brève d'avocat (4)

oct.
10

Entendu

  • Par antoine.beguin le

Entendu aujourd'hui en correctionnel


1ère question du président : "Quel métier exercez-vous ?"

réponse du prévenu : "Rien"

remarque du président : "quel beau métier !"


2ème question du président : "Quelle est votre situation matrimoniale ?"

réponse du prévenu : "rien"

remarque du président : "on va dire célibataire alors".


Autre cas : un prévenu tangue dangereusement à la barre, visiblement alcoolisé au dernier stade.

Le pauvre hère - "qui n'a pas de problème avec l'alcool" - explique comment tout a commencé :

"Je roulais à scooter et j'ai été foudroyé par la foudre".

En sortant d'audience, jugeant la peine relativement modérée, il a ajouté : "ça s'arrose".

Ca ne s'invente pas.


Encore entendu : un homme prévenu, un peu stressé, croit utile d'apporter une précision au tribunal :

"- Je dois vous dire que j'attends un enfant."

réponse du tribunal : "la médecine a fait de grands progrès alors."


Dernier cas pour la route : une personne est poursuivie pour avoir conduit malgré une suspension de son permis de conduire.

question perfide du tribunal : "comment êtes-vous venu à l'audience monsieur ?"

Réponse du prévenu : "bah avec ma voiture".

Résultat : confiscation du véhicule.





août
27

Brève d'avocat, la suite de la suite

  • Par antoine.beguin le
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Encore une histoire vécue...


Certains confrères, fatigués par une dure journée, commettent des impairs savoureux. J'étais en correctionnel pour un dossier "sans intérêt" : des coups et blessures portés contre un pauvre hère par un individu fortement aviné. Le tout se termine à l'hôpital. J'intervenais pour la victime. Son agresseur refusait de reconnaître les faits contre l'évidence. Un confrère le défendait, ou du moins aurait-il dû le défendre. Il était en retard à l'audience et comme notre dossier était le dernier, le président voulait faire activer le cours des événements. Il commença donc l'instruction du dossier sans attendre l'arrivée du confrère. Chacun maintenait sa version, l'agresseur suggérant toutefois que la victime méritait de toute façon les coups portés contre elle. Le président releva ses sourcils et nota la remarque du prévenu. Nul ne demandait plus la parole, j'allais pouvoir dire quelques mots. C'est à ce moment précis que mon confrère fit une entrée fracassante et remarquée dans la salle d'audience, s'excusant à peine, mais prenant un grand plaisir à expliquer les raisons de son retard causé par la rencontre avec un notable. Bref, on s'en fichait. Le président, blasé, et l'appétit aiguisé par l'heure tardive, exposa que nous en étions à la partie civile. Sans reprendre son souffle, le confrère se mit à plaider. Son discours était presque poignant, la pauvre victime des coups, l'avenir brisé par cette mauvaise rencontre d'un soir, l'agresseur, cet être qui méritait quasiment l'échafaud à l'écouter. En somme, le confrère plaida n'importe quoi mais, comme souvent, avec un certain talent. Il ne semblait pas s'alarmer outre mesure du petit sourire en coin du président, ni de l'air apeuré du prévenu. Il plaidait, un point c'est tout. Après 15 minutes, il s'arrêta enfin, et se rassit comme s'il avait accompli un exploit. Je me levai alors et m'adressant au tribunal, je dis : - Je voudrais d'abord remercier en toute sincérité mon confrère pour la pertinence de ses arguments et la finesse de ses analyses. Je souscris entièrement à son discours.

Mon confrère fit une moue d'incompréhension. « Que me cache-t-il cet imbécile » devait-il penser. Je repris :

- Oui, Merci cher confrère d'avoir si brillamment plaidé la cause... de mon client.

Le président qui avait tout compris depuis le début se masquait derrière son dossier. Le confrère piqua un fard. Son regard se figea sur la couverture de son dossier. Et oui, il était l'avocat du prévenu et non de la victime. Son client le regardait avec angoisse. Il devait essayer de se persuader qu'il s'agissait d'une stratégie. Tout ce qu'il avait entendu ne pouvait pas le concerner. Son avocat parlait forcément de quelqu'un d'autre. Ma plaidoirie fut brève, tout avait été dit. Mon confrère, écarlate, ne quittait pas ses notes des yeux. La honte faite homme. Dans un grand sourire, le président demanda au prévenu s'il avait quelque chose à ajouter pour sa défense. Le pauvre se leva, titubant presque, et demanda à quel moment son avocat devait parler. Celui-ci, toujours couvert par le rouge de la honte, lui fit signe de s'asseoir. La situation a presque tourné à l'avantage du prévenu qui écopa d'une peine avec suris.

Mon brave confrère disparut quelques jours, histoire de se refaire une virginité et a gardé au final un bon souvenir de cette scène car son client s'en était assez bien sorti.


août
26

Brève d'avocat, la suite

  • Par antoine.beguin le
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Prenez une situation banale, ajoutez-y un peu de stress et de précipitation et vous obtenez cela.


Il est des circonstances où l'on préférerait être ailleurs, éventuellement dans une autre galaxie, loin, très loin de la situation que l'on est en train de vivre. J'ai rencontré cette situation à plusieurs reprises dans ma profession. La dernière fois, c'était devant le Juge aux affaires familiales.


Un couple souhait divorcer et avait opté pour une procédure par consentement mutuel. Ainsi, tout est prévu avec l'avocat et il ne reste plus au juge qu'à homologuer l'accord. La procédure est réduite à son strict minimum. L'un de mes confrères avait en charge ce dossier mais devait plaider devant une autre juridiction à la même heure. Il m'avait sollicité pour que je le substitue dans cette tache sans difficulté. J'avais accepté sans hésitation. L'audience était fixée à 10h25. Je me présentais quelques minutes avant dans la salle des pas perdus du palais de justice. Si le jeudi est jour de marché, le mardi est jour de JAF, entendez juge aux affaires familiales. Une dizaine de personnes attendaient sagement leur tour devant la salle d'audience. Des hommes et des femmes de tout âge qui prenaient leur mal en patience. Le hic, c'est que je n'avais aucune idée de ce à quoi ressemblaient mes clients. Et tous me regardaient se demandant si j'intervenais pour eux. J'optais pour la pêche miraculeuse. En feuilletant le dossier, j'appris que monsieur et madame étaient d'un âge respectable. La chasse aux cheveux blancs était ouverte. Et ils étaient nombreux. Je m'approchai d'un homme qui pouvait correspondre au profil et lui demandai s'il s'appelait, par hasard, Monsieur X. Il émit quelques borborygmes que je pris pour une réponse positive. J'en avais un sur deux, restait à trouver Madame la future ex-épouse. Une brave dame qui se tenait à l'écart mais qui avait observer notre manège me regardait avec intensité. Je m'en approchai et lui posai la question. Pas de chance cette fois-ci, Madame était sans rapport avec mon dossier. Un sur deux, j'avais la moyenne. Je n'eus pas le temps de chercher. La porte de la salle d'audience s'ouvrit et le greffier appela notre dossier. Je pris Monsieur par le bras et l'invitais à pénétrer dans la salle. Une femme fluette entra également. Le Juge nous sourit et nous invita à nous asseoir. J'étais assis au milieu des deux époux. Pourtant, alors que l'audience aurait dû se dérouler le plus tranquillement possible, je ressentais un malaise ambiant, comme si les rouages s'étaient grippés. Les époux s'étaient légèrement penchés en avant et s'observaient en chien de faïence. Chacun arborait un visage d'incompréhension. Je souriais bêtement, sans savoir pourquoi. Sans doute avais-je déjà assisté des couples qui s'entre-déchiraient devant le juge. Mais au moins, ceux-là s'exprimaient. Là, rien. Madame avait même la bouche entrouverte ce qui n'augurait rien de bon. Elle me tira par la manche et me demanda à haute et intelligible voix : « qui c'est lui ? ». Encore aujourd'hui, je repense à ma réponse stupide : « mais voyons, votre mari ». Je me tournai alors vers l'homme assis à ma gauche et lui posai la question avec une conviction inébranlable : « Vous êtes bien le mari de madame ». Il hocha de la tête de gauche à droite. Je m'étais trompé de mari... Le juge ne put retenir un rire qui s'amplifiait de seconde en seconde. D'autant que Madame la vraie fausse épouse m'enfonça un peu plus : « mais vous, vous êtes qui ? ». « Bah, votre avocat, me semble-t-il ». J'avais perdu ma belle assurance. J'étais bien l'avocat de Madame mais je devais lui expliquer simplement que je substituais l'avocat qu'elle avait rencontré. Quant à Monsieur, il n'avait pas réagi à ma question, peut-être ne l'avait-il pas comprise... Le greffe s'y mettait et riait de bon cœur. Je sortais sous les rires cumulés du juge et du greffier à la recherche d'un mari qui, bêtement, attendait derrière la porte. Il m'expliqua qu'il n'avait pas compris pourquoi sa femme était entrée avec un autre homme : « j'suis cocu ? » m'avait-il demandé. J'abandonnais tout espoir d'arriver à justifier la situation simplement.

Durant quelques semaines, il m'arriva de croiser le juge. Systématiquement, en m'apercevant, elle partait dans un rire nerveux qui me faisait courber un peu plus l'échine.



août
25

Brève d'avocat

  • Par antoine.beguin le
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Des clients invraisemblables, l'avocat en reçoit parfois. Voici l'histoire d'un gentil allumé (le prénom a été changé).


Sylvain avait pris rendez-vous au cabinet en début de semaine. Il rappela à plusieurs reprises pour s'assurer que le rendez-vous était maintenu. Curieuse obsession qui ne me rassurait pas. Lorsque je l'invitais à me suivre dans mon bureau, Sylvain m'emboîta le pas en tenant fermement serré entre ses bras une chemise cartonnée. A le voir accorder autant d'intérêt à ses documents, ils devaient au moins receler le mode d'emploi de quelque bombe atomique. Sans desserrer ses bras, il m'expliqua qu'il était postier de son métier. Peut-être venait-il me communiquer quelque pli renfermant d'inavouables secrets ? Monsieur avait également un passe-temps : il écrivait des chansons. Des dizaines et des dizaines sur son quotidien. Au fond de moi, je me disais que ses chansons ne devaient pas être très intéressantes si elles se bornaient à raconter ses tournées. L'idée me fit presque sourire quand Sylvain reprit son discours sur le ton de la confidence. Allait-il me confier le portable d'Olivier Besancenot ? Non. Il m'exposa en long et en large sa manière d'écrire, ses thèmes favoris, autant de sujets qui, à vrai dire, commençaient à m'ennuyer. Je cherchais en vain la raison de sa venue. Il en vint au fait : il avait adressé ses chansons à tous les éditeurs de la place et aucun n'avait répondu. « J'allais presque baisser les bras et passer à autre chose », dit-il. Cela n'aurait pas été une si grande perte pour le monde de la chanson. Soudain, ses yeux s'illuminèrent.

- Et puis, un jour, tout a changé lorsque j'ai allumé la radio.

Il n'y avait pas que la radio qui me semblait bien allumée.

- Je l'ai entendu. Vous vous rendez compte : on chantait mon texte.

Non seulement je ne partageais pas son enthousiasme, mais je cultivais même un profond scepticisme.

- Je me suis renseigné, ajouta-t-il, avant que je n'aie pu reprendre la parole. J'avais envoyé mon texte à Sony et, comme par hasard, quelques mois plus tard, j'entends Florent Pagny chanter mon texte. Je suis sûr qu'ils ont utilisé plusieurs de mes textes.

Surtout, ne pas chercher à le contrarier pour l'instant. Le laisser parler.

- J'ai fait une recherche sur plusieurs chanteurs. J'ai retrouvé mes textes dans plusieurs chansons.

Certes, certes, pensais-je. Évidemment, ses textes n'étaient pas repris par d'obscurs anonymes mais par les chanteurs les plus en vue. On pouvait même dire qu'une bonne partie de la variété française chantait du Sylvain. Il y avait un os quelque part.

Je lui demandais de me communiquer ses textes qu'il avait pris la peine de déposer auprès de la SACEM. Je le sentais bien réticent à me confier ses trésors.

- Vous savez, je sais que mes textes ont une grande valeur, et j'ai du mal à m'en séparer. En fait, je n'ai pas vraiment confiance.

Charmant, il m'avouait qu'il n'avait pas confiance en moi.

- Écoutez, si vous voulez que je vous aide, je dois bien examiner vos textes, non ?

Conscient que nous n'irions pas loin s'il conservait ses documents, il me remit, avec une moue de regret, ses si précieuses chansons. Il insista pour que je regarde en premier une chanson intitulée « savoir voler ». Il martelait que la contrefaçon était « évidente » avec la chanson « savoir aimer » de Florent Pagny. Je récupérai sans difficulté sur Internet le texte de la chanson et plaçai les deux documents devant moi. J'alternais, ligne après ligne, entre le texte original et celui de Sylvain. Après quelques minutes, je relevai la tête. Sylvain était comme hypnotisé par ce que j'allais lui révéler.

- C'est curieux, dis-je. Je ne retrouve aucun point commun entre ces deux textes.

J'avais certainement prononcé ma phrase dans une langue inconnue car Sylvain adoptait un regard ahuri.

- Comment ! Vous ne voyez pas l'évidence ?

Non, je ne voyais pas l'évidence.

- Mais c'est pourtant évident ! s'écria-t-il.

L'évidence était évidente, nous avions fait un grand pas sur place. Sylvain entreprit sa démonstration.

- Il a copié mon idée d'une chanson d'amour...

Voyant sans doute ma mine sceptique, il poursuivit.

- Une chanson d'amour qui se termine mal. Elle qui reste, lui qui s'en va et qui a des regrets, qui voudrait qu'elle revienne et qui se met à imaginer qu'il vole.

- Tout cela est très banal, Monsieur...

Quoi que je dise, je n'arrivais pas à le convaincre. Il était dans son monde et se refusait à ouvrir la moindre fenêtre de réflexion. Loin d'être perturbé par mon manque d'emballement, il m'exposa son projet.

- J'accepte que Florent Pagny et Michel Sardou chantent mes chansons sans me verser de droits. Je demande juste que Johnny Halliday reprenne sur son prochain album trois de mes chansons. Si je pouvais être sur la jaquette avec lui, ce serait même une juste compensation.

Bien sûr, bien sûr. Complètement barjot le type. Mais, avais-je le droit de lui briser son rêve ? Je le raccompagnai à la porte en lui ré-expliquant que je ne pouvais pas intervenir mais qu'il aurait tout intérêt à écrire aux maisons de disque pour proposer de nouveaux textes. L'idée lui parut bonne et il me remercia, certain qu'il était un auteur de génie.

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