humour (12)

déc.
1

y'a toujours pire comme boulot

  • Par antoine.beguin le
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Un peu de détente avec ce mail généreusement envoyé par un ami confrère (si si, ça existe).


Nouvelles technologies au travail


Tu t'aperçois que tu vis en 2008 quand :


1. Par accident, tu tapes ton mot de passe sur le micro-onde ;


2. Ça fait des années que t'as pas joué au solitaire avec des vraies cartes ;


3. T'as une liste de 15 numéros de téléphone pour joindre une famille composée de 3 personnes ;


4. T'envoies un mail à ton collègue qui a le bureau juste à côté du tien ;


5. T'as perdu le contact avec tes amis ou ta famille parce qu'ils n'ont pas d'adresse e-mail ;


6. T'arrives chez toi après une longue journée de travail et tu réponds au téléphone comme si tu étais encore au bureau ;


7. Tu fais le zéro sur ton téléphone de la maison pour prendre la ligne ;


8. T'es au même poste de travail depuis 4 ans mais t'as déjà travaillé pour trois entreprises différentes ;


10. Toutes les pubs télé ont une adresse Web en bas de l'écran ;


11. Tu paniques si tu sors de chez toi sans portable et tu fais demi-tour pour le prendre ;


12. Tu te lèves le matin et la première chose que tu fais c'est d'allumer ton ordinateur avant même de prendre ton café ;


13. Tu inclines ta tête sur le côté pour sourire ;


14. T'es en train de lire ce texte et tu acquiesces et souris ;


15. Encore pire, tu sais déjà à qui tu vas renvoyer ce message ;


16. T'es trop occupé pour t'apercevoir qu'il n'y a pas de numéro 9 dans cette liste ;


17. A l'instant, tu viens de re-parcourir le message pour vérifier qu'il n'y avait pas de numéro 9 dans la liste


ALORS, SUIS CE CONSEIL :


Lorsque ton travail t'ennuie,


que tu es au bord de la dépression,


que vraiment plus rien ne va comme tu le voudrais au travail,


fais ceci : en sortant du travail arrête-toi à la pharmacie,


achète un thermomètre rectal Johnson & Johnson (seulement cette marque-là) ;


ouvre la boîte du thermomètre rectal et lis les instructions


Tu trouveras cette phrase quelque part :


« Chaque thermomètre rectal Johnson & Johnson a été testé personnellement à notre usine. »


Alors, maintenant, ferme les yeux et répète 5 fois à voix haute :


"je suis heureux[se] de ne pas travailler au contrôle de la qualité chez Johnson & Johnson. »

sept.
28

Félix Fénéon et les tweets.

  • Par antoine.beguin le
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Félix Fénéon que j'ai redécouvert récemment est à l'origine d'une rubrique dans le Journal « Le matin » intitulée « Nouvelles en trois lignes ». Il s'agissait de dépêches de dernière minute reçues au journal qui étaient publiées sous forme de « brèves » finement ciselées par Félix Fénéon. Ces nouvelles sont l'ancêtre de notre Twitter moderne.


Un petit florilège de Félix


« Madame Fournier, M. Voisin, M. Septeuil se sont pendus : neurasthénie, cancer, chômage. »


« Le feu, 126, boulevard Voltaire. Un caporal fut blessé. Deux lieutenants reçurent sur la tête, l'un une poutre, l'autre un pompier. »


« Le Dunkerquois Scheid a tiré trois fois sur sa femme. Comme il la manquait toujours, il visa sa belle-mère: le coup porta. »


« «Aie! cria le rusé mangeur d'huîtres, une perle!» Un voisin de table l'acheta 100 francs. Prix: 30 sous au bazar de Maisons-Laffitte. »


« Le mendiant septuagénaire Verniot, de Clichy, est mort de faim. Sa paillasse recélait 2000 francs. Mais il ne faut pas généraliser. »


« Le médecin chargé d'autopsier Mlle Cuzin, de Marseille, morte mystérieusement, a conclu: suicide par strangulation. »


« Jugeant sa fille (19 ans) trop peu austère, l'horloger stéphanois Jallat l'a tuée. Il est vrai qu'il lui reste onze autres enfants. »


« On était en gare de Vélizy mais le train roulait encore. L'impatiente Mme Gieger s'est cassé les jambes ».


« Louis Tiratoïvsky a mortellement blessé, à Aubervilliers, Mme Brécourt, et s'est suicidé. L'amour. »


« Jules Marty, courtier en mercerie, 56 ans, et sa femme, 38 ans, se sont asphyxiés à Saint-Ouen. La misère. »


« Mme Olympe Fraisse conte que, dans le bois de Bordezac (Gard), un faune fit subir de merveilleux outrages à ses 66 ans. »


« C'est au cochonnet que l'apoplexie a terrassé M. André, 75 ans, de Levallois. Sa boule roulait encore qu'il n'était déjà plus. »


« Aux environs de Noisy-sous-Ecole, M.Louis Delillieau, 70 ans, tomba mort : une insolation. Vite son chien Fidèle lui mangea la tête. »


« Un plongeur de Nancy, Vital Frérotte, revenu de Lourdes à jamais guéri de la tuberculose, est mort dimanche par erreur. »


« Allumé par son fils, 5 ans, un pétard à signaux de train éclata sous les jupes de Mme Roger, à Clichy : le ravage y fut considérable. »


sept.
2

Encore une série de spams.

  • Par antoine.beguin le
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J'ai déjà écrit un billet sur les mails, plutôt les spams que nous recevons (qui nous envahissent). Je ne comprends pas et ne comprendrai probablement jamais en quoi ces pubs peuvent intéresser un avocat.


Jugez plutôt les publicités suivantes reçues sur nos adresses mails professionnelles ces derniers temps. Elles posent toutes une question de fond. Sommes-nous idiots à ce point ?


- Une pub pour les couches Pampers intitulée « rejoignez le village Pampers, un endroit pour grandir ». Franchement, je ne me vois pas accueillir les clients avec des couches Pampers, pas à mon âge. Ou alors, c'est pour offrir. Ce serait sûrement un cadeau original pour réconforter les clients déçus par une décision.


- Une pub WeightWtchers qui me propose un livre « cuisinez malin » (j'avais déjà le précédent : « cuisinez idiot ») avec « 12.000 aliments ». Mais où vont-ils trouver ces 12.000 aliments ? Pourquoi pas 8 millions tant qu'on y est ? On a déjà du mal à manger 5 fruits et légumes par jour...


- Theisen Patrimoine Conseils me prévient : « La mauvaise réputation tient parfois à peu de choses. Les "bruits" ou "Bla Bla" courent, sont répétés, déformés, amplifiés! Ils sont souvent la cause d'une fausse réputation et nous finissons toutes et tous par y croire plus ou moins... ». Franchement, je me demande comment je dois comprendre ce message... Suis-je visé ?


- Cette pub est aussi très bien formulée. Elle est intitulée « 700.000 femmes satisfaites » (de quoi ? de leur shampoing ?). Le reste du message est un peu plus sibyllin : « Ta femme se rapporte a toi critiquement ? Maintenant est que l'etonner sur toujours. » Moi sûr toujours pas acheter.


- Cette pub est également instructive. Le Tracteur informatique me propose de trouver un logiciel dans ma propre langue. Mais après, ça se gâte : « Vous pouvez choisir dans les programs propre langue sera entendu de vous bientôt ». Moi acheter quand toi parler langue pareille à moi.


- Même les pages jaunes s'y mettent et me proposent de « gagner un relooking de star ». « Maintenant, on va t'adorer ». Un « relooking de star » pour un avocat, c'est avoir le brushing de Gilbert COLLARD. Donc très peu pour moi.


- Gorias Consultant me propose une formation de « gestion téléphonique de l'impayé » pour un modique coût de 670 €uros. Franchement, payer 670 euros pour savoir comment téléphoner à un débiteur... Rappelez moi la définition de l'escroquerie.


- Pas mal aussi cette pub « spéciale fête des mères » reçue... en juillet.


- Pour entamer la rentrée dans la joie et la bonne humeur, rien ne vaut cette publicité pour une « comparaison de 35 assurances décès » avec ce slogan : « protégez votre famille ». Cela met tout de suite du baume au cœur.


- Sexy megastore me propose un « pack sexy bas, une sélection de bas pétillants aux accents très coquins ». J'ai beau relire la définition du terme « pétillant », je n'ai pas compris comment des bas pouvaient être « légers, brillants, spirituels, surdoués, drôles, vifs, intelligents ou encore éveillés ».


- Je n'oublie pas l'éternelle publicité à visée matrimoniale : "We-love.com" a bien défini son coeur de cible. Le courriel me propose "Lallou, une marque réservée au princesses urbaines sans frontières ». C'est tout à fait juste. Mes associés me le disent souvent : Antoine, tu es « une princesse urbaine sans frontière ». Et j'ai même le choix entre une envie « tantôt casual, tantôt couture ».


- « Rose, toute l'expérience des arts divinatoires », a compris le sens de notre activité. Elle ne me propose pas de découvrir mon avenir mais mon passé. Voilà un concept intéressant. S'agissant de son utilité, j'hésite. Peut-être est-ce le moyen de se morfondre en réalisant après-coup que l'on a oublié de viser tel vice de procédure ?


- Enfin, un dernier message mystérieux reçu de « One date Invitation » : « ce soir là, tu aurais pu rester encore un peu... Je devais avoir le courage de te le dire ». Quelle frustration ! Je suis déçu déçu. Qui était-ce ? Que la personne se dénonce séance tenante !

févr.
3

Disorder in the court

  • Par antoine.beguin le
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Un peu de légèreté sur le blog avec ces extraits (connus) d'un ouvrage intitulé Disorder in the court.


Les confrères pourront en témoigner : on entend parfois - souvent - bien pire en audience...


Q: Quelle est le jour de votre anniversaire ?

R : 15 juillet.

Q: Quelle année ?

R : Chaque année.


Q: Dans quoi étiez-vous au moment de l'impact ?

R : Un sweat-shirt Gucci et des Reeboks.


Q: Cette maladie, affecte-t-elle vraiment votre mémoire ?

R : Oui.

Q: Et de quelle manière cela affecte-t-il votre mémoire ?

R : J'ai oublié.

Q: Vous avez oublié. Pouvez-vous nous donner un exemple de ce que vous avez oublié ?


Q: Quel âge a votre fils, celui qui vit avec vous ?

R : 38 ou 35 ans, je ne me souviens pas exactement.

Q: Combien de temps a-t-il habité avec vous ?

R : 45 ans.


Q: Quelle fut la première chose que votre mari vous a dite quand il s'est réveillé ce matin-là ?

R : Il a dit "Où suis-je Cathy ?

Q: Et pourquoi cela vous a-t-il mis en colère ?

R : Mon nom est Susan.


Q: Et à quel endroit a eu lieu l'accident ?

R : Approximativement au kilomètre 499.

Q: Et où se trouve le kilomètre 499 ?

R : Probablement entre les kilomètres 498 et 500.


Q: Maintenant docteur, n'est-il pas vrai que quand une personne décède dans son sommeil elle ne s'en rend compte que le matin suivant ?


Q: Etiez-vous présent quand votre photo a été prise ?


Q: Etait-ce vous ou votre plus jeune frère qui fut tué durant la guerre ?


Q: Vous a-t-il tué ?


Q: A quelle distance étaient les véhicules au moment de la collision ?


Q: Vous étiez là jusqu'à ce que vous partiez, est-ce exact ?


Q: Combien de fois vous êtes-vous suicidé ?


Q: Elle avait trois enfants, vrai ?

R : Oui.

Q: Combien de garçons ?

R : Aucun.

Q: Il y avait des filles ?


Q: Mr. Slatery, vous êtes parti pour une lune de miel plutôt "élaborée", n'est-ce pas ?

R : Je suis parti en Europe, monsieur.

Q: Et vous avez emmené votre nouvelle femme ?


Q: Comment s'est terminé votre premier mariage ?

R : Par la mort.

Q: Et par la mort de qui s'est-il terminé ?


Q: Pouvez-vous décrire l'individu ?

R : Il était de taille moyenne et portait une barbe.

Q: Etait-ce un homme ou une femme ?


Q: Docteur, combien d'autopsies avez-vous effectuées sur des morts ?

R : Toutes mes autopsies on été effectuées sur des morts.


Q: Toutes vos réponses doivent être orales. A quelle école êtes-vous allé ?

R : Orale.


Q: Vous souvenez-vous à quelle heure vous avez examiné le corps ?

R : L'autopsie a commencé vers 20h30.

Q: Et Mr. Dennington était mort à cette heure ?

R : Non, il était assis sur la table à se demander pourquoi je faisais une autopsie.


Ma préférée

Q: Docteur, avant de faire votre autopsie, avez-vous vérifié le pouls ?

R : Non.

Q: Avez-vous vérifié la pression sanguine ?

R : Non.

Q: Avez-vous vérifié s'il respirait ?

R : Non.

Q: Alors, il est possible que le patient ait été vivant quand vous avez commencé l'autopsie ?

R : Non.

Q: Comment pouvez-vous en être certain, Docteur?

R : Parce que son cerveau était sur mon bureau dans un bocal.

Q: Mais le patient ne pouvait-il quand même pas être encore en vie ?

R : Il est possible qu'il ait été encore en vie et en train de rendre la justice quelque part.


vocat : Qu'a donné le prélèvement de tissu vaginal ?

Témoin : Des traces de sperme.

Avocat : Du sperme masculin ?

Témoin : C'est le seul que je connaisse.


vocat : Avez-vous couché avec lui à New York ?

Témoin : je refuse de répondre à cette question.

Avocat : Avez-vous couché avec lui à Chicago ?

Témoin : je refuse de répondre à cette question.

Avocat : Avez-vous couché avec lui à Miami ?

Témoin : Non.


vocat : Ce matin du 25 juillet, vous vous êtes rendu, à pieds, de votre ferme à l'étang à canard ?

Témoin : Oui.

Avocat : Donc, vous êtes passé à quelque mètres de l'enclos à canard?

Témoin : Oui.

Avocat : Avez-vous remarqué quelque chose de spécial?

Témoin : Oui (le témoin se tait).

Avocat : Bien, pouvez vous dire à la cour ce que vous avez vu?

Témoin : J'ai vu Marcel.

Avocat : Vous avez vu Marcel, l'accusé dans ce procès?

Témoin : Oui.

Avocat : Pouvez vous dire à la court ce que Marcel faisait?

Témoin : Oui (le témoin se tait).

Avocat : Bien, pouvez-vous le dire s'il vous plait?

Témoin : Il avait son truc dans un des canards.

Avocat : Son "truc"?

Témoin : Vous savez, sa... Je veux dire, son pénis.

Avocat : Vous êtes passé près de l'enclos à canard, la lumière était bonne, vous étiez sobre, vous avez une bonne vue, et vous avez clairement vu ce que vous nous avez expliqué?

Témoin : Oui.

Avocat : Est-ce que vous lui avez dit quelque-chose?

Témoin : Bien sur!

Avocat : Que lui avez-vous dit?

Témoin : "Bonjour Marcel".


Greffier : Répétez après moi s'il vous plait: "Je jure devant Dieu...

Témoin : "Je jure devant Dieu..."

Greffier : "Que le témoignage que je vais apporter..."

Témoin : Oui.

Greffier : répétez-le.

Témoin : "Répétez-le".

Greffier : Non! Répétez ce que j'ai dit.

Témoin : Ce que vous avez dit quand ?

Greffier : "Que le témoignage que je vais apporter..."

Témoin : "que le témoignage que je vais apporter..."

Greffier : "Sera la vérité et..."

Témoin : Oh, oui! Et rien que la vérité!

Greffier : S'il vous plait, contentez-vous de répéter après moi : "sera la vérité et..."

Témoin : Je ne suis pas lettré, vous savez.

Greffier : Nous pouvons le constater. Répétez après moi: "sera la vérité et..."

Témoin : "sera la vérité et..."

Greffier : Dites: "rien...".

Témoin : D'accord. (Le temoin se tait.)

Greffier : Non! Ne dites pas rien. Dites: "Rien que la vérité ".

Témoin : Oui.

Greffier : Pouvez-vous dire "Rien que la vérité" ?

Témoin : Oui.

Greffier : et bien, faites-le!

Témoin : Vous m'embrouillez.

Greffier : Dites simplement: "Rien que la vérité"!

TEMOIN : C'est tout ?

Greffier : Oui.

Témoin : Bien. Je comprends.

Greffier : Alors dites-le!

Témoin : Quoi ?

Greffier : "Rien que la vérité".

TEMOIN : Mais je le fais! je dirais la vérité.

Greffier : Vous devez dire: "Rien que la vérité"!!

Témoin : Mais je dirais toute la vérité.

Greffier : S'il vous plaît répétez ces quatre mots "Rien", "que", "La", "Vérité".

Témoin : Quoi? Vous voulez dire, comme ca ?

Greffier : Oui! Comme cela s'il vous plait. Dites simplement ces quatre mots.

Témoin : "Rien. Que. La. Vérité."

Greffier : Merci

janv.
8

Une affaire à la noix

  • Par antoine.beguin le
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A lire dans le Canard Enchaîné de cette semaine sous la plume d'Isabelle BARRE.


Un test ADN pour un "vol" de 88 cents d'euros de noix de cajou.


Cela ferait rire si nous n'étions entre gens sérieux.


Franchement, en relisant l'article, je me demande s'il faut en rire ou en pleurer.

Nom : Une affaire a la noix.pdf
Taille : 483 Ko


nov.
9

Brèves d'un enseignant

  • Par antoine.beguin le
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Mon second métier - qui est sur le plan chronologique le premier - est l'enseignement, dans différentes composantes de l'université de la première année au Master 2.


Il existe des analogies entre ces deux professions. Par exemple, lorsque la matière est ardue ou technique, il faut trouver des trésors de pédagogie pour tenter de faire passer le message aux étudiants, sans toujours y parvenir. Le constat est le même pour l'avocat qui, dans un dossier difficile, devra user de toute son habileté pour faire passer le message et, là encore, sans toujours y parvenir.


Bref, je reviendrai un jour sur ce thème.


Pour l'heure, être faible que je suis, je ne résiste pas à la tentation de vous raconter quelques perles issues de mes cours.


Commençons par une question simple : comment créer 30 secondes de flottement dans une assemblée d'étudiants ? Il suffit d'employer le mot "désaississement" en précisant « attention, il y a 6 « s » ». L'étudiant commence par écrire le mot puis, consciencieusement, compte les « s » et s'aperçoit qu'il en manque un. On regarde alors sur la feuille du copain, on échange, on suppute. D'autres comptent avec les doigts.


C'est savoureux à observer. Après les 30 secondes de bruissements et d'interrogations, les premiers étudiants lèvent la tête et sourient car ils ont compris que j'ai peut-être exagéré le nombre de « s ». Attention, il y a aussi ceux qui ont mis des « c » à la place des « s ». Pour eux, c'est plus dur à expliquer.


L'enseignant parle beaucoup, toujours trop vite aux dires des étudiants, et les liaisons entre deux mots peuvent prendre alors une tournure quasi surréaliste.


Prenez une phrase banale : « Le vendeur d'un fonds de commerce doit garantir à l'acquéreur la possession paisible de la chose vendue. Cette obligation l'oblige en particulier à ne pas se rétablir dans des conditions telles qu'il pourrait reprendre tout ou partie de la clientèle qu'il a cédée ».


Rien d'extraordinaire. Pourtant, et sans le faire exprès, en faisant la liaison entre le mot « tout » et le mot « ou », je fus à l'origine d'un nouveau concept. Au moment où j'avais prononcé cette phrase, j'avais certes remarqué une légère agitation dans l'assemblée, signe que la phrase ne passait pas. J'avais réexpliqué l'idée sans m'attarder pressé par le temps (l'enseignant est par nature toujours en retard sur son programme). Quelques mois plus tard, j'avais concocté un sujet d'examen sous forme d'un cas pratique et choisis le fonds de commerce, la matière est riche et les sujets de cas pratique variés.


En corrigeant une copie, tard le soir, mes voisins ont dû me prendre pour un fou en m'entendant éclater de rire. Mais il y avait de quoi :


Un étudiant avait ainsi écrit que le vendeur d'un fonds de commerce était tenu d'une obligation de garantie. Jusque là OK. Et l'étudiant avait ajouté que le même vendeur devait aussi organiser des « toutous parties » !


Extraordinaire. Qu'avait-il bien pu passer dans la tête de cet étudiant qui songeait à un vendeur de fonds de commerce organisant des soirées privées réservés à nos amis canins ? Surréaliste je vous dis !


Idem pour une autre phrase d'apparence banale : « les dispositions relatives au bail commercial ne sont applicables qu'aux locaux principaux dans lesquels le fonds est exploité ». Les premières années, j'entendais distinctement dans la salle un murmure. Certains regards appeurés m'appelaient à l'aide jusqu'au jour où quelqu'un osa enfin me demander qui était ce « coloco ».


Je vous jure que c'est vrai. Et j'ai été pris d'un fou rire. Depuis, j'utilise le singulier.


Développer le sens critiques des étudiants, voilà le challenge de l'enseignant, surtout en droit. Il m'arrive, lorsque j'ai cours un 1er avril d'en faire la démonstration aux étudiants. Je me souviens par exemple d'un cours d'introduction au droit consacré au nom patronymique.


J'envisageais la question du changement de nom. J'exposais ainsi avec le plus de sérieux possible la procédure telle qu'elle existe puis inventais un léger aménagement. J'expliquais aux étudiants que la demande de changement de nom était transmise au Président de la République qui avait la possibilité de substituer un nom de son crû au nom désiré par le demandeur.


Faisant mine de lire une jurisprudence inscrite dans le Code civil, je donnais ainsi l'exemple d'un monsieur, tenant commerce de pompes funèbres, qui s'appelait Tombini. Làs de supporter les quolibets de sa famille et des voisins (la clientèle avait, elle, d'autres chats à fouetter), il avait demandé à changer son nom en « Tombinier ».


Or, dis-je sans sourciller et l'air grave, le Président de la République avait refusé et substitué le nom de « Tombola », ce qui, ajoutai-je toujours sur le même ton, n'améliora pas ses relations publiques.


Je terminais mon exemple en soulignant qu'il révélait l'inadaptation du système actuel et j'appelais de mes voeux une intervention législative (telle une incantation). Pas un seul des étudiants ne sembla un tantinet surpris par l'exemple et tous copièrent ce nouvel avatar d'un système législatif à bout de souffle. Lorsque je révélai la supercherie, les étudiants me reprochèrent vertement ce comportement puis, se rendant compte de leur crédulité excessive, acceptèrent la leçon avec sourire.


Inutile de vous dire que le moindre de mes propos a été par la suite soumis à une batterie de test.



Je terminerais en rappelant que les étudiants auraient eux aussi certainement beaucoup de choses drôles (faut voir) à raconter sur leurs enseignants.


La suite au prochain épisode

oct.
10

Entendu

  • Par antoine.beguin le

Entendu aujourd'hui en correctionnel


1ère question du président : "Quel métier exercez-vous ?"

réponse du prévenu : "Rien"

remarque du président : "quel beau métier !"


2ème question du président : "Quelle est votre situation matrimoniale ?"

réponse du prévenu : "rien"

remarque du président : "on va dire célibataire alors".


Autre cas : un prévenu tangue dangereusement à la barre, visiblement alcoolisé au dernier stade.

Le pauvre hère - "qui n'a pas de problème avec l'alcool" - explique comment tout a commencé :

"Je roulais à scooter et j'ai été foudroyé par la foudre".

En sortant d'audience, jugeant la peine relativement modérée, il a ajouté : "ça s'arrose".

Ca ne s'invente pas.


Encore entendu : un homme prévenu, un peu stressé, croit utile d'apporter une précision au tribunal :

"- Je dois vous dire que j'attends un enfant."

réponse du tribunal : "la médecine a fait de grands progrès alors."


Dernier cas pour la route : une personne est poursuivie pour avoir conduit malgré une suspension de son permis de conduire.

question perfide du tribunal : "comment êtes-vous venu à l'audience monsieur ?"

Réponse du prévenu : "bah avec ma voiture".

Résultat : confiscation du véhicule.





sept.
12

Une relaxe d'homicide involontaire pour cause de... magie

  • Par antoine.beguin le

Plaider la relaxe pour cause de magie, encore fallait-il y penser.


Surtout lorsqu'il est "de notoriété publique au Gabon que les hommes se changent soit en panthère, soit en gorille, soit en éléphant, etc" (appréciez le "etc").


Ce jugement est à savourer sans modération.


Autre temps, autres moeurs...


sept.
10

Une video... où est l'escalier ?

  • Par antoine.beguin le

Pour ceux qui sont passionnés d'aviation, et les autres, cette video trouvée sur Youtube. Au départ, un banal essai d'accélération suivi d'un freinage d'urgence par un Airbus A 340-600. Le but, j'imagine, est de voir si l'avion est capable de rejoindre le taxiway par ses propres moyens. Tout va très bien au début, puis... ça se complique... Ecoutez bien les commentaires, c'est involontairement drôle.

Et une pensée pour le grand moment de solitude des pilotes.


video

août
27

Brève d'avocat, la suite de la suite

  • Par antoine.beguin le
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Encore une histoire vécue...


Certains confrères, fatigués par une dure journée, commettent des impairs savoureux. J'étais en correctionnel pour un dossier "sans intérêt" : des coups et blessures portés contre un pauvre hère par un individu fortement aviné. Le tout se termine à l'hôpital. J'intervenais pour la victime. Son agresseur refusait de reconnaître les faits contre l'évidence. Un confrère le défendait, ou du moins aurait-il dû le défendre. Il était en retard à l'audience et comme notre dossier était le dernier, le président voulait faire activer le cours des événements. Il commença donc l'instruction du dossier sans attendre l'arrivée du confrère. Chacun maintenait sa version, l'agresseur suggérant toutefois que la victime méritait de toute façon les coups portés contre elle. Le président releva ses sourcils et nota la remarque du prévenu. Nul ne demandait plus la parole, j'allais pouvoir dire quelques mots. C'est à ce moment précis que mon confrère fit une entrée fracassante et remarquée dans la salle d'audience, s'excusant à peine, mais prenant un grand plaisir à expliquer les raisons de son retard causé par la rencontre avec un notable. Bref, on s'en fichait. Le président, blasé, et l'appétit aiguisé par l'heure tardive, exposa que nous en étions à la partie civile. Sans reprendre son souffle, le confrère se mit à plaider. Son discours était presque poignant, la pauvre victime des coups, l'avenir brisé par cette mauvaise rencontre d'un soir, l'agresseur, cet être qui méritait quasiment l'échafaud à l'écouter. En somme, le confrère plaida n'importe quoi mais, comme souvent, avec un certain talent. Il ne semblait pas s'alarmer outre mesure du petit sourire en coin du président, ni de l'air apeuré du prévenu. Il plaidait, un point c'est tout. Après 15 minutes, il s'arrêta enfin, et se rassit comme s'il avait accompli un exploit. Je me levai alors et m'adressant au tribunal, je dis : - Je voudrais d'abord remercier en toute sincérité mon confrère pour la pertinence de ses arguments et la finesse de ses analyses. Je souscris entièrement à son discours.

Mon confrère fit une moue d'incompréhension. « Que me cache-t-il cet imbécile » devait-il penser. Je repris :

- Oui, Merci cher confrère d'avoir si brillamment plaidé la cause... de mon client.

Le président qui avait tout compris depuis le début se masquait derrière son dossier. Le confrère piqua un fard. Son regard se figea sur la couverture de son dossier. Et oui, il était l'avocat du prévenu et non de la victime. Son client le regardait avec angoisse. Il devait essayer de se persuader qu'il s'agissait d'une stratégie. Tout ce qu'il avait entendu ne pouvait pas le concerner. Son avocat parlait forcément de quelqu'un d'autre. Ma plaidoirie fut brève, tout avait été dit. Mon confrère, écarlate, ne quittait pas ses notes des yeux. La honte faite homme. Dans un grand sourire, le président demanda au prévenu s'il avait quelque chose à ajouter pour sa défense. Le pauvre se leva, titubant presque, et demanda à quel moment son avocat devait parler. Celui-ci, toujours couvert par le rouge de la honte, lui fit signe de s'asseoir. La situation a presque tourné à l'avantage du prévenu qui écopa d'une peine avec suris.

Mon brave confrère disparut quelques jours, histoire de se refaire une virginité et a gardé au final un bon souvenir de cette scène car son client s'en était assez bien sorti.


août
26

Brève d'avocat, la suite

  • Par antoine.beguin le
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Prenez une situation banale, ajoutez-y un peu de stress et de précipitation et vous obtenez cela.


Il est des circonstances où l'on préférerait être ailleurs, éventuellement dans une autre galaxie, loin, très loin de la situation que l'on est en train de vivre. J'ai rencontré cette situation à plusieurs reprises dans ma profession. La dernière fois, c'était devant le Juge aux affaires familiales.


Un couple souhait divorcer et avait opté pour une procédure par consentement mutuel. Ainsi, tout est prévu avec l'avocat et il ne reste plus au juge qu'à homologuer l'accord. La procédure est réduite à son strict minimum. L'un de mes confrères avait en charge ce dossier mais devait plaider devant une autre juridiction à la même heure. Il m'avait sollicité pour que je le substitue dans cette tache sans difficulté. J'avais accepté sans hésitation. L'audience était fixée à 10h25. Je me présentais quelques minutes avant dans la salle des pas perdus du palais de justice. Si le jeudi est jour de marché, le mardi est jour de JAF, entendez juge aux affaires familiales. Une dizaine de personnes attendaient sagement leur tour devant la salle d'audience. Des hommes et des femmes de tout âge qui prenaient leur mal en patience. Le hic, c'est que je n'avais aucune idée de ce à quoi ressemblaient mes clients. Et tous me regardaient se demandant si j'intervenais pour eux. J'optais pour la pêche miraculeuse. En feuilletant le dossier, j'appris que monsieur et madame étaient d'un âge respectable. La chasse aux cheveux blancs était ouverte. Et ils étaient nombreux. Je m'approchai d'un homme qui pouvait correspondre au profil et lui demandai s'il s'appelait, par hasard, Monsieur X. Il émit quelques borborygmes que je pris pour une réponse positive. J'en avais un sur deux, restait à trouver Madame la future ex-épouse. Une brave dame qui se tenait à l'écart mais qui avait observer notre manège me regardait avec intensité. Je m'en approchai et lui posai la question. Pas de chance cette fois-ci, Madame était sans rapport avec mon dossier. Un sur deux, j'avais la moyenne. Je n'eus pas le temps de chercher. La porte de la salle d'audience s'ouvrit et le greffier appela notre dossier. Je pris Monsieur par le bras et l'invitais à pénétrer dans la salle. Une femme fluette entra également. Le Juge nous sourit et nous invita à nous asseoir. J'étais assis au milieu des deux époux. Pourtant, alors que l'audience aurait dû se dérouler le plus tranquillement possible, je ressentais un malaise ambiant, comme si les rouages s'étaient grippés. Les époux s'étaient légèrement penchés en avant et s'observaient en chien de faïence. Chacun arborait un visage d'incompréhension. Je souriais bêtement, sans savoir pourquoi. Sans doute avais-je déjà assisté des couples qui s'entre-déchiraient devant le juge. Mais au moins, ceux-là s'exprimaient. Là, rien. Madame avait même la bouche entrouverte ce qui n'augurait rien de bon. Elle me tira par la manche et me demanda à haute et intelligible voix : « qui c'est lui ? ». Encore aujourd'hui, je repense à ma réponse stupide : « mais voyons, votre mari ». Je me tournai alors vers l'homme assis à ma gauche et lui posai la question avec une conviction inébranlable : « Vous êtes bien le mari de madame ». Il hocha de la tête de gauche à droite. Je m'étais trompé de mari... Le juge ne put retenir un rire qui s'amplifiait de seconde en seconde. D'autant que Madame la vraie fausse épouse m'enfonça un peu plus : « mais vous, vous êtes qui ? ». « Bah, votre avocat, me semble-t-il ». J'avais perdu ma belle assurance. J'étais bien l'avocat de Madame mais je devais lui expliquer simplement que je substituais l'avocat qu'elle avait rencontré. Quant à Monsieur, il n'avait pas réagi à ma question, peut-être ne l'avait-il pas comprise... Le greffe s'y mettait et riait de bon cœur. Je sortais sous les rires cumulés du juge et du greffier à la recherche d'un mari qui, bêtement, attendait derrière la porte. Il m'expliqua qu'il n'avait pas compris pourquoi sa femme était entrée avec un autre homme : « j'suis cocu ? » m'avait-il demandé. J'abandonnais tout espoir d'arriver à justifier la situation simplement.

Durant quelques semaines, il m'arriva de croiser le juge. Systématiquement, en m'apercevant, elle partait dans un rire nerveux qui me faisait courber un peu plus l'échine.



août
25

Brève d'avocat

  • Par antoine.beguin le
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Des clients invraisemblables, l'avocat en reçoit parfois. Voici l'histoire d'un gentil allumé (le prénom a été changé).


Sylvain avait pris rendez-vous au cabinet en début de semaine. Il rappela à plusieurs reprises pour s'assurer que le rendez-vous était maintenu. Curieuse obsession qui ne me rassurait pas. Lorsque je l'invitais à me suivre dans mon bureau, Sylvain m'emboîta le pas en tenant fermement serré entre ses bras une chemise cartonnée. A le voir accorder autant d'intérêt à ses documents, ils devaient au moins receler le mode d'emploi de quelque bombe atomique. Sans desserrer ses bras, il m'expliqua qu'il était postier de son métier. Peut-être venait-il me communiquer quelque pli renfermant d'inavouables secrets ? Monsieur avait également un passe-temps : il écrivait des chansons. Des dizaines et des dizaines sur son quotidien. Au fond de moi, je me disais que ses chansons ne devaient pas être très intéressantes si elles se bornaient à raconter ses tournées. L'idée me fit presque sourire quand Sylvain reprit son discours sur le ton de la confidence. Allait-il me confier le portable d'Olivier Besancenot ? Non. Il m'exposa en long et en large sa manière d'écrire, ses thèmes favoris, autant de sujets qui, à vrai dire, commençaient à m'ennuyer. Je cherchais en vain la raison de sa venue. Il en vint au fait : il avait adressé ses chansons à tous les éditeurs de la place et aucun n'avait répondu. « J'allais presque baisser les bras et passer à autre chose », dit-il. Cela n'aurait pas été une si grande perte pour le monde de la chanson. Soudain, ses yeux s'illuminèrent.

- Et puis, un jour, tout a changé lorsque j'ai allumé la radio.

Il n'y avait pas que la radio qui me semblait bien allumée.

- Je l'ai entendu. Vous vous rendez compte : on chantait mon texte.

Non seulement je ne partageais pas son enthousiasme, mais je cultivais même un profond scepticisme.

- Je me suis renseigné, ajouta-t-il, avant que je n'aie pu reprendre la parole. J'avais envoyé mon texte à Sony et, comme par hasard, quelques mois plus tard, j'entends Florent Pagny chanter mon texte. Je suis sûr qu'ils ont utilisé plusieurs de mes textes.

Surtout, ne pas chercher à le contrarier pour l'instant. Le laisser parler.

- J'ai fait une recherche sur plusieurs chanteurs. J'ai retrouvé mes textes dans plusieurs chansons.

Certes, certes, pensais-je. Évidemment, ses textes n'étaient pas repris par d'obscurs anonymes mais par les chanteurs les plus en vue. On pouvait même dire qu'une bonne partie de la variété française chantait du Sylvain. Il y avait un os quelque part.

Je lui demandais de me communiquer ses textes qu'il avait pris la peine de déposer auprès de la SACEM. Je le sentais bien réticent à me confier ses trésors.

- Vous savez, je sais que mes textes ont une grande valeur, et j'ai du mal à m'en séparer. En fait, je n'ai pas vraiment confiance.

Charmant, il m'avouait qu'il n'avait pas confiance en moi.

- Écoutez, si vous voulez que je vous aide, je dois bien examiner vos textes, non ?

Conscient que nous n'irions pas loin s'il conservait ses documents, il me remit, avec une moue de regret, ses si précieuses chansons. Il insista pour que je regarde en premier une chanson intitulée « savoir voler ». Il martelait que la contrefaçon était « évidente » avec la chanson « savoir aimer » de Florent Pagny. Je récupérai sans difficulté sur Internet le texte de la chanson et plaçai les deux documents devant moi. J'alternais, ligne après ligne, entre le texte original et celui de Sylvain. Après quelques minutes, je relevai la tête. Sylvain était comme hypnotisé par ce que j'allais lui révéler.

- C'est curieux, dis-je. Je ne retrouve aucun point commun entre ces deux textes.

J'avais certainement prononcé ma phrase dans une langue inconnue car Sylvain adoptait un regard ahuri.

- Comment ! Vous ne voyez pas l'évidence ?

Non, je ne voyais pas l'évidence.

- Mais c'est pourtant évident ! s'écria-t-il.

L'évidence était évidente, nous avions fait un grand pas sur place. Sylvain entreprit sa démonstration.

- Il a copié mon idée d'une chanson d'amour...

Voyant sans doute ma mine sceptique, il poursuivit.

- Une chanson d'amour qui se termine mal. Elle qui reste, lui qui s'en va et qui a des regrets, qui voudrait qu'elle revienne et qui se met à imaginer qu'il vole.

- Tout cela est très banal, Monsieur...

Quoi que je dise, je n'arrivais pas à le convaincre. Il était dans son monde et se refusait à ouvrir la moindre fenêtre de réflexion. Loin d'être perturbé par mon manque d'emballement, il m'exposa son projet.

- J'accepte que Florent Pagny et Michel Sardou chantent mes chansons sans me verser de droits. Je demande juste que Johnny Halliday reprenne sur son prochain album trois de mes chansons. Si je pouvais être sur la jaquette avec lui, ce serait même une juste compensation.

Bien sûr, bien sûr. Complètement barjot le type. Mais, avais-je le droit de lui briser son rêve ? Je le raccompagnai à la porte en lui ré-expliquant que je ne pouvais pas intervenir mais qu'il aurait tout intérêt à écrire aux maisons de disque pour proposer de nouveaux textes. L'idée lui parut bonne et il me remercia, certain qu'il était un auteur de génie.

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