvel assistant chargé de « préparer les fiches » des animateurs. Il pose des questions, et j'y réponds. Il me demande si je suis un « farfelu », la question est destabilisante. Il semble plus intéressé par ma faculté à utiliser des mots simples, voire très simples (genre « Sylvain et Sylvette vont à la ferme et trouve un trésor »), et à glisser quelques traits d'humour. Pour le fond, ce n'est pas le plus important.
Jusqu'à lundi soir, plus aucune nouvelle. J'ai reçu mes billets de train (en 2nde, c'est la crise, même à TF1). Avant de partir, j'ai eu le malheur d'indiquer à une amie les raisons de mon départ précipité à Paris et j'ai lu dans ses yeux une très grande déception. Je ne suis plus le grand avocat qu'elle admirait, je ne suis plus qu'un guignol farfelu qui se compromet dans la méthode Cauet.
J'arrive à Paris après avoir voyagé pendant 1h30 dans un wagon où un bébé n'a cessé de pleurer. J'ai eu des envies de meurtre, mais ce genre d'événement est mal vu dans la profession. Le taxi de la « prod » m'attend conduit par un chauffeur qui connaît les animateurs mieux que quiconque. Il effectue très souvent des convoyages pour ces sociétés et me donne sans retenue les noms de ceux qui consomment..., ceux qui boivent..., et ceux qui cumulent les deux. Je ne distillerai pas de noms... sauf si on me le demande.
Il me laisse à la Mecque des studios, la Plaine Saint Denis, où se trouvent tous les studios télé. Dans la cour, on remarque tout de suite les 2 voitures de Cauet et de Cécile de Ménibus. Cauet a une Porsche noire, sobre, classique, la même qu'Arthur me dit-on. Cécile a acheté une BMW M6, un monstre de 5000 cm3, 43 chevaux fiscaux, 300 km/h. Une bête très très impressionnante qui est sûrement bien pratique à Paris... Madame est une pro de la course automobile m'assure-t-on.
A part ces bécanes, deux entrées de bâtiment avec plein de monde. Je me dirige au hasard vers la première entrée où je suis accueilli par un vigile qui veut savoir qui je suis. Pas de pot, je suis dans le studio de l'émission « attention à la marche ». Fausse route et je retourne vers un autre studio. Là, je suis un peu plus attendu par un sympatique assistant lequel m'invite à me restaurer au 3ème étage. « Restaurer » est un grand mot car le plat du jour est composé, au choix, de nouilles ou d'aubergines avec viande ou poisson. Mais, il n'y a plus d'aubergines ni de viande. Au choix donc, le poisson froid accompagné de nouilles tièdes, un délice. Je choisis une table au pif et me retrouve aux côtés de toute l'équipe de Cauet en train de préparer leurs fiches, calmes et détendus, l'exact opposé de moi.
Alors que j'achève ce succulent dîner, Alain n'arrête pas de m'appeler. Il est venu avec sa propre voiture et, forcément, il est maintenant paumé au beau milieu des studios. Il compte sur moi pour le renseigner, ce qui n'est pas une fine idée puisque je ne connais pas par coeur l'ensemble des 70 studios. Il tourne, tourne et finit par se garer quelque part au pif. Aussi surprenant que cela puisse paraître, nous allons passer deux heures dans le même bâtiment sans jamais nous croiser (c'est grand). Le repas n'est pas achevé que l'on vient me chercher pour une « première » d'émission.
Surprise de ma part, j'ignorais qu'il y avait une « deuxième » émission. On m'explique que c'est un nouveau concept de Cécile de Ménibus diffusé l'été. Ils profitent de ma présence pour faire une interview (à croire qu'il faut rentabiliser mon déplacement). Direction le maquillage + coiffeur, vite fait. Puis on s'en va vers le studio de l'émission « Sans aucun doute ». On tournera dans une annexe de l'émission (la honte pour tout avocat) où a été reconstitué un bureau d'avocat. Cela ressemble plus à un bureau de mafioso (les deux ne sont certes pas incompatibles disent de mauvaises langues). Essais lumière et son. J'ai bien choisi ma chemise selon l'éclairagiste. En revanche, le fauteuil luxueux grince, on en change pour une chaise et je dois poser mon bras d'une certaine façon pour masquer la pauvreté de celle-ci.
J'ai enfin le droit de voir les questions. La plupart passent, d'autres sont objectivement débiles et enfin je n'en comprends pas certaines. Le journaliste qui a récupéré les questions de quelqu'un d'autre n'est pas capable d'expliciter les questions que je ne comprends pas. Cela promet... Il enchaîne les questions, moi les réponses avec le leitmotiv en tête : sujet, verbe, complément (c'est la consigne). Faire des réponses simples, courtes, pour pouvoir couper.
Pour mon malheur, le journaliste décide d'improviser certaines questions sans connaître le sujet. C'est difficile de donner du sens à une réponse lorsque la question n'en a aucun (ex : « combien y-a-t-il de trésor dans le monde ? », j'ai failli répondre « 14.356 »). Je fais de mon mieux. Au bout d'une demi-heure, c'est fini. Cerise sur le gâteau, on m'annonce qu'ils ne garderont probablement qu'une minute de mes réponses. En fait, l'avenir nous montrera qu'ils étaient très optimistes.
Un assistant vient alors me chercher pour me conduire dans la loge des « chercheurs de trésor ». Entre-temps, alors que je sors des toilettes, je tombe nez à nez sur les Vamps qui font leur grand retour sur scène. Dans ces cas là, on ne sait pas quoi dire... et ce fut le cas.
On s'entasse à plusieurs dans cette petite loge. Alain et son associé Omar + un baroudeur genre Indiana Jones qui cherche un trésor en Amérique du Sud (et accessoirement pille les tombes) + Paulo, sympathique maçon portugais qui a trouvé un trésor vendu 600.000 euros. On nous offre moult champagne, sans doute pour être plus dans l'ambiance. Le pauvre Paulo s'exprime mal en français et accumule un trac impressionnant. Pour ma part, je ne cesse de me demander ce que je suis venu faire dans cette situation.
On nous briefe plus ou moins sur l'ambiance, le ton à adopter, les réparties, le sens des réponses. Pour faire monter notre tract d'un cran, on nous précise que la séquence est enregistrée dans les conditions du direct, donc sans coupures (ce qui est très légèrement exagéré). Nos sourires ont disparu. Paulo a une nouvelle fois changé de couleur. Ce qui est pénible, c'est que l'on nous demande de venir très en avance pour être sûr que le plateau prévu sera au complet à l'heure dite. Pas question de faire attendre les animateurs. Par exemple, Paulo m'a expliqué qu'il était arrivé à 18 heures et l'enregistrement a commencé à... 23 heures.
A 23h00, l'assistant nous ordonne invite fermement à descendre sur le plateau. Tels des condamnés à mort, nous descendons dans les entrailles du bâtiment. Nous arrivons dans l'enfer, un immense studio surchauffé, bruyant, avec une cohue d'assistants, de maquilleurs, de vigiles et accessoirement d'invités un peu paumés : nous. Il faut montrer patte blanche à chaque pas. On nous équipe de micros, le mien est appelé « maître Antoine ». La tension monte doucement. On annonce la coupure pub et les spectateurs sont autorisés à prendre l'air. Les « chercheurs de trésor » sont cantonnés derrière une grille et nous assistons au curieux spectacle des 200 spectateurs - souvent très jeunes - qui défilent devant nous. Ils nous dévisagent, cherchant à savoir si nous sommes « people », « farfelus », « de passage » ou autre. J'ai l'impression qu'ils vont finir par nous lancer des cacahuètes.
Un nouvel assistant (à croire que le stock est inépuisable) nous montre nos places respectives de loin. Lorsque arrive mon tour, il me montre vaguement un siège mais il est tellement loin – et myopie oblige - que je ne vois pas précisément son emplacement. Au pire, je prendrai le seul siège vacant. Je confis mon livre à l'assistant qui doit à son tour le confier au présentateur qui enfin le déposera délicatement dans une poubelle au fin de rangement définitif et sélectif. Combien d'exemplaires de mon livre sont ainsi passés à la trappe ?
Une numismate à mes côtés est là pour vendre son bouquin, coachée par son éditeur qui lui prodigue les derniers conseils : « pensez à citer le titre du livre plusieurs fois ». Elle sait très bien que l'émission ne vole pas forcément très haut mais elle sait aussi et surtout qu'elle est très regardée, un bon coup de pub.
Le public revient. On annonce notre séquence. Croyez-moi, on ne se sent pas très fier dans ces moments là. Je confis au vigile qui me suit à la trace que je me demande ce que je fais là. A voir sa mine, je suis certain qu'il serait capable de me donner un coup de pied bien placé pour me balancer sur le plateau, mort ou vif.
Première entrée sous les applaudissements. Je laisse la numismate passer en premier et nous la suivons en file indienne. On ressemble aux sept nains avec blanche neige. Les applaudissements sont polis, trop. On coupe et on recommence après avoir briefé le public. Nouvelle entrée sous un tonnerre d'applaudissements - quelle spontanéité -. Je suis la troupe et me dirige vers la seule chaise vide, aux côtés de Cécile de Ménibus, « y'a pire » me dis-je. Nos coeurs sont à 140. La table n'est pas très nette et les verres sales. Cécile révise ses fiches sans lever les yeux pendant que Cauet présente chaque invité. Arrive mon tour. « Maître Antoine Béguin, avocat spécialiste bla bla bla ».
Cécile me regarde fixement et lance à la cantonade : « il est sérieux ». Le syndrome du farfelu revient. Je réponds du tac au tac : « au moins 1 sur 5 », c'est tellement pas drôle que personne ne relève. Question de Cauet : « on peut être sérieux et déconneur ? ». Que répondre à ça ? J'ai dû bredouiller un truc, mon cerveau est en roue libre. Les premières questions sont posées à Paulo qui, au comble du stress, s'exprime avec un accent à couper au couteau. Cauet est pris d'un fou rire, suivi par Cécile. Pas certain que tout cela soit très naturel. Le pauvre Paulo ne comprend pas les raisons du fou rire ni les questions qu'on lui pose. J'essaye de le rassurer car il me lance des appels à l'aide. Les fous rires continuent, ce qui a le mérite de détendre l'ambiance.
On me pose des questions auxquelles j'essaye de répondre de manière à peu près carrée. Je ne sais pas si cela marche. Je crois à un moment donné que j'ai dû utiliser l'expression « péter un câble », mon cerveau n'ayant pas trouvé dans la base des synonymes une autre expression plus adaptée. L'Indiana Jones passe sur le grille et se défend bizarrement sur certaines questions. Il explique par exemple qu'il a localisé une cache en Amérique du Sud et qu'il s'est approché à 400 mètres. Question de Cauet : « pourquoi ne pas avoir été au bout ? ». Réponse : « Il y avait du brouillard »... Il perd en crédibilité. Alain joue son rôle, comme à la parade.
De temps en temps, Cauet rebondit sur moi pour vérifier un point de droit. Je reconnais que par moment, l'ambiance aidant, je ne peux m'empêcher de rire à ses blagues de potaches. Il évoque subitement le cas des diamants bruts dans les mines, je lui réponds que ce n'est pas un trésor. Il me regarde : « vous êtes chiant ». Que répondre à ça ? J'ai oublié ma réponse. Cécile renchérit : « vous êtes binaire ». Je réponds dans ma tête : « je préfère être binaire que primaire ». Bizarrement, mon cerveau a refusé d'exprimer à haute et intelligible voix cette répartie. Fin d'interview, on repart en file indienne. Et mon livre n'aura pas été montré à l'antenne, bien rangé dans une poubelle peut-être.
On nous assure que tout était très bien, formule de politesse ? Nous sommes noyés au milieu des autres invités : l'équipe de France de rugby, David Guetta sans sa très distinguée épouse est entouré d'électrons pas libres : coiffeur, maquilleur, styliste, groupies, porteur d'eau, porteur du téléphone n° 1, porteur du téléphone n° 2... Lui déclenchera un tonnerre d'applaudissements du premier coup. Nous ne sommes pas dans la même catégorie. Retour dans la loge puis le taxi me conduit à l'hôtel après m'avoir offert une ballade dans la Paris by night à 1 heure du matin. J'ai entr'aperçu Paulo qui avait l'air vexé de l'accueil reçu.
L'émission a donc été diffusée courant juin (et rediffusé parait-il récemment). J'avais hâte de voir quel traitement allait nous être réservés. Ne nous leurons pas : sur une enregistrement de plusieurs heures, les coupures sont nombreuses pour garder le rythme à l'émission. Dans le sommaire, nous sommes placés juste après la première coupure pub, c'est-à-dire dans la première partie de l'émission. La séquence est annoncée.
Je revis au fur et à mesure l'enregistrement. Présentation de chacun, avec mon humour qui tombe à plat comme prévu. Je me rends compte qu'ils ont beaucoup coupé dans les interventions de chacun. Pour ma part, tout ce qui était juridiquement correct mais politiquement incorrect a été coupé - je préfère employer ce mot neutre -. Ne restent que les propos assez banals sur la définition du trésor et des réponses aux questions simples. Le résultat n'est pas aussi déroutant que ce que je pouvais craindre. Mes réponses sont correctes sur le plan juridique et je n'ai pas à rougir de ce que j'ai dit. J'ai gardé ma nature, laquelle ne devait pas forcément cadrer avec le style. Peu importe, je peux jeter aux oubliettes mon billet réservé pour le Groenland au cas où.
Dans les jours qui suivirent, on m'a souvent parlé de l'émission. A chaque fois, sauf pour les jeunes de moins de 25 ans, j'entends la même phrase : « d'habitude, je ne regarde pas ce genre d'emission, mais là, j'étais rentré tard et... ». Je ne suis pas dupe mais je ne juge pas : entre ceux qui regardent l'émission et ceux qui y participent...
Courant août, était diffusée la deuxième émission « on nous dit que » présentée par Cécile que j'ai toujours appelé « Minibus » au lieu de « Ménibus ». Sorry... Donc, j'ai regardé Cécile « qui a un petit bus ». Tous les sujets tournent autour et plutôt en desssous de la ceinture. A se demander quel était l'intérêt de diffuser des reportages, lesquels n'étaient que prétexte à la gaudriole. Le reportage sur les trésors est diffusé en numéro 2 juste après une c. et avant une autre. J'apparais en introduction du reportage où je prononce deux mots : « trésors légendaires » puis on voit l'ami Alain, l'Indiana Jones qui pille toujours accessoirement les tombes, Paulo maçon de son état et la numismate.
En résumé, ils ont utilisé les intervenants de la première émission de Cauet pour les recycler et faire un reportage sur le même sujet... avec les mêmes personnes. Cette émission a été l'occasion pour moi de battre un record peu enviable : une demi-heure d'enregistrement pour, au final, deux mots retenus. Le ratio dépasse l'entendement. Ils n'ont même pas gardé une réponse, pas même un bout de réponse, mais deux mots. La prochaine fois, je limiterai mes propos à « carottes rapées » ou « essuis glaces », ce n'est pas la peine de chercher à comprendre.
Belle leçon d'humilité en tout cas.
Certes, on pourra me rétorquer que la place de l'avocat n'est pas de participer à ce genre d'émission dite de divertissement. Il me semble pourtant que, lorsqu'un discours juridique doit être donné, quel que soit le genre d'émission, l'avocat est dans son rôle naturel d'apporter ce discours. Et je préfère voir un confrère donner la répartie plutôt qu'un journaliste qui aura pris les renseignements sur Wikipedia. Après, tout est question de comportement, de dignité pour reprendre notre serment. On peut participer à une émission de divertissement et tenir un discours sérieux, censé. C'est aussi de cette façon, me semble-t-il, que l'on redonne toute sa place à l'avocat dans notre société.
Autre enseignement : je ne me doutais pas à quel point le contenu de ces émissions de divertissement pouvait être politiquement correct. Contrairement à ce que je pensais, le contenu est strictement contrôlé et tout sujet sensible soigneusement éliminé au montage. J'en ai fait les frais. Inquiétant non ? Moralité : vive le direct.
Dans la série "Pierre Bellemare raconte des histoires", encore une nouvelle page de vécu. Désolé, c'est un peu long.
Bien sûr, tout cela est à prendre avec humour.
Avec la sortie de mon livre en 2002, j'ai participé à des émissions de divertissement qui ont eu la particularité pour certaines... de ne jamais être diffusées. Après le stress de l'émission, la frustration de se dire que l'on a fait tout cela pour rien. L'une d'entre elles m'a plus spécialement marqué.
Sans rentrer dans les détails, cette émission produite par une des nombreuses sociétés de production devait être diffusée sur TF1. Le thème : l'argent tombé du ciel. C'était d'ailleurs le titre de l'émission.
J'avais reçu une invitation laquelle comportait des conseils vestimentaires étonnants : « pas de baskets, pas de jean, pas de couleur terne, soyez flash, soyez lumineux » . Je me suis promis de demander à la production le sens de l'expression « être flash ». Qu'il ne compte pas sur moi pour m'habiller en rose fluo ou en jaune !
Je passerai sur les rebondissements qui ont précédé l'émission. A l'origine, j'étais prévu pour figurer dans le public et pour dire deux mots sur le droit des trésors, puis j'ai connu, à mon corps défendant, une promotion, pour être invité sur des gradins. Les raisons de cette promotion seraient là encore trop longues à expliquer. Je n'ai rien fait pour.
A l'origine de ma venue, le Trésor du Mans. Pour aller à l'essentiel, alors que ce trésor avait été découvert par hasard et remis aux autorités par les découvreurs, ces derniers avaient eu toutes les peines du monde à obtenir leur part (50% de la totalité). La justice s'était prononcée en leur faveur et un partage judiciaire des monnaies avaient été ordonnée. Malheureusement, l'avocat (ce n'était pas moi) ne parvenait pas à obtenir l'exécution de ce partage.
C'est là qu'intervient TF1. Aussi extraordinaire que cela paraisse, ce que ni l'avocat ni l'huissier n'avaient pu obtenir en plusieurs mois, la puissante machine TF1 l'obtint en quelques jours. La chaîne voulait en effet des images de ce partage pour les diffuser durant l'émission « Tombé du ciel ». Je ne sus jamais par quel procédé diabolique TF1 avait pu faire accélérer le cours des événements. Quoi qu'il en soit, quelques jours après cette intervention, les monnaies furent "miraculeusement" partagées devant les caméras à la Mairie du Mans. Dans la foulée, les inventeurs étaient invités sur le plateau avec en guest star les monnaies gauloises (estimées 150.000 euros quand même). Les monnaies avaient droit à un traitement de faveur avec véhicule blindé et agents de sécurité portant des bracelets reliés à la pochette. Le grand jeu.
La sortie de mon livre était l'occasion de me donner la parole pour sortir deux-trois banalités.
Le jour de l'enregistrement, j'arrive Plaine Saint Denis, un Disney-land pour enfants avec les studios des émissions fétiches de TF1 (à l'époque) : Sacré soirée à droite, le Bigdil à gauche... Je me gare sur le parking d'un studio qui ne paye pas de mine aux côtés des Porshes de quelque présentateur. Je suis accueilli par la journaliste qui me harcèle depuis quatre jours, laquelle me conduit sans attendre dans une loge.
On m'invite ensuite sur le plateau pour participer aux répétitions. La fourmilière s'agite. D'un œil professionnel, Arthur conseille Valérie Benhaïm - toujours aussi charmante - qui présentera l'émission. On se sent tout petit. Les découvreurs sont venus avec leurs enfants qui vivent un rêve éveillé : les yeux écarquillés, ils dévorent du regard tout ce qui les entoure. Passé quelques minutes, le spectacle devient vite ennuyeux. La répétition s'éternise puisque l'essentiel du temps consiste pour les présentateurs à repérer les positions des uns et des autres. On n'ose se moucher ni soupirer. On joue les hommes invisibles, de peur de perturber le déroulement.
Je suis arrivé (ou convoqué) à 14h00. Il est près de 18h00. Nous devons répéter parait-il... Soit, mais répéter quoi ? Soudain, le temps presse. On m'invite prestement à me placer sur des gradins à gauche du plateau. Je transpire dans mon costume qui serait parfait pour un dîner mondain mais qui n'est pas adapté aux plateaux télés surchauffés. Marie, la femme qui a trouvé le trésor, doit aussi répéter. On l'emmène à cet effet dans les coulisses afin qu'elle « répète son entrée » : on répète bien ce qu'on peut... Les minutes s'écoulent.
L'animatrice reliée par une oreillette à la régie parle dans le vide. Notre heure est arrivée. On annonce la séquence sur le Trésor du Mans. Discrètement, un technicien m'apporte un micro et me rappelle que je dois bien l'approcher de la bouche. Marie est annoncée. Mais, à la place de Marie, un grand gaillard sort des coulisses aux côtés de l'animatrice. « Bonjour Marie ! ». Le technicien se retient de rire : « bonjour Valérie ». La comedia del arte a commencé. Le technicien raconte n'importe quoi, on travaille les emplacements des uns et des autres, pas le discours... Et Marie a disparu, perdue dans les coulisses...
L'animatrice s'approche de moi, le regard perdu dans ses feuilles. Je n'aurai pas droit à un sourire, tout juste à « Monsieur Béguin, juriste, bla bla bla, ok, c'est bon pour moi ». Jamais mon parcours n'aura été si vite résumé. On se quitte bons amis ? Un technicien vient me reprendre promptement le micro ; je le rassure : je n'avais pas l'intention de partir avec. Ça ne le fait pas rire, moi non plus. On m'invite maintenant à quitter le plateau. Si je résume bien, nous avons attendu quatre heures, Marie pour se perdre dans les coulisses et moi pour tenir dix secondes un micro sans rien dire. La télé est un monde à part.
Nous retournons dans nos loges, quartier libre, sauf que nous ne devons pas sortir. Une belle corbeille de fruits m'attend. Désolé, je n'ai pas envie d'ingurgiter un ananas entier avec un couteau en plastique. On me sert un plateau repas. Ces histoires m'ont coupé l'appétit. J'en profite pour tenter de faire une sieste. J'entends des voix mêlées : des danseuses dans la loge d'à côté. Elles racontent leurs dernières histoires d'amours et d'après ce que j'entends, ce n'est pas la joie. Tout à l'heure, il faudra sourire. Sursaut brutal : on m'apporte du champagne frais. L'intention est délicate et la serveuse très jolie.
19 h 30, retour de la famille des inventeurs de trésors. On échange nos impressions concordantes sur ce monde. L'heure du maquillage approche. Il faut faire la queue. Les danseuses bardées de plumes multicolores racontent toujours leur vie amoureuse : cela devient pathétique. La maquilleuse s'échine à faire disparaître les traces d'une nuit trop courte. Trois quarts d'heure plus tard, je croise Marie : « il faut aller au maquillage ! » me lance-t-elle. Ah bon, ça ne se voit pas ? Pourtant, j'ai l'impression d'avoir la jaunisse quand je me regarde dans le miroir. Cela accroche mieux la lumière, parait-il. Comme nous traînons, des techniciens surexcités nous engueulent : « Asseyez-vous là et ne bougez plus ». Mon sourire se crispe.
Deux cents personnes ont pris place sur les gradins. Le concubin de Marie manque de se faire refouler. Un technicien lui reproche son blouson en jean (souvenez-vous des conseils vestimentaires de l'invitation !). Marie intervient et tout rentre dans l'ordre. Je souffre dans mon costume. La chaleur est insupportable : et si je fais un malaise ? Enfin, l'enregistrement commence. Première entrée de l'animatrice. On coupe et on recommence. Le chauffeur du public nous indique à quel moment il faut applaudir, se taire, rire... agaçant.
Nous répétons les applaudissements. Nouvelle entrée. Le générique ne part pas. On recommence. Les applaudissements se déchaînent. On veut en finir. La troisième prise est la bonne, on la garde. Les séquences sont enregistrées. Une fois sur deux, on recommence. L'animatrice se plante en lisant son prompteur, les touches d'humour ne font pas rire. Pas grave, on ajoutera des rires au montage.
Première pose publicitaire. Un coiffeur et une maquilleuse se précipitent sur l'animatrice. On ne doit pas bouger. Une journaliste vient prendre de mes nouvelles : au bord du malaise, je lui demande si elle peut m'apporter une bouteille d'eau. Ce privilège déchaîne les foudres du public. La pose s'éternise le temps d'abreuver tout le monde. Promis, je ne recommencerai plus. Des dizaines de petites bouteilles sont plus ou moins bien dissimulées derrières les postérieurs.
Minuit et demi. Cela fait trois heures trente qu'on attend, chante, applaudit... La chanteuse du générique Maya l'abeille est venue pour raconter le bonheur de recevoir des droits d'auteur. Je dois me pincer pour croire ce que je vis : il est près d'une heure du matin et nous chantons le générique de Maya l'abeille par quarante degrés à l'ombre... et il n'y a pas d'ombre... et en plus je chante. La fatigue se fait sentir, les applaudissements sont moins fournis. J'ai entamé une grève des applaudissements. Je suis peu suivi pour l'instant mais j'ai l'étoffe d'un meneur.
Le Trésor du Mans est enfin annoncé. Il est vrai que ce genre d'émission garde pour la bonne bouche - si j'ose dire - soit un reportage spectaculaire soit un reportage tendance porno. Pour cette fois, ce sera la première version et j'en suis - à titre personnel - heureux. Ma tension s'élève. Un technicien m'apporte un micro. Se souvenir de bien l'approcher de la bouche. Le reportage tourné au Mans est diffusé sur un écran géant à quelques mètres de moi. Une tête souriante de Marie de deux mètres de haut apparaît. Quand on n'est pas prévenu, cela surprend. Marie est accompagnée dans les coulisses puis laissée seule. J'imagine son anxiété. Le micro tremble dans ma main.
Applaudissements. Marie entre aux côtés de l'animatrice. « Comment avez-vous trouvé ces monnaies ? ». Tiens, la question est originale. Pendant l'interview, les monnaies sont placées sur un présentoir. Le numismate fait son speech et propose une estimation à 150.000 Euros. L'animatrice lève le présentoir afin de mieux exhiber les monnaies aux caméras. La sécurité est derrière moi, prête à bondir si une monnaie tombe à terre ou pire. L'espace d'un instant, je réalise que je suis placé sur l'exacte trajectoire entre les monnaies et les molosses. Les monnaies sont assurées mais moi ?
Marie me regarde : « je voudrais spécialement remercier quelqu'un qui a beaucoup compté pour nous ». Ma main tremble de plus en plus. Mes yeux s'humidifient. Marie continue : « sans lui, nous ne serions pas là aujourd'hui... ». J'ai de plus en plus de mal à calmer mon trouble parkinsonien. Elle annonce mon nom. On peut couper ? L'animatrice plonge dans ses fiches : c'est qui ça « Monsieur Béguin » ? Instant de lucidité : elle me regarde et lance aux caméras : « justement, nous allons le retrouver, M. Béguin ». Ça c'est du boulot. Trois caméras plongent sur moi. On ne peut vraiment pas couper ?
Valérie s'assoit à mes côtés : « ça ne vous ennuie pas si je m'assois à vos côtés ? ». « Tout le plaisir est pour moi... » lui dis-je. Ce n'est pas le moment de faire de l'humour, d'autant que l'animatrice a l'air un peu perdu dans ses fiches. Les deux questions préparées à l'avance me sont posées. Décidément, elles ne sont pas terribles et je regrette de les avoir proposées à la production. Je regarde l'une des caméras et décide de répéter ce que j'avais imaginé. La réponse ne correspond pas forcément à la question mais j'ai appliqué un grand principe inauguré par Thierry le Luron : elle est venue avec ses questions, et moi avec mes réponses. Pour être plus exact, je suis venu avec les questions et les réponses. Applaudissements en règle pour être poli. On me reprend aussitôt le micro, de peur que je parte avec comme souvenir.
Marie repart dans les coulisses avec les monnaies. La sécurité l'accompagne. Le pas s'accélère. La sacoche contenant les monnaies est arrachée des mains de Marie par la sécurité et elles passeront la nuit dans un endroit inconnu de tous.
J'ai envie de partir dans les coulisses mais une cohorte de techniciens me bloque le passage. Le chauffeur s'échauffe à mesure que le public se refroidit. Une heure et demie du matin, nous en sommes à près de 5 heures d'enregistrement. Les ultimes séquences doivent encore être enregistrées. Quelques personnes du public commencent à s'éclipser à chaque ratée qui se multiplie. Le chauffeur du public désespère. Il n'est plus question de chauffer mais de réchauffer l'ambiance tant qu'il peut. Je profite d'une énième interruption pour sortir du plateau. Je retrouve Marie et Stéphane dans les coulisses avec un sandwich qui m'attend. On échange nos impressions.
Deux heures du matin. L'émission s'achève enfin. On est prié de monter une dernière fois sur le plateau et d'agiter la main. Machinalement, assommés par la fatigue, nous jouons aux marionnettes. Valérie Benhaïm, très professionnelle, reste de longues minutes en plateau pour signer les autographes alors qu'elle doit être exténuée.
Le plus dur n'a peut être pas été subi. Marie et son concubin bénéficient d'un chauffeur attitré. Pour le reste des invités, il faut attendre les taxis. Cinquante personnes invitées attendent dans le froid. Des dizaines de voitures s'arrêtent. Chaque taxi est réservé pour une personne. Et la bonne personne n'est bien sûr jamais là. Finalement, éreintés, nous investissons à trois un taxi. Le chauffeur proteste mollement. Après une petite virée, nous sommes enfin déposés devant l'hôtel réservé. Le réceptionniste est surpris de nous voir : mauvais signe. L'adresse donnée par la production est fausse. Il faut parcourir encore cinq cents mètres pour retrouver le bon hôtel. Je m'écroule sur le lit : il est trois heures du matin . J'ai essayé de me laver la figure et la serviette de bain a pris une teinte marron. Le maquillage n'était pas waterproof.
Curieuse expérience que l'enregistrement de cette émission de télévision intitulé « Tombé du ciel ». Ce titre ne vous dit rien et pour cause : vous n'avez pas eu l'occasion de voir cette émission. Mauvais retour après sa diffusion à un groupe représentatif de téléspectateurs. Le service Marketing a tranché ! « Tombé du ciel » est tombé à l'eau. Un million d'euros d'investissement paraît-il englouti pour rien.
Ce qui m'a le plus touché lors de l'enregistrement de cette émission tient aux propos que m'a tenu mon voisin d'infortune. Alors que nous étions assis tous les deux sur des gradins face aux caméras, il m'a raconté son histoire durant les longues minutes d'entracte. Il avait été contacté par la production pour recevoir une grosse somme d'argent provenant d'une épargne salariale. Il n'avait jamais songé à recevoir une telle somme ( « tombée du ciel » ).
Pourtant, la bonne nouvelle ne semblait pas tellement le réjouir. Le souffle court, il m'expliqua alors qu'il souffrait d'une grave maladie en phase terminale et qu'il ne lui restait plus que quelques semaines à vivre. Étrange paradoxe de discuter avec cet homme qui évoquait sa mort prochaine sous les paillettes multicolores d'un studio. Je compris alors quel effort surhumain il avait dû fournir pour feindre une joie - ô combien artificielle - au moment de recevoir le gros chèque alors que l'animatrice évoquait avec lui de multiples et si futiles projets.
Ce dernier échange suffit à relativiser tout le reste.
Il y a des émissions de télévision qui marquent dans le bon sens du terme et d'autres qui vous plongent dans un monde quasi surréaliste. Ce fut le cas avec une émission diffusée sur ARTE à laquelle je participais.
La proposition était a priori attractive : un plateau en direct en compagnie d'Alain Cloarec pour discuter en toute liberté du droit des trésors en compagnie de deux animateurs. Nous pouvions également répondre aux questions des téléspectateurs. Ce qui m'interpella très vite, ce fut le concept de l'émission. Plusieurs heures en direct consacrées à une personnalité entrecoupées de plateaux portant sur des sujets accessoires (dont le notre intitulé « le monde de l'étrange » !), jusque là d'accord.
Mais, chose extraordinaire, l'émission se déroulait la nuit ! Elle commençait vers minuit et s'achevait vers 6 ou 7 heures du matin, le tout en direct ! C'est ce que l'on doit appeler une 4ème partie de soirée ou une première partie de matinée, au choix. C'est là que j'aurais dû avoir un doute.
Mais la tentation du direct, donc de pouvoir s'exprimer en toute liberté sans être coupé était vraiment tentante. La personnalité qui aurait droit à sa nuit sur Arte était Catherine Lara. Notre plateau sur les trésors était programmé à 2 heures du matin. Après bien des hésitations, la venue d'Alain m'encouragea à accepter.
Premier problème, trouver le studio. Les lieux du tournage avaient été relégués en banlieue dans un coin particulièrement paumé puisque même le taxi ne put trouver l'adresse. Finalement, à force de tâtonner, nous avons trouvé un immeuble avec, dans sa cour, toute une foule de personnes. Une joyeuse pagaille régnait. L'émission était surtout centrée sur les artistes, ce qui est normal, et Alain et moi détonions un peu dans cette ambiance.
Je me souviens, alors que nous attendions notre tour, qu'une jeune marionnettiste s'intéressa soudain à nous. Alors qu'elle tenait à la main sa marionnette de chien constituée uniquement d'os (je n'irai pas à son spectacle), elle me demanda de quelle troupe j'étais membre et dans quel cabaret nous nous produisions. J'en ris encore.
Nous attendions depuis maintenant deux heures en regardant l'émission sur un écran de contrôle. J'ai remarqué à ce moment là qu'il existait un décalage de quelques minutes entre ce qui se passait sur le plateau et la transmission. Est-ce à dire que ce décalage permettait, en cas de dérapage, de couper la scène ? Par exemple, on pouvait couper un avocat qui, perdant tout self-contrôle, se mettrait à dire tout haut et fort ce qu'il pensait de la réforme de la carte judiciaire (pas de risque, à l'époque elle n'était encore qu'un vague projet).
Dans la loge, Alain était entré en grand conversation avec une sexologue très sympathique qui tenait une chronique juste après notre passage. Je m'interroge encore sur le lien de cause à effet entre notre passage et sa chronique. La production comptait-elle sur nous pour chauffer l'ambiance ? Discrètement, quelques invités profitaient de sa venue pour lui poser des questions quasi-existentielles.
Soudain, c'est notre tour. On nous annonce et nous rentrons dans... une chambre transformée en studio. Nous avons vraiment cru que nous nous étions trompés de pièce. Un gros cube était suspendu et devait s'allumer à chaque appel d'un téléspectateur. Il resta éteint longtemps. L'animatrice avait un accent à couper au couteau et, malgré ses efforts, j'avais du mal à comprendre ses questions. Pas grave, je racontais ce que je voulais.
Le deuxième présentateur était lui très bien sauf qu'il était complètement inculte en histoire. J'avais apporté des monnaies en or de Napoléon III et il me demanda de lui préciser à quel siècle il avait vécu. J'ai failli répondre : « entre Napoléon 2 et Napoléon 4 ». Je crois avoir répondu sur un ton assez ironique, ce à quoi il me répondit : « vous savez, moi et l'histoire ». Gloups...
En quittant le plateau, autre épisode surréaliste, nous avons mangé un tableau... Je m'explique : un artiste new age ou wave concevait de grands tableaux composés uniquement de légumes frais. Le but, après avoir contemplé l'oeuvre, était de la manger. Je ne sais pas encore pourquoi mais, à trois heures du matin, une fringale nous prit. Et chacun s'amusa à dévorer les petits légumes sous l'oeil quasi extasié de l'artiste.
Nous sommes repartis après. Inutile de préciser que personne ne m'a jamais parlé de cette émission, je ne dois pas connaître assez d'insomniaques. Je ne comprends toujours pas comment ARTE a pu avoir cette idée d'une émission en direct toute la nuit. Après quelques numéros, elle fut victime de son audience, disons confidentielle...
Mais, objectivement, l'ambiance était vraiment très agréable et, à cette heure avancée de la nuit, alors que les nerfs se relâchaient, nous ne ressentions plus aucun stress ce qui a sûrement contribué à libérer le ton. La prochaine fois, il faudra enregistrer la nuit et diffuser le jour.
chose due
J'avais évoqué cette interview avec Carole Gessler (voir le post).
Voici maintenant la video.
Un grand merci à Nico pour le transfert.
Si vous avez toujours voulu tout savoir sur le droit du trésor, détecteurs de métaux et autres, cette interview est pour vous.
La qualité est assez mauvaise puisqu'il s'agit en réalité d'une video réalisée par un portable pendant que j'étais interviewé. Vous avez la version intégrale avec les ratés.
Vous verrez que l'exercice n'est pas facile car il faut essayer de rester clair, même quand les questions ne le sont pas, et, ce qui est toujours perturbant, reprendre les éléments de la question dans la réponse. Les questions sont en effet souvent coupées au montage.
Cette interview avait été réalisée il y a 2 ou 3 ans et j'assume toujours mes propos (moins mes gestes mécaniques). A la fin, j'explique à quelqu'un que sur 17 minutes ils ne garderont que 35 secondes. Je n'étais pas loin de la réalité puisqu'ils ont gardé de mémoire 30 secondes...
Soyez indulgents !
L'autre souvenir que je voulais évoqué est lié à une émission aujourd'hui disparue : DMA (Dimanche Midi Amard) animée par Paul AMARD. Dommage qu'elle ait disparu, comme tant d'autres. Paul Amard est un bon journaliste qui posait de bonnes questions dans une bonne émission.
Revenons au point de départ : Alain Cloarec, chercheur de trésors familiaux depuis 20 ans et avec lequel je collabore, avait été contacté par la production de cette émission car ils étaient intéressés par le suivi d'une recherche de trésors. Ce genre de demande est récurrent. Alain s'était mis en chasse et avait repéré deux dossiers intéressants, l'un dans le Saumurois, l'autre en région parisienne. J'avais pour l'occasion effectué le déplacement dans la proche région de Saumur (je n'étais pas encore avocat si je ne me trompe pas). La première recherche avait pour cadre les caves et troglodytes d'un viticulteur ami d'Alain. Officiellement nous étions sur la piste très improbable de la lame de la dernière guillotine utilisée en Maine et Loire sous la Révolution. Selon la tradition locale, cette lame avait été cachée derrière un mur, dans une cave de la région de Saumur. De toute évidence, il y avait très peu de chances pour que nous trouvions un tel objet. Outre que nous n'aurions pas su quoi faire d'un tel objet, il aurait rappelé quelques pages parmi les plus noires de notre histoire et nous ne tenions pas y être associés.
Les caves de la propriété ont reçu notre visite, le puits aussi grâce à une astucieuse caméra bricolée par Alain. Notre empressement fut tel que le propriétaire n'hésita pas à percer un trou dans un mur en tuffeau qui sonnait creux. Nous ne récupérâmes que quelques petits objets sans grande valeur pécuniaire mais qui témoignaient d'une occupation fort ancienne du site. Ces objets ont été laissés au propriétaire qui prend toujours un grand plaisir à les exposer au public.
La fin de l'après-midi fut consacrée à la recherche d'une bague estimée à 25.000 €uros qui avait été perdue par une visiteuse par trop enthousiaste quelques mois plus tôt. Juchée sur un promontoire, elle avait écarté énergiquement les bras devant elle sans doute pour déclamer quelque poème. Sa représentation avait pris fin à l'instant précis où elle avait aperçu sa bague voler à travers les airs puis retomber lourdement dans un bosquet particulièrement touffu situé en contrebas. Malgré des heures de recherches avec des détecteurs de métaux, nous ne pûmes retrouver le bijou. Je mis simplement la main sur un flacon sans étiquette contenant quelques pilules de toutes les couleurs protégées dans du coton, souvenir d'une soirée techno d'après le propriétaire.
Lors de la deuxième recherche en région parisienne, Alain eut plus de chances. Il s'agissait de retrouver six lingots d'or et la recherche s'annonçait prometteuse. Après le décès du propriétaire, ses enfants avaient retrouvé des certificats d'achats des lingots dans le placard d'une cuisine. Or la vente des lingots sans certificat est beaucoup plus difficile puisqu'ils attestent du titre d'or. Dans le cas présent, cela signifiait que les lingots avaient de grandes chances d'être encore en place. Je ne peux malheureusement pas être de la partie.
Je rédige néanmoins à l'attention d'Alain un protocole d'accord à faire signer avec le propriétaire des lieux. L'équipe dirigée par Alain commence par se perdre dans les rues de Dreux, puis réussit à atteindre bon port. Dans la précipitation et sous le feu de l'action, Alain oublie de faire signer le protocole d'accord qui reste dans son sac, une erreur qui lui coûtera cher. Sous l'œil de la caméra, l'équipe passe toute la maison au peigne fin. Chaque pièce, chaque recoin a droit à la visite d'un prospecteur. Alain trouve un endroit qui aurait été susceptible de pouvoir renfermer un trésor, une belle cachette qui aurait dû contenir quelque chose mais qui n'a manifestement pas éveillé l'attention de l'ancien propriétaire à moins qu'il ait récupéré ce qui s'y trouvait.
C'est alors que le 6ème sens d'Alain entre en action. Il a un fort pressentiment : il pense que les lingots doivent être cachés dans le jardin, et plus précisément à proximité du chenil. Le vieil homme élevait des chiens de race et c'est dans cette direction qu'il pousse ses recherches. Les chiens pouvaient faire barrage ou alerter le propriétaire d'une quelconque intrusion. D'ailleurs, la maison ressemble plus à une passoire qu'à un bunker, les portes s'ouvrent toutes seules... Dans sa chambre, sont retrouvés deux fusils et un pistolet... chargé. Un judas a été percé d'où l'on peut apercevoir les bâtiments annexes et... le chenil en plein milieu du jardin. A mesure que le temps passe, les chances de découvrir les lingots s'amenuisent mais, sans perdre espoir, Alain continue de chercher avec son intuition comme seul guide.
Il s'oriente vers deux énormes niches qui lui hantent l'esprit. Il entre la tête la première et constate que, manifestement, il n'existe aucune possibilité de cache. Il se relève et sans trop y croire passe les doigts sous la niche qui pèse plusieurs dizaines de kilos. Il accroche avec ses gants un paquet suspect qu'il confond sur l'instant avec une grosse plaque de mastique de vitrier. Le tout est enveloppé dans un sac plastique. C'est en le prenant dans ses mains une fois sorti qu'il constate qu'avec ce poids, il ne peut rien contenir d'autre que les lingots. Il alerte tout le monde avant d'aller plus loin dans sa recherche puisqu'il comprend que les autres lingots sont cachés là !
Première mauvaise impression, le propriétaire qui arrive sur les lieux lui arrache littéralement le sac des mains. Puis il commence à vouloir ouvrir le sac alors que l'équipe aimerait fixer l'instant de la découverte sur la bande vidéo. L'individu est visiblement très perturbé et ne semble pas comprendre ce qu'on lui demande. Il finit quand même par s'exécuter. Alain replace le lingot où il l'a découvert puis le « redécouvre » cette fois-ci devant les caméras. En soulevant la niche qui pèse pas moins de 60 kilos, il se fait au passage une entorse du genou mais sort le deuxième paquet de sa cachette. Deuxième mauvaise impression, le propriétaire lui arrache de nouveau les deux sacs des mains et sort immédiatement du local. Toujours pour les fameuses images, les journalistes lui demandent de laisser Alain ouvrir un paquet pendant que lui ouvrira l'autre. Il s'exécute après avoir enfin compris ce que l'on attend de lui. Alors arrive ce moment magique où les lingots apparaissent scintillant de leur bel éclat jaune.
C'est aussi à ce moment précis qu'Alain réalise qu'aucun protocole d'accord n'a été signé, le protocole que j'ai rédigé et qu'il a dans sa poche. Et plus Alain voit le propriétaire avec ses lingots qu'il ne lâche plus des mains, plus il se fait du souci. L'individu se renseigne discrètement sur la récompense qu'il doit lui céder, semble d'accord, puis fait marche arrière quelques minutes plus tard en indiquant que ce n'est pas du tout ce qui avait été convenu. Le pire est à craindre au moment où l'individu leur propose de régler ce problème la semaine suivante.
Après une petite séance photos, le propriétaire remballe le tout et propose que ce soit l'équipe qui ferme la porte de la propriété... Il veut absolument retourner chez lui au plus vite pour montrer les lingots à ses enfants. Il invite néanmoins l'équipe de chercheurs à venir le rejoindre chez lui le soir venu. Tout n'est pas perdu. Cinq minutes plus tard, l'équipe se retrouve seule - comme des imbéciles - devant le portail de la propriété. Le dîner se passe bien, mais Alain m'avouera avoir laisser beaucoup de plumes dans la bataille. La leçon a été dure mais elle a été depuis bien apprise. Les journalistes sont donc satisfaits puisqu'ils ont un bel éventail d'histoires à raconter. Le fait qu'Alain ait véritablement trouvé un « trésor » rend crédible son action.
La production me contacte quelques jours plus tard pour être sur le plateau de l'émission. Pour une fois, l'aspect juridique des différents problèmes évoqués avec la journaliste les a intéressés et ils souhaiteraient me poser des questions sur les trésors en général et sur celui du Mans en particulier. Je reconnais aujourd'hui que j'ai pris cette émission plus à la légère que les journalistes. Le matin du jour de l'enregistrement, je suis encore en Bretagne en villégiature... et la S.N.C.F. est en grève. La production s'affole et m'assaille de coups de fils inquiets ou agressifs suivant l'humeur. Je suis le seul invité en plateau prévu et si je suis absent, tout l'enregistrement tombe à l'eau, ce qui coûte très cher...
Je parviens à attraper au vol le seul train en partance et débarque à l'heure sur le plateau après un parcours plus que chaotique. Plus l'heure de l'enregistrement s'approche, plus je propose aux journalistes qui s'affairent autour de moi de prendre très sérieusement ma place. Je suis prêt à leur souffler les réponses. Le trac m'envahit tandis que la ruche s'anime autour de moi. Les essais lumière et micro se prolongent et personne ne se force à me rassurer. Par deux fois, deux techniciens s'affaireront sur mon arrière train sur lequel est fixé un émetteur défaillant. J'espère que le photographe de plateau aura la délicatesse de ne pas réaliser de clichés de la scène. Paul Amard est annoncé comme au théâtre. Concentré et sympathique, il m'explique en deux mots le genre de questions qu'il me posera, histoire de tester mes réponses.
Nous sommes seuls sur le plateau, lui concentré, moi mort de trac qui essaye de donner le change. On m'apporte une bouteille d'eau reprise quelques secondes plus tard sans que j'ai pu l'ouvrir. J'exprime, tel un condamné à mort, une dernière volonté qui ne reçoit aucun écho favorable. Je tente de discuter avec le présentateur le temps de diffusion du générique et des reportages mais lui est en pleine discussion avec le réalisateur qui lui parle via l'oreillette. L'effet est déstabilisant. Alors que je lui parle face à face, lui répond au réalisateur. Évidemment, les réponses ne collent pas aux questions. L'interview commence juste après que Paul Amard m'ait informé que rien ne serait coupé au montage, quoi qu'il arrive. Charmante entrée en matière ! Des questions souvent pertinentes me sont posé. Sur le Trésor du Mans, les questions appelleraient de trop longues explications. J'esquive plus ou moins le débat pour me cantonner à quelques idées fortes. Naïvement, j'avais communiqué au présentateur avant l'interview une formule que je trouvais pertinente et que je voulais replacer. Perfidement, Paul Amard la reprend à son compte, ce qui a pour effet de me déstabiliser quelques secondes. Finalement, tout se déroule très bien, sans coupure. On se quitte, chacun satisfait de ce qui a été dit.
La diffusion de l'émission apporta un succès d'estime et aussi une leçon d'humilité, certains de mes interlocuteurs ne se souvenant plus du thème de l'émission, telle cette personne qui avait trouvé très pertinents mes propos sur les sectes...
Un titre énigmatique pour aborder une série de sujets sur les rapports entre l'avocat et les médias. Pour aborder ce thème d'une façon plus aisée pour moi, je parlerai de mes modestes interventions. Après tout, on ne parle bien que de ce que l'on connaît.
L'un de mes domaines de prédilection est le droit de l'archéologie et du trésor (pas public, le trésor que l'on trouve). Un jour où j'aurai le temps, j'expliquerai pourquoi. J'ai eu la chance d'intervenir dans un certain nombre de dossiers relatifs à des découvertes trésoraires et j'ai également écrit pas mal sur le sujet. Cet intérêt m'apporte beaucoup de satisfaction (plus que de l'argent) et, accessoirement, m'a amené à participer à quelques émissions. J'ai trouvé intéressant de raconter l'envers du décor. Les émissions intéressantes, et les autres... Dire que je maîtrise l'exercice serait très très exagéré. J'ai simplement appris les quelques pièges à éviter après être tombé dedans. La télévision, tout particulièrement, est une école de l'humilité pour les invités. Entre les questions, pas toujours très pertinentes, et les nombreuses coupures décidées par le réalisateur dans les réponses, il ne reste souvent pas grand chose de ce que l'on a voulu dire.
Lorsque le résultat n'aura pas été catastrophique, je diffuserai les vidéos qui valent mieux qu'un long discours.
Commençons par un bon souvenir.
J'ai participé à cette émission il y a quelques années dans le cadre de l'émission « La France en héritage », émission à vocation culturelle diffusée à l'occasion des « journées du patrimoine » sur France 2. La production de l'émission m'avait contacté pour que j'intervienne sur le thème des trésors. L'enregistrement était fixé un mois avant la diffusion. Voici les coulisses, non pas de l'exploit, mais de cette « aventure » assez originale puisque l'enregistrement se déroula à Versailles.
Le rendez-vous était fixé avec la production à 15h00 à l'Orangerie du château de Versailles. Je débarque donc à 14h45 à la station RER Versailles Rive gauche et me dirige d'un pas décidé vers le Château de Versailles. Plus je marche, plus j'ai l'impression que la distance à parcourir s'allonge. Après tout, je ne suis pas pressé, le temps est magnifique et il convient de profiter de ces lieux magiques. Je remonte à gauche du château puis redescends l'avenue de l'Indépendance américaine (pour ceux qui connaissent). Arrivé au feu, je tourne à droite et me trouve devant une imposante grille qui protège l'accès à une allée de palmiers - le point de repère indiqué par la journaliste -.
Un agent de sécurité barre le passage. Heureux d'être arrivé à l'heure au bon endroit, je me dirige d'un pas toujours décidé vers lui et lui explique que je suis attendu. Il n'a pas l'air de me croire, ne semble pas informé qu'il y a une émission en préparation. Pendant qu'il appelle son chef et vérifie si mon nom est inscrit quelque part, je contacte de mon côté la journaliste qui doit venir m'accueillir. Elle aussi est surprise de savoir que je suis déjà là. Pourtant on avait bien rendez-vous à 15h00 ? J'ai l'impression d'être le seul à l'heure. Le vigile revient vers moi et s'excuse. Il était prévu que j'arrive en taxi et non à pied. C'est pourquoi il n'a pas « percuté » tout de suite. Mais mon nom figure bien sur la 5ème et dernière page en bas de la liste. Il m'invite donc à rentrer et à aller à la rencontre de la journaliste.
Je parcours les majestueuses allées du parc à la recherche de mon guide, un peu perdu. J'en profite pour admirer les nombreux arbres en pot qui sont de sortie. Je vois bientôt débouler une Smart qui passe en trombe à côté de moi sans me voir et me laisse comme seul souvenir un épais nuage de poussière. Me voilà dans l'ambiance, poudré. Persuadé qu'il s'agit de la journaliste (quelle perspicacité...), je retourne à la grille et nous parvenons enfin à nous retrouver. Je monte avec elle en direction du PC installé dans les orangeries de Versailles. Etrange sensation que de parcourir les allées de Versailles à bord d'une Smart – à chaque époque son carrosse -. Les orangeries sont impressionnantes. Vidées de tout arbuste, elles en paraissent d'autant plus vastes. La baignoire en marbre de Louis XIV trône dans un coin. Le Roi, dit-on, venait prendre son bain trois fois par semaine, après les chasses. Le repose savon a été dérobé il y a peu ce qui met en rogne la directrice du Château.
Une partie des orangeries est aménagée depuis plusieurs années pour pouvoir recevoir les tournages télé et cinéma. Ainsi, on peut y trouver des toilettes, des loges et une salle de maquillage. La journaliste me propose de passer tout de suite au maquillage « ce sera fait », ce qui ne semble pas enthousiasmer la maquilleuse : « ça va pas tenir », lui lance-t-elle. La maquilleuse s'échine à masquer mes cernes. Il est vrai que tout le monde a l'air reposé et détendu et que mon teint un peu blafard dénote. La coiffeuse prend le relais et me verse une bonne dose de gel, histoire de faire tenir les cheveux même par grand vent. Je suis prié après d'attendre une voiture chargée de nous conduire au hameau de la Reine, à l'opposé du Château.
J'en profite pour discuter avec un autre invité, habitant troglodyte. Il est très sympathique et affable. Une voiture arrive enfin pour nous conduire au fameux hameau de la Reine. Nous sommes précédés par une voiture de la sécurité qui doit accompagner toutes les voitures circulant dans le parc. Le passage des voitures sur les routes terreuses finit de nous poudrer ; adieu le maquillage « retour de vacances ensoleillées ». Sur place, nous rencontrons le reste de l'équipe au grand complet. Cela va du simple stagiaire au grand producteur. Il doit y avoir en tout pas moins de 50 personnes qui s'affairent.
Puis on nous (nous = les 3 invités) demande de nous déplacer vers le deuxième lieu de tournage. Sur le trajet, nous croisons Carole Gessler à qui un collaborateur nous présente très rapidement. Elle nous regarde à peine et lance « ça va ». Moi aussi, je suis très heureux de faire sa connaissance. Tout le monde s'extasie devant la centaine de carpes agglutinées sous le pont. Le temps est au beau fixe et tout le monde est de bonne humeur.
Les interviews des trois invités commencent. Un agent immobilier est d'abord interviewé sur un balcon. Trois caméras sont braquées sur le couple Gessler-agent immobilier. Les cameramen lui crient de se rapprocher de la balustrade, de s'éloigner du poteau, de se tourner à droite, puis à gauche, de sourire à la caméra... L'interview s'éternise et l'on s'ennuie ferme.
Nous nous dirigeons après vers le troisième lieu de tournage à savoir le potager de la Reine. A voir l'évolution des lieux de tournage, j'ai peur de me retrouver filmé dans la marre aux canards au milieu des carpes. C'est donc au tour du propriétaire d'une maison troglodyte de s'expliquer. Je commence à sentir la pression monter puisque je suis le prochain et dernier invité. Un léger trac m'envahit. Je réfléchis sur le message que je veux délivrer, les formules que je dois replacer, les pointes d'humour que je peux me permettre.
En pleine concentration, un assistant du réalisateur vient me parler de ma cravate. Il n'est pas du tout convaincu de son opportunité. Elle n'irait pas avec un tournage à l'extérieur, et ne collerait pas avec mon personnage (reste cette grande question : qu'est-ce qui colle à mon personnage ?). Après avoir recueilli plusieurs avis, je décide donc de l'enlever. La maquilleuse se précipite pour brunir mon cou trop blanc. Le coiffeur suit la cadence et me verse une nouvelle rasade de gel même si aucun avis de tempête n'a été annoncé. Un autre assistant me brieffe sur l'attitude à adopter. Il trouve les précédents invités trop longs, confus, ce qui explique la longueur des interviews (plus de 45 minutes d'enregistrement par personne pour n'en garder que 5 minutes). Il me demande donc d'être « punchy », c'est-à-dire, selon ma propre traduction, d'être incisif, drôle, dans le rythme. Merci de me rajouter de la pression... Il revient plusieurs fois à la charge d'autant que mon intervention clôturera l'émission à 19h55 diffusée un dimanche soir. Pas question d'être sinistre ou ennuyeux, il faut réveiller la ménagère de moins de 50 ans pour qu'elle regarde le journal télévisé... et plus si affinité.
C'est enfin à mon tour. Jusque là, tout le monde se fichait de moi, maintenant, je suis au centre des préoccupations de tous. Le réalisateur a choisi un moulin très pittoresque comme cadre. Il tente de s'appuyer contre une rambarde qui, visiblement, ne tient pas et cède sous son poids. On pousse les débris hors champ. Tant pis pour le monument historique. Les cameramen prennent place à trois endroits différents. Seul souci, le réalisateur voudrait que la roue du moulin tourne, certes, mais il n'y a plus d'eau. Qu'à cela ne tienne, un assistant est désigné d'office pour faire tourner la roue du moulin. Comme il est dans le champ, il entre à l'intérieur du moulin et la roue tourne comme par magie - sans eau -. Carole Gessler prend place. Après avoir lu ses fiches, elle me cherche du regard, me trouve et me lance un grand sourire. Autant le dire, je suis sous le charme et je défis quiconque de résister à son sourire - et à ses yeux bleus intense -. Elle se montre très chaleureuse et me propose de répéter les questions et les réponses.
A la fin de la répétition, je lui parle de mon livre (je suis venu un peu pour ça) mais elle fait la moue. Le réalisateur et le producteur se précipitent sur nous et s'associent au discours. Officiellement, le CSA s'opposerait à la présentation de livre à l'antenne. Devant mon mécontentement, ils me proposent de le faire figurer sur le site Internet et, éventuellement, en banc titre. Mais je n'ai aucune assurance de ces promesses et ai l'impression de m'être fait avoir en beauté (ils m'avaient assuré avant que cela ne poserait aucun problème). Comment réagir ? Je me vois mal partir en claquant la porte (y'a pas de porte)... Je laisse le livre à l'assistant et me concentre sur l'interview. Moteur, action... Quelques secondes s'écoulent avant que Carole ne me sourit à nouveau et me pose les questions attendues.
Les questions et les réponses s'enchaînent à un rythme soutenu. Pas de temps mort, j'ai vraiment le sentiment d'être « punchy ». Tout va bien. A un moment, elle me parle de l'histoire de Gérard et Marie-France. Dans mon esprit, et bien que je ne connaisse pas ces prénoms, elle parle du Trésor du Mans et je raconte donc cette histoire. Visiblement, nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde bien qu'elle ne montre aucun signe d'incompréhension (grande professionnelle). Fin de l'interview. Le réalisateur et le producteur s'approchent et nous font part de leur sentiment. Nous avons la mention « honorable » et ils proposent que nous recommencions en insistant sur le plus gros trésor jamais découvert. Ils souhaitent aussi que je parle un peu plus de la protection du patrimoine et de ce qu'il ne faut pas faire. Je connais mal l'affaire du plus gros trésor qui remonte aux années 50 et suis tenté d'improviser sur le sujet. Sur la protection du patrimoine, je suis plus à l'aise.
Carole Gessler pose à nouveau des questions et commence, elle aussi, à improviser sur des thèmes qui n'avaient pas du tout été évoqués jusqu'à présent. J'essaye de ne pas perdre le fil de la conversation et de garder mon calme. Mais, au fond de moi, je me demande ce qu'elle va encore inventer comme questions et je commence à m'inquiéter de la suite. Surtout ne pas paniquer. J'ai prévu de balancer quelques expressions. D'abord, évoquer l'aspect impôt : « le trésor est un don du ciel et ce que le ciel nous envoie n'est heureusement pas encore imposable ». La formule fait mouche et déclenche l'hilarité de Carole Gessler. J'ai marqué un point. Puis, je rappelle « qu'il n'est pas question de jouer à Indiana Jones. Nous ne sommes que des dépositaires précaires du patrimoine et nous devons le laisser en l'état pour les générations futures ». Là encore, la formule fait mouche. Elle devrait satisfaire la direction de la chaîne. Carole me quitte du regard et annonce le journal de 20 h. Le réalisateur et le producteur nous rejoignent et nous félicitent : j'ai été « punchy ». Le tout n'a pas duré 10 minutes.
J'ai la satisfaction égoïste du travail bien fait. Ils ont eu ce qu'ils voulaient entendre. Si ce n'était l'histoire du livre, je garderais un très bon souvenir de cette journée. Le preneur de son vient me voir. Il se souvient de moi et il est persuadé d'avoir déjà travaillé avec moi pour une émission de M6. Je n'ai gardé aucun souvenir de cette émission qui remonterait à cinq ans. Lui a meilleure mémoire que moi. D'ailleurs, il se remémore très bien ma chemise bleue. Voilà à quoi tient la popularité. Cinq ans et il se souvient de la couleur de ma chemise, pas de ce que j'ai dit. Cela ne peut que rendre modeste. La maquilleuse me propose des lingettes qui ont tôt fait de me rendre mon teint naturel. Je suis raccompagné à la grille d'entrée par un producteur aussi sympathique qu'une porte de prison puisqu'il ne prononcera aucun mot durant tout le trajet.
L'émission a été diffusée quelques semaines plus tard en « access prime time ». Bonne surprise, ils n'ont presque rien coupé. Mais la prochaine fois, je mettrai moins de choses dans mes poches de veste, on a l'impression que j'ai caché mes altères...
Je mettrai la vidéo en ligne très bientôt.
