Un ami m'a adressé un article paru récemment dans le Courrier de l'Ouest sous la plume de Nicolas THELLIER intitulé « Tribunal. Et si la justice saumuroise partait déjà à vau-l'eau ?».
Cet article est le compte rendu d'une audience correctionnelle du Tribunal correctionnel de Saumur.
Je n'ai pas aimé cet article.
« On sait que le tribunal de grande instance de Saumur doit fermer à la fin de cette année. Après l'audience de jeudi, on peut se demander si la justice n'est pas déjà en train de quitter Saumur.
La salle principale d'audience n'étant plus accessible depuis qu'un morceau du plafond est tombé, les audiences correctionnelles doivent trouver refuge dans l'autre salle nettement plus modeste en capacité d'accueil. Il a donc fallu se serrer sur des bancs durs comme la paillasse d'une cellule de garde à vue et aussi peu accessibles que le corridor des urgences de l'hôpital un soir de pleine lune.
Après divers changements de composition du Tribunal pour éviter les conflits d'intérêts dus à la raréfaction du personnel, le premier dossier a mis beaucoup de temps à être ouvert. Il manquait le principal prévenu détenu à Lille.
Arrivera ? Arrivera pas ? Après quelques recherches, le couperet tombe : « Une erreur administrative fait qu'il n'a pas été extrait de sa cellule ». Le tribunal décide donc de disjoindre son cas des autres. Histoire de ne pas le retrouver libre, il prononce même son maintien en détention et renvoi (sic) le dossier de l'absent au 4 mars.
On en est là lorsque, coup de théâtre, arrive une escorte de deux jeunes gendarmes qui encadrent ce prévenu qu'on n'attendait plus. La faute à la SNCF et un train accusant deux heures de retard. Les juges se retirent le temps que l'avocat voit son client.
Et c'est finalement avec près deux heures de retard que l'audience reprend comme si de rien n'était. Le tribunal a condamné le retardataire au même titre que les autres. Mais, horaire SNCF oblige, le prévenu avait déjà dû repartir avec son escorte bien avant l'énoncé du jugement pour attraper le train du retour vers le Nord (...) ».
Le TGI de Saumur est condamné. On le sait. On craint même que la date butoir ne soit plus proche que celle prévue. Il subsistera un tribunal d'instance renforcé.
Or, ces tribunaux, qui pour certains existent depuis plusieurs siècles, disparaissent sans esclandre, alors qu'il s'agit souvent d'un déchirement pour les magistrats et le personnel attachés à ces tribunaux.
Et que dire de nos confrères dont les barreaux sont supprimés et qu'on invite plus ou moins gentiment à se caser dans un barreau limitrophe censé les accueillir les bras ouverts ?
Ces tribunaux mériteraient des articles retraçant leurs riches heures.
Même si je n'ai plaidé qu'une dizaine de fois devant le TGI de Saumur, j'apprécie son style, la pierre blanche du tuffeau, son personnel dévoué et ses magistrats compétents.
Alors pourquoi cette escarmouche inutile ? Des morceaux de plâtre qui tombent en salle d'audience, il y en a partout. Le but est d'éviter d'être en-dessous. C'est l'état de la justice, tout simplement qui est en cause.
Des salles d'audience trop petites ? Elles sont le lot commun. Les magistrats sont les mieux lotis. Les avocats ont droit au mieux à un strapontin qu'ils partagent à trois. Les justiciables sont relégués au fond de la salle. Quant aux problèmes d'extraction de détenus, ils sont le quotidien des juridictions répressives.
Si j'avais le temps, je me pencherais sur l'histoire de ces tribunaux pour tenter de retracer leur vie depuis tant d'années.
Ils le méritent.
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