mai
19

Deux ou trois agacements en passant.

  • Par antoine.beguin le
  • Dernier commentaire ajouté

Pour ceux qui ne connaissent pas notre métier au quotidien ou qui en ont une vision déformée par la télévision, il existe, comme dans tout métier, des motifs d'agacement au quotidien.


Rien de bien grave, juste de petits incidents qui déclenchent au mieux des jurons, au pire des coups bas sur les meubles les plus proches, lesquels n'y sont pourtant pour rien.


Dans le désordre :


- l'audience de plaidoirie approche à grands pas. Vous êtes en retard dans la constitution de votre dossier. Vous imprimez vos côtes de plaidoirie à la hâte, soulagé à l'idée d'en terminer lorsqu'une alarme retentit. L'imprimante clignote tel un sapin de noël et mentionne un code erreur de type E412. Vous recherchez fébrilement le code dans le manuel mais

1) vous ne mettez la main que sur le manuel version Russe

2) le Code erreur n'y figure pas

3) l'appel téléphonique désespéré au service après-vente vous apprend que seul un technicien peut dépanner un Code E412

4) Le technicien était dans votre secteur ce matin, mais il est maintenant dans un autre département

5) De toute façon, il faudra probablement changer le circuit imprimé

6) le circuit imprimé n'est pas en stock.


Malheur à ceux qui chercheraient à vous aider dans ce cas là.


- Il est tard, tout le monde a déjà quitté le cabinet et vous vous apprêtez à votre tour à découvrir la vie après le cabinet (car, d'après des Sages, la vie existerait après le cabinet).


Au moment où vous franchissez la porte, la sonnerie du téléphone retentit. Vous hésitez mais, mû par un sentiment louable (et stupide), vous décrochez. Erreur fatale. Votre interlocuteur n'est pas votre client mais celui de l'un de vos associés. Peu importe l'identité de son interlocuteur, il est tellement heureux de tomber sur un avocat qu'il vous narre dans le menu détail les derniers développements de son dossier.


Vous essayez bien au début de le dissuader « rappelez demain, vous aurez mon associé », rien n'y fait. Alors vous écoutez, patiemment, gentiment ; de temps en temps, vous osez une remarque, mal comprise par votre interlocuteur qui vous répond que vous avez oubliez tel détail, car « voyez-vous maître, le dossier est un peu plus compliqué... ».


Soupirez... Respirez calmement et tentez une méditation façon illico presto.


- Votre client est convoqué à l'audience correctionnelle de 14h00. Le client est là, attendant patiemment son tour.


Pour le détendre, vous lui avez fait remarquer qu'il était peu opportun d'être venu avec des chaussures à lacets, rapport à la détention. Cet humour ne fait rire que vous.


Le rôle de l'audience n'est pas très chargé, juste deux ou trois détenus et trois confrères plus âgés. Vous devriez être sorti pour 18h00. Mais les détenus sont bavards, le juge pointilleux, l'avocat perspicace et le parquet interrogateur. 19 heures s'affichent sur l'horloge. Il reste deux dossiers.


Vous soupirez, tempêtez, rien n'y fait. Votre client ne bouge plus, figé par l'angoisse. 19h30, le Président annonce le délibéré du dossier précédent, cela va être votre tour.


Et c'est là que surgit d'on ne sait où votre bâtonnier pour passer « son » dossier. Vous appréciez habituellement sa présence à vos côtés mais, là, à 19h30, vous le détestez car il vous passe sous le nez. 20h00... Votre dossier est appelé. Désolé, le Président décide de le renvoyer... « l'audience s'est trop éternisée ».


Tentez le hurlement primaire, cela soulage.


- Vous avez déposé une facture à la CARPA pour une mission périlleuse devant un tribunal d'instance.


Cela fait cinq mois que vous consultez chaque matin vos comptes bancaires pour savoir si le virement a été effectué. Telle soeur Anne, chaque matin, vous vous écriez « Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie ».


Puis vient le miracle, un courrier de la CARPA, lequel vous annonce qu'il existe une erreur sur le numéro d'aide juridictionnelle, ce n'est pas 2009/58462 mais 2009/58472. Cela change tout, et d'abord le paiement. Vous n'avez plus qu'à recommencer. Le paiement attendra 3 mois de plus.


- Vous venez de faire un gros chèque au CNBF pour vos cotisations retraites. Cela fait toujours mal mais on se dit que l'on investit pour son avenir.


Ce qui agace, c'est que le même organisme vous adresse quelques semaines plus tard une nouvelle demande de cotisation pour contribuer aux efforts de promotion de la profession. Espérons au moins éviter cette-fois ci la boîte de cachous.... laquelle, cela ne s'invente pas, précisait qu'à hautes doses, elle pouvait avoir un effet laxatifs...


A suivre.


4 commentaires

Quelle vie trépidante...

  • Par Eudiante le

qui donnerait presque envie de s'éterniser encore un peu dans les études supérieures!


RE: Quelle vie trépidante...

  • Par antoine.beguin le

Je ne dirais pas "éterniser" mais "profiter".


Vous pouvez faire encore plein de choses durant cette vie d'étudiant qu'il sera plus difficile de faire après.


Comme chaque étape de la vie, savourez ce passage, même si, j'en conviens, la période des examens est difficile à savourer !


Toute ma sympathie dans ...

  • Par albert.caston le

... cette épreuve parfois douloureuse qu'est l'exercice quotidien de notre superbe profession.


Cela ne nous enlèvera pas l'enthousiasme que je ressens encore à la pratiquer malgré le temps passé ...


Courage !


RE: Toute ma sympathie dans ...

  • Par antoine.beguin le

Vous remarquerez la "subtilité" du titre : je parle d'agacements et non de découragement.


Notre métier, difficile, nous donne aussi de multiples moments agréables, comme obtenir une relaxe difficile, concilier et éviter un contentieux inutile, etc.


Mais la nature humaine étant ce qu'elle est, nous oublions un peu vite ces moments agréables.


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