avr.
26

Le rapport à justice

  • Par anne-france.petit le
    (mis à jour le )
  • Dernier commentaire ajouté

Quelques précisions sur cette énigme...


Après avoir publié un article sur un arrêt de la Cour de cassation sur les conséquences du rapport à justice sur l'exercice d'une voie de recours, j'ai trouvé une contribution intéressante de Mr André PEDRIAU, dans La Semaine Juridique Edition Générale n° 7, 14 Février 2001, sur les conséquences d'un "rapport à justice" au regard du juge de cassation.


Dans la pratique, s'en rapporter à justice, c'est contester : "en matière civile, la Cour de cassation applique traditionnellement ce principe".


Mr PEDRIAU rappelle la définition de l'expression "s'en rapporter à quelqu'un" :


"- d'après le Larousse, à s'en remettre à lui, à lui faire confiance ;

- d'après le Robert, à lui faire confiance pour décider, pour juger ou pour agir ;

- et d'après le Littre, à y avoir confiance, y ajouter foi, avec cet exemple que se rapporter à un serment, c'est s'en remettre à ce serment pour la décision d'une affaire".


Pour Mr PEDRIAU, "s'il paraît excessif de retenir, comme le soutiennent certains pourvois, qu'un défendeur a implicitement, mais "nécessairement", contesté un point sur lequel il s'en est rapporté à justice, il est certain, en l'état actuel de la jurisprudence, que le rapport à justice n'implique, ni l'abandon de ses prétentions, ni la reconnaissance du bien-fondé des demandes de son adversaire ou de l'exactitude des déclarations de ce dernier".


Sur la possibilité d'exercer un recours, il explique que "celui qui s'en rapporte à justice n'émet lui-même aucune prétention, et ne propose aucun moyen, ce qui lui interdit de le faire par la suite à l'appui d'un recours en cassation".


Sa conclusion est donc la suivante :


"- d'une part, un rapport à justice signifie une acceptation, sinon un accord, donné par avance, au jugement à intervenir sur un point déterminé ;

- d'autre part, il ne constitue pas une approbation, et encore moins une adhésion, à une déclaration, une thèse ou une prétention de la partie adverse".


Il explique, enfin que "d'un point de vue pragmatique, la prudence impose aux juges, lorsqu'ils ont à exposer les prétentions des parties et leurs moyens (NCPC, art. 455, al. 1er), d'énoncer simplement, quand il y a lieu, qu'une des parties s'en est rapportée à justice sur tel ou tel point en se gardant bien de donner à son attitude la moindre interprétation".


5 commentaires

Merci de cette précision

  • Par Saraswati le

ce terme est maintenant éclairci et peut être interessant, lorsque l'on ne connait pas le fondement jurique exact. J'imagine qu'il ne doit pas y avoir de réciprocité en procédure administrative puisque là toutes les demandes doivent être motiviées en fait et en droit.


Réponse

  • Par anne-france.petit le

En l'état de mes recherches (rapides, je l'avoue), je n'ai pas trouvé de notion de "rapport à justice" en matière administrative.


Il me semble, pourtant, possible de l'utiliser, en défense, par exemple, dans le cas classique d'une demande d'expertise.


La notion me semble, par contre, difficilement compatible avec "une demande", qui doit, effectivement, être motivée en droit et en fait.


Merci, mais c'était juste une question de pur intérêt

  • Par Saraswati le

et je m'en veux d'avoir pris sur votre temps pour que vous fassiez des recherches. En tout cas, même en motivant en fait et en droit, rien n'empêche que ce soit en procédure administrative, civile ou pénale d'invoquer que pour le reste ou à titre subsidiaire on s'en rapporte à la justice, juste pour le cas où un élément de droit n'aurait pas été percu et puis aussi surtout depuis l'arrêt de la cour de cassation du 13 février 2008, sur l'autorité de la chose jugée, ça laisse éventuellement une porte ouverte pour une cassation éventuelle.


Les protestations et réserves

  • Par anne-france.petit le

La Cour de cassation semble adopter une position identique sur les "protestations et réserves".


Elle a ainsi jugé, dans un arrêt du 18.09.2008 (n°07-18111), que "le fait pour une partie de déclarer faire toutes protestations et réserves sur la demande n'implique pas abandon de ses prétentions et renoncement à son droit d'agir".


Le rapport à justice constitue une "contestation"

  • Par anne-france.petit le

Pour la Cour de cassation (Civ. 2 3.06.2010 n°0913842), "le fait pour une partie de s'en rapporter à justice sur le mérite d'une demande implique de sa part non un acquiescement mais une contestation de cette demande".



Connexion
Création d'un membre
Création d'un espace
Inscription à une communauté
Partage d'une publication
Modification d'une publication
Suppression d'une publication
Suivi des modifications d'une publication
Suivi des modifications d'un commentaire
Ajout d'un commentaire
Réponse à un commentaire