janv.
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Droits de plaidoirie et aide juridictionnelle

  • Par alfredo.allegra le
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Le sénateur centriste du Cantal Pierre Jarlier a interpellé (1) le garde des sceaux quant à l'article 41 de la loi de finances pour 2011 qui abroge de l'article L.723-4 du code de la sécurité sociale selon lequel le droit de plaidoirie pour les dossiers relevant de l'aide juridictionnelle est acquitté par l'État.


Ce droit de plaidoirie d'un montant de 8,84 euros par dossier, rappelle le sénateur, est versé annuellement par l'État à la Caisse nationale des barreaux français (CNBF). Or les droits de plaidoirie abondent les recettes qui financent le régime de retraite de base des avocats et représentent 7 % de son financement. L'aide juridictionnelle concerne les justiciables les plus en difficulté qui, dans les faits, ne pourront s'acquitter de ce montant à leur avocat, qui se trouvera alors dans l'impossibilité de soumettre son intervention au règlement et qui n'exposera pas des frais pour le recouvrer.

Cette disposition est d'autant plus préoccupante qu'elle touche majoritairement des personnes fragilisées et qu'elle pénalise les avocats locaux qui, lorsqu'ils interviennent dans ce cadre, acceptent non pas une rémunération mais une simple indemnisation.

Enfin, à la suite de l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 17 juin 2010, le taux de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) applicable à l'aide juridictionnelle partielle passe de 5,5% à 19,6% sur l'honoraire à la charge du justiciable. Cette différence ne sera pas prise en charge par l'État mais viendra en déduction de la somme globale allouée à l'avocat. Ainsi, l'État récupèrera, même en tenant compte des situations où l'avocat n'est pas assujetti à la TVA du fait de la faiblesse de ses revenus, environ 11,30 % supplémentaires sur la dotation allouée par lui.


Aucun justiciable, rappelle liminairement le ministre de la justice Michel Mercier (2), ne doit être empêché de défendre ses droits par des difficultés financières.

Cependant, le principe de gratuité absolue inhérent à l'aide juridictionnelle totale peut parfois conduire à des abus dans l'usage de ce droit. Plusieurs parlementaires, et notamment le sénateur du Luart, ont alerté la chancellerie sur le comportement de certains justiciables engageant des actions judiciaires à répétition en raison de leur éligibilité à l'aide juridictionnelle.

Au-delà du coût pour la justice, cet usage répété de l'aide juridictionnelle pénalise les victimes de comportements procéduriers qui doivent régler des honoraires d'avocat pour se défendre ou demander l'aide juridictionnelle.

Le rapport du sénateur du Luart en appelle donc à une plus grande responsabilisation des demandeurs à l'aide par l'instauration d'un ticket modérateur justice, de l'ordre de 5 à 40 euros.

Procédant au même constat, le rapport de la commission Darrois sur les professions du droit préconise également l'instauration d'une contribution minimale des justiciables, en laissant à leur charge le droit de plaidoirie de 8,84 euros.

Après s'être donné le temps de la réflexion et des consultations, le Gouvernement a choisi de mettre en oeuvre la proposition du rapport Darrois, dissuasive dans ses effets et mesurée dans son montant.

Il s'agit en effet d'une contribution symbolique, permettant de responsabiliser les justiciables dans leur usage de l'aide juridictionnelle, mais également modique en tenant compte de la situation financière de nos concitoyens les plus fragiles.

Il n'y a donc pas lieu de considérer que son versement soit obéré dès lors que l'avocat désigné la réclame.

À cet égard, son exigibilité peut être stipulée dans la convention d'honoraires conclue avec le bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou la convention d'honoraires en cas de retrait de l'aide juridictionnelle.

Néanmoins, la chancellerie reste attentive aux difficultés que les avocats pourraient rencontrer dans le recouvrement des droits de plaidoirie, notamment dans le cadre de la défense d'urgence.

Un bilan pourra être établi à l'issue de la première année d'application de la réforme. En fonction des éléments recueillis, les difficultés qu'elle pourrait susciter et les moyens pour y remédier seront expertisés, en concertation avec la profession d'avocat.

Enfin, pour compenser l'application du taux normal de TVA aux missions d'assistance effectuées par les avocats et les avoués au titre de l'aide juridictionnelle, les crédits ouverts en loi de finances pour 2011 ont été majorés.

Ainsi, pour le règlement des missions d'assistance achevées à compter du 1er janvier 2011, la contribution de l'État à la rétribution des avocats et des avoués sera réglée au taux de 19,60 %. La différence de taux est donc neutre pour ces auxiliaires de justice comme elle l'est du reste pour les autres auxiliaires déjà assujettis au taux normal, notamment les huissiers de justice ou les notaires.

___________

(1) Question écrite n° 15999, Pierre Jarlier (Cantal - UC), JO Sénat, 18 nov. 2010, p. 3002.

(2) Réponse du Ministère de la justice, JO Sénat, 20 janv. 2011, p. 159.



2 commentaires

déçu, oh oui déçu

  • Par Djémal partoux le

Oui, déçu de cette mesure qui oblige le justiciable le plus démuni à devoir débourser 8,84 € qui représente, pour certains, plusieurs repas. Nos dirigeants ne connaissent manifestement pas la grande misère qui affecte certains concitoyens. Mais ce n'est pas grave, c'est l'Avocat qui prendra en charge cette somme. Celui-là est vraisemblablement en mesure de le faire malgré l'augmentation des charges qui l'affecte et le nombre croissant (et tabou) des dépôts de bilan d'Avocats. Quelle tristesse quand on pense que le système de l'aide juridictionnelle est dénoncé depuis des années et des années et qu'aucun Garde des Sceaux ne semble réellement pressé de s'en préoccuper. Déçu... et je crois pour un moment.


RE: déçu, oh oui déçu

  • Par Paul Morris le

Ce dont il faut être décu, c'est que cet avocat savant est allé trouver l'&abrogation du L723-4 dans l'article 41 de la loi 2010-1657.

Il semblerait, sauf à me méprendre, que ce soit l'article 72.

S'il y avait un peu moins d'avocaillons qui viennent à la profession à défaut d'être capables d'aller ailleurs et qui n'ont pour seule ressource que l'AJ, il y aurait moins de problèmes pour le citoyen nécessiteux qui a besoin de faire valoir ses droits.

N''importe quelle cloche qui a trainé dans les services juridiques d'une entreprise peut s'inscrire au barreau.

Et bien sûr, c'est le justiciable qui bénéficie de l'AJ qui en abuse. Ce ne sont pas les voyous qui profitent de plumer le justiciable au motif qu'ils n'ont justement que l'AJ pour se défendre.

Tous ces prétendus avocats qui descendent dans la rue pour manifester ne le font que pour obtenir des avantages financiers. Le droit à la justice du citoyen lambda ils s'en foutent comme de leur première chemise.

Quant à leur connaissance du droit, permettez moi de me tordre de rire.

Commencez pas assainir votre profession les baveux.


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