black swan (2)
Nous avons déjà évoqué dans ces colonnes ce fabuleux trésor mis au jour par la Société ODYSSEY au large de l'Espagne.
Rappelons simplement que le 18 mai 2007, pas moins de 17 tonnes d'or de monnaies d'or et d'argent ont été remontées à la surface par la société américaine spécialisée dans la recherche de galions et discrètement rapatriées au siège social en Floride.
500.000 monnaies pour une valeur estimée entre 500 et 700 millions de dollars.
Pendant quelques mois, la société américaine avait prétendu que le trésor avait été trouvé dans les eaux internationales, loin de toute revendication possible émanant de l'Etat espagnol. Madrid ne croit pas cette localisation qui ressemble à un scénario parfaitement écrit pour éviter tout problème juridique. Un détail va apporter de l'eau au moulin des autorités espagnoles. Alors que les quelques 2.800 caisses de monnaies s'apprêtent à être embarquées dans un avion, un employé de l'aéroport a l'opportunité de prendre la photo d'une monnaie. On y voit une monnaie du XVIIIème avec le profil du roi Charles V, un roi espagnol...
L'histoire bascule à ce moment-là.
De toute vraisemblance, le navire était espagnol et il aurait coulé dans les eaux territoriales du pays. Forte de ses convictions, l'Espagne dépose le 29 mai 2007 une requête auprès du tribunal civil de Tampa (Floride) et demande à connaître précisément la localisation de la découverte. Le suspense n'aura pas duré longtemps. On sait maintenant que le butin ne provient pas d'un galion du XVIIème mais de la « Nuestra Senora de las Mercedes ».
Nous sommes le 5 octobre 1804. La frégate espagnole revient du Pérou, les cales remplies de pièces d'or et d'argent et de lingots de cuivre. Cette fortune avait été « collectée » par des commerçants espagnols installés en Amérique Latine. Mais, à quelques encablures de la côte, les navires anglais sont à l'affut. Puis ils passent à l'attaque et coulent en quelques minutes la Nuestra Senora. Cet événement catalyse les tensions entre les deux pays et conduit l'Espagne à déclarer la guerre à l'Angleterre. Deux siècles plus tard, la guerre entre les deux pays s'est transposée devant les tribunaux américains.
Sur le plan juridique, l'affaire se présente de la façon suivante : si le butin a été découvert dans les eaux internationales ou bien si aucun Etat ne parvient à démontrer que le navire arborait son pavilon lors du naufrage, le découvreur récupère le tout. C'est pourquoi la société Odyssey clame à qui veut l'entendre que le navire, surnommé « black swann » (le cyne noir), serait totalement inconnu. Cela rassure également les investisseurs de la Société qui voient avec intérêt le cours de l'action grimper en flèche.
L'avis n'est pas partagé par l'Espagne pour laquelle le Black Swan et la Nuestra Senora ne feraient qu'un. Les experts semblent d'ailleurs pencher pour cette dernière hypothèse puisque les monnaies ont été frappées à Lima au XVIIIème siècle.
Depuis, les 17 tonnes d'or ont vu affluer quantité de prétendants.
Après l'Espagne, c'est au tour du Pérou de présenter ses revendications. Au XIXème siècle, le Pérou était encore une colonie espagnole. L'or rapatrié aurait été simplement pillé. D'où la demande de l'Etat péruvien de voir cet argent revenir à Lima. Cette demande a été prise en considération par l'Espagne qui a accepté le principe d'un partage du fabuleux butin.
Ce n'est pas tout.
Le quotidien « El Pais » a jeté dernièrement un pavé dans la mare en révélant le nom des 130 marchands qui avaient embarqué à bord du navire fortune faite. Le journal suggère que les quelques milliers de descendants de ces marchands se regroupent pour faire valeur leurs droits sur ce trésor.
Suite au prochain épisode.
Le Black Swan
La presse avait largement relayé cette découverte extraordinaire due à la Société américaine Odyssey spécialisée dans l'exploration sous-marine. Cette société était parvenue à localiser une épave aux cales amplement remplies. Pas moins de 500.000 monnaies d'or et d'argent, soit 17 tonnes d'or ont ainsi été récupérées pour une valeur de près de 400 millions d'euros. L'épave a été baptisée « Black Swan » (le cygne noir), tout un programme. Le trésor de guerre a été ramené en toute discrétion dans le port de Gibraltar courant mai. Aussitôt, un avion spécialement affrété rapatriait les 2.800 containers au siège de la société à Tampa en Floride. La nouvelle pouvait enfin être annoncée publiquement dopant au passage le cours de l'action de la société Odyssey qui connaissait depuis quelques années des difficultés financières chroniques.
Mais, depuis, rien ne va plus et le Gouvernement Espagnol ne décolère pas. Car cette formidable découverte est dénoncée par l'Espagne comme la plus grande spoliation de l'histoire. Toute la question est de savoir où gît l'épave et sous quel pavillon voguait le navire. Odyssey clame haut et fort que l'épave est localisée dans les eaux internationales, ce qui lui permet effectivement de prétendre à des droits sur les monnaies. C'est là que le bât blesse. Car, pour les autorités espagnoles, le trésor n'a pas été découvert dans les eaux internationales mais dans les eaux territoriales espagnoles, c'est-à-dire dans la bande d'eau d'une largeur de 24 milles marins autour des côtes. Dans ce cas, le droit international est clair : Odyssey devrait restituer les monnaies à l'Espagne qui exercera les droits de propriétaire. Même solution s'il est démonté que le navire qui a échoué battait pavillon espagnol. Dans ce cas, le pays peut revendiquer des droits sur le trésor.
La question est donc de savoir où a été découverte l'épave du Black Swan.
Du côté d'Odyssey, on refuse de donner ces précisions, au motif que les pilleurs de tous horizons plongeraient récupérer les restes de l'épave. L'épave giserait donc officiellement au milieu de l'Atlantique. Sauf que des sources convergentes mentionnent la présence des deux navires de recherche en mer d'Alboran, partie occidentale de la Méditerranée dont les eaux appartiennent à l'Espagne et au Maroc.
Quoi qu'il en soit, le gouvernement espagnol ne digère pas les événements et multiplie les actions judiciaires aux Etats-Unis pour obtenir la mise sous séquestre du trésor et son rapatriement.
Réponse du berger à la bergère : la société Odyssey a déposé début août une plainte contre l'Espagne pour obtenir le respect de la confidentialité de trois sites censés abriter l'épave. La société américaine a également demandé la condamnation du gouvernement espagnol pour l'arraisonnement de l'un de ses navires dans le port de Gibraltar.
Cette histoire a eu paradoxalement un intérêt, celui de servir de déclic psychologique. L'Espagne a en effet longtemps fermé les yeux sur le pillage d'épaves par des sociétés de chasseurs de trésor. Les avatars du Black Swan inciteront peut-être le pays à se doter d'un matériel d'exploration océanique digne de ce nom. Car la tache est immense ! La richesse de la mer Méditerranée est connue. On dénombre ainsi entre 400 et 800 épaves, des galions remplis de richesses inouïes, qui ont sombré lorsque l'Espagne maîtrisait les routes commerciales avec les Amériques.
Il serait temps. Déjà, les acquéreurs des reliques du Black Swan sont invités à se faire enregistrer pour le jour où le butin sera définitivement adjugé. A moins que d'ici là la Justice n'en décide autrement.
