Je remercie M. BOUGUIER d'avoir bien voulu nous faire bénéficier du rapport qu'il a présenté lors des récents Entretiens de la Citadelle.
I - La conversion du parc immobilier existant : les perspectives ?
Le point clé du Grenelle de l'Environnement est la conversion du parc immobilier actuel, essentiellement assez ancien (c'est-à-dire antérieur aux années 1980), aux économies d'énergie pour atteindre le facteur 4.
Le secteur du bâtiment a vu évidemment s'ouvrir des perspectives de développement inespérées jusqu'alors, même à l'époque où la profession visait les 500.000 logements neufs par an.
Mais l'angle de vue qui nous occupe ici est légèrement différent que cette ruée vers l'or de l'entrepreneur : en quoi l'architecte sera-t-il intéressé à cette conversion ?
A - La rénovation du parc dans le détail.
Le postulat est assez simple : les déperditions thermiques proviennent à 35 % de la toiture, à 25 % des murs, à 20 % de la ventilation, et 15 % des vitrages (le reste s'explique par les ponts thermiques et la conduction des planchers).
Cela signifie que les travaux vont concerner des parties d'ouvrages qui, aujourd'hui même, nécessitent rarement le recours à un architecte pour être rénovées de manière isolée.
- Une véritable assistance dans l'économie du projet.
C'est donc en misant sur la coordination des travaux, la connaissance des entreprises compétentes et le dépouillement des devis que l'architecte peut apporter une plus value au particulier. Ce sont d'ailleurs les arguments qui plaident habituellement pour la maison d'architecte.
Car le retour sur investissement est primordial lorsqu'on rénove le logement. Et plus les travaux sont onéreux, plus on hésitera à engager les dépenses.
Ainsi, s'agissant des particuliers, 56 % des propriétaires envisagent l'installation d'un récupérateur EP, de panneaux solaires ou de pompes à chaleur, 46 % sont prêts à changer les fenêtres...mais seulement 32 % pensent isoler par l'extérieur (sondage IPSOS pour Le Moniteur en Octobre 2009).
A propos des maisons individuelles, les premiers retours sur la mise en oeuvre du Grenelle (étude réalisée à travers les éco-prêts) confirment cette tendance à un « bouquet » de travaux articulé autour du remplacement des fenêtres, combiné avec le changement de chauffage et l'isolation de la toiture.
- Mais un faible impact sur le parti pris esthétique.
L'aspect architectural, c'est-à-dire la façade, n'est donc pas le fer de lance de la rénovation dans le cadre du Grenelle.
Du reste, le recours à un architecte n'est nullement impératif, hormis le cas des sites classés aux Monuments Historiques.
Et, nulle part dans Grenelle 2, il n'est envisagé de modifier le régime déclaratif des travaux en façades.
Au contraire, les difficultés juridiques occasionnées par l'empiètement des bardages en façade ou en mitoyenneté ont été appréhendées et la solution qui se dégage vise à éliminer purement et simplement le problème.
L'article 7-II-f de la loi Grenelle 1 prévoit que les Communes devront assouplir l'empiètement sur le domaine public.
Dans la même veine, une proposition d'amendement du Sénat pour la loi Grenelle 2 suggère une exonération de taxe locale d'équipement pour les surfaces nécessaires à l'isolation par l'extérieure.
Ainsi, le décret 2009-1247 du 16 octobre 2009 ne fait plus rentrer dans la Shob la surépaisseur liée à un isolant thermique ou acoustique.
Pour autant, l'architecte aura sa place dans cette vaste campagne de travaux à travers l'habitat collectif.
B - Le domaine spécifique de l'immeuble collectif.
- Habitat social : une action immédiate.
Presque 30.000 logements sociaux sont déjà programmés au 15 octobre 2009 (dont 8.000 en IDF), ce qui représente 700 millions d'€.
Mais le marché est bien plus important : la convention signée le 26 février 2009 entre l'Etat et l'Union Sociale pour l'Habitat vise 100.000 logements pour 2010, et 800.000 au total d'ici 2020.
Au-delà du financement par l'éco-prêt « logement social » des stricts travaux d'isolation, il y a aussi la rénovation du parc qui pour l'essentiel n'est plus au standard de confort actuel.
- Copropriétés : un travail de longue haleine.
Il y a 8 millions de logements en copropriété. Le projet Grenelle 2 s'y attarde spécialement.
Tout d'abord, il y aura des campagnes de travaux ciblées. Par exemple, il est envisagé d'inciter les copropriétés à installer le comptage individualisé des frais de chauffage dans les 4,5 millions de logements collectifs qui en sont dépourvus actuellement (le comptage individuel n'est devenu obligatoire qu'en 1974).
Ensuite, il y a déjà la création d'un label dédié à la rénovation : «BBC rénovation ». Ce label vise à étendre aux copropriétés les dispositifs d'aide actuel «éco-prêts». Le niveau requis est assez sévère puisque la consommation doit se situer dans une fourchette de 64 à 120 kwh/m² (à comparer à la fourchette 40-75 kwh/m² du « BBC neuf »).
Enfin, il y aura quelques modifications réglementaires, notamment la création de «travaux d'intérêt commun» qui pourront être votés à la majorité simple, la généralisation du DPE qui devrait à terme devenir obligatoire pour les immeubles collectifs, et enfin la requalification des menuiseries en « parties privatives d'intérêt commun ».
Si on se réfère à l'expérience allemande des années 2003-2005 portant sur 150 bâtiments, il faut admettre que l'objectif est parfaitement réalisable.
En effet, alors que les conditions climatiques sont plus rigoureuses, 75 % des logements consommaient moins de 40 Kwh/m²/an et 14 % consommaient entre 40 et 50 KWh/m²/an.
A Tours (37), un immeuble a été l'objet d'une expérience intéressante : Il s'agit d'un immeuble ancien qui consommait d'après le DPE 211 KwH/m²/an.
La consommation d'énergie de l'immeuble a été divisée par 4 puisque ramenée à 47,7 KWH/m2/an d'où une classification en catégorie A du DPE. Avec une nouvelle moyenne de 2 KGEQ CO2/m2/an les émissions de CO2 ont été divisées par 3.
Sur le plan de l'isolation, une enveloppe thermique du bâtiment a été réalisée grâce à 10 cm de laine de verre posée à l'extérieur recouverte d'un bardage bois en pin naturel.
Le plafond a bénéficié d'une triple couche polyuréthane laine de verre et laine de roche. Le double vitrage a été renforcé d'un second double vitrage sans possibilité d'ouverture d'où la création d'une ventilation double-flux pour le renouvellement de l'air d'un rendement de 85% et qui assure un débit d'air de 6.000 m3/heure au lieu de 1.500 m3/heure habituellement.
Le chauffage a été reconstitué en installant une pompe à chaleur réversible.
Ce bâtiment est lauréat de l'appel à projet 2008 sur la performance énergétique du bâtiment organisé par l'Etat, l'ADEME et la Région Centre.
Quelques autres exemples de rénovation depuis 2007 dans le cadre BBC (ex-Effinergie) permettent de synthétiser le retour d'expérience.
- HLM à Morez (Jura), sur bâtiments années 1900 : isolation extérieure par enduit et polystyrène de 12 cm + isolation toiture avec 26 cm de laine de roche + double vitrage argon + VMC hygrorèglable + chaudières à condensation.
- Quartier Franklin (Mulhouse) sur bâtiments début XXème : doublage intérieur + triple vitrage + isolation toiture + VMC double flux.
- Immeuble Le Palatin (1970) : toiture + bardage + double vitrage.
Tous ces exemples démontrent que le facteur 4 est réaliste en rénovation d'immeuble, mais que le «bouquet » de travaux est sensiblement toujours le même : isolation et double vitrage argon + VMC (double flux de préférence) + chauffage (individuel de préférence).
A la différence de la maison individuelle, l'intervention s'apparente ici à une véritable campagne de réhabilitation, et le recours à l'architecte est indispensable.
L'isolation par l'extérieur est plus simple à mettre en oeuvre dans les copropriétés, à la fois parce qu'elle s'impose aux copropriétaires et parce qu'elle n'engendre pas de nuisances pour les occupants. Sur un plan technique, elle permet aussi de coupler le changement des huisseries avec les travaux en parties communes. Ce sera certainement la solution la plus fréquente. Il faudra retravailler alors la modénature des façades et prendre garde aux teintes et matériaux.
Dans les copropriétés, le plus grand obstacle technique est celui de la ventilation puisque le parc immobilier n'en est souvent pas équipé. Mais il existe deux solutions pour l'installer sans intervention trop lourde :
- un système VMC simple individuel : deux moteurs et un échangeur sont installés dans un placard technique relié à une menuiserie ou une façade.
- un système double flux à sortie horizontale : installé en façade, le groupe monobloc gère une pièce à la fois. Solution fréquente en Allemagne.
-
Mais, à chaque fois, il y a aura intervention sur la façade.
La seule variante repose en fait sur la production d'énergie : PAC, chaudière à condensation, ou cogénération pour le chauffage collectif. Là aussi, le chauffage individuel semble majoritairement privilégié, mais qu'il s'agisse d'une PAC ou d'une chaudière à condensation, il faudra encore toucher à la façade (évacuation horizontale par ventouse).
II - La construction neuve : retour vers le futur ?
L'ère Post Grenelle modifiera rapidement les techniques de construction, mais il reste à savoir si elle suffira à repenser les espaces urbains.
A - Un urbanisme contraint
* L'IGH remis en cause
Pour beaucoup, la métropole de demain sera à nouveau celle de la verticalité. Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris, est favorable au 50 m (au lieu de 37).
L'idée d'une densification semble a priori moderne et écologique. On avance également les gains en circulation et trafic si la tour est mixte.
Mais, en pratique, la « green tower » des années 2000 n'est pas si vertueuse qu'il y paraît.
L'édification d'une tour de grande hauteur consomme beaucoup d'énergie, tant au cours de sa construction (béton, verre, acier, forages, engins et main d'oeuvre nombreux, nuisances diverses, que pendant son utilisation, sans même évoquer sa déconstruction.
Mme JOURDA rappelait fin 2008 qu'il n'existe pas actuellement de tours qui consomment moins de 180 kwh/m²/an. La plupart consomment entre 500 et 1000 kwh/m²/an et un article très intéressant de M. SIDLER (Enertech) du 4 novembre 2008 explique globalement que le chiffre de 50 kwh/m²/an est impossible à atteindre. Au mieux, et en y mettant le prix, on pourrait envisager une consommation théorique de 155 kwh/an/m².
Sauf à déroger au dogme du facteur 4, ou à convertir les IGH en véritables centrales électriques pour compenser leur consommation, l'avenir de la ville ne passera probablement pas par les gratte-ciels.
* La revanche de la cage à lapins
A défaut de gratte-ciels, il faudra continuer à construire du R+5 là où c'est encore possible.
L'emploi du béton reste incontournable dans le collectif pour des raisons de coût et de sécurité. Du reste, il n'existe pas actuellement de réglementation propre au bois pour édifier des immeubles au-delà de un ou deux niveaux.
Même si certains bétons ont une meilleure résistance thermique qu'autrefois (Bouygues et Lafarge ont présenté récemment Thermedia 0.6 b : réduction de 35 % des ponts thermiques), il faudra nécessairement recourir à la double paroi. C'est-à-dire un voile de béton, un isolant (10 à 20 cm) et un parement de façade.
Celui-ci peut être, en bois, en composite, en briques, en pierre, en acier. C'est une question de goût et le choix est immense.
En revanche, le point commun de cette technique est qu'elle nécessite de préférence des angles droits et des surfaces planes.
Si on ajoute à cela la toiture végétalisée, c'est-à-dire une toiture terrasse, on réalise donc que le Grenelle de l'Environnement signe le grand retour du cube dans notre paysage urbain.
Ce sera la rupture avec une vingtaine d'années d'immeubles d'inspiration classique, destinée à faire joli, rassurant et bourgeois.
Par un revers de l'histoire, il est d'ailleurs frappant de constater que, à l'instar des banches de 3,00 m dans les années 1950-1960, c'est l'emploi massif d'une technique qui risque de contraindre à nouveau l'architecture à l'uniformisation.
Et cette uniformisation est encouragée par certaines orientations de la loi.
La loi Grenelle 2 prévoit actuellement de rendre inopposables les règles locales d'urbanisme relatives à l'aspect extérieur des constructions dès lors qu'il s'agit d'un projet « écologique » (sauf sites protégés, c'est-à-dire pour l'essentiel les centres villes historiques).
De même, les projets conformes aux critères environnementaux seront encouragés par le dépassement du plafond de densité (dans la limite de 30 %, au lieu de 20 % depuis le 1er janvier 2008).
C'est donc bien à l'avènement des grands cubes auquel il faut se préparer.
* Le syndrome du chalet en kit
Aujourd'hui, l'habitat abordable et écologique existe : c'est l'Habitation Légère de Loisir.
Plus sérieusement, sa grande soeur, la Maison à Ossature Bois, dispose d'une longueur d'avance : des matériaux écologiques, de la préfabrication en usine, peu de déchets de chantier.
Citons l'exemple du Havre avec la livraison de 53 MOB préfabriquées en Lettonie par CMB, d'après les plans d'une société britannique (Highcastle), mais avec un label HQE. Pour un prix au m² sensiblement égal à celui de la construction traditionnelle (1.300,00 € HT/m²).
Un peu cher ?
Citons également Bénéteau, qui a ouvert il y 3 ans un département Habitation et affirme être capable de livrer aujourd'hui 600 MOB par an à 1.000,00 € HT/m². A ce prix, les acquéreurs auront le standard THPE (Très Haute Performance Energétique) ou même BBC en option.
Trop cher ?
Le détournement du modulaire peut aussi être une solution efficace pour s'affranchir des contraintes écologiques. Plusieurs grands industriels proposent déjà depuis quelques années dans leur catalogue des modules destinés à l'habitation (individuel ou petit collectif). La préfabrication a quelques avantages indéniables.
Là aussi, il y a peu de risque d'être déçu sur l'efficacité énergétique, la RT 2012 est souvent atteinte. OBM a construit une crèche à Saran au standard TPHE. A 1.000,00 € HT/m², l'alternative est crédible.
Encore trop cher ?
Commandez directement aux USA : avec la chute du dollar, la Modular Home revient à 500 € HT/m²...mais sans le transport.
Le secteur semble donc promis à un grand développement, ce qui n'est pas sans quelques inconvénients : l'étalement urbain, une uniformisation de l'habitat, et une durabilité qui n'a pas encore fait ses preuves. Or, précisément, c'était l'objectif du Grenelle.
En définitive, et si l'on n'y prend garde, le Grenelle de l'environnement nous prépare au monde de demain...avec l'urbanisme des années 1960 : un centre ville historique, du collectif très compact, et du pavillonnaire partout ailleurs.
En vérité, l'aspect le plus ambitieux du Grenelle, qui est de repenser la ville dans sa globalité, est aussi le moins facile à mettre en oeuvre.
Bien sûr, le Grenelle 1 prévoit l'aménagement d'éco-quartiers dans chaque ville, mais sera-ce suffisant ?
Les friches industrielles sur lesquelles la plupart des projets voient le jour actuellement ne sont pas extensibles. Or, le taux de renouvellement urbain n'excède pas 1% par an.
Pour le reste de la population, l'habitat risque de n'évoluer d'abord que d'un point de vue technique, faute d'une politique audacieuse de renouvellement urbain.
B - Le recours à l'industrialisation
Pour garantir une mise en oeuvre rigoureuse (suppression des ponts thermiques) ou garantir l'étanchéité du bâtiment (façades étanche à l'air en BBC), la préfabrication offre une alternative intéressante. Elle permet aussi de maintenir un coût raisonnable.
C'était d'ailleurs une des pistes proposées par Mme JOURDA dans son rapport du 15 septembre 2007 remis à Jean Louis BORLOO :
Privilégier les éléments de construction démontables et réutilisables.
Concevoir des habitations évolutives.
Limiter la démolition sans solution de recyclage.
Mais le recours à la préfabrication dans une économie mondialisée est-elle plus respectueuse de l'environnement ?
Il faut considérer d'abord le coût induit par la production des matériaux de construction. A titre de comparaison :
- Bois : 180 Kwh/ m3
- Béton : 1850 Kwh/m3
- Acier : 60.000 kwh/m3
- Aluminium : 190.000 Kwh/m3
Ensuite, le coût du transport des éléments sur le site induit aussi une émission de CO². Mais, plus largement, en amont, l'approvisionnement de matériaux (acier, laine de roche ou laine de verre, composites) et l'importation de produits finis en provenance du monde entier n'engendrent-il pas les mêmes conséquences ?
En vérité, l'industrialisation n'est pérenne qu'à la condition qu'elle soit locale.
La même problématique se pose encore lorsqu'on s'attarde sur le choix des matériaux, renouvelables ou pas.
Actuellement, la filière plâtre / maçonnerie produit encore beaucoup de déchets. Et ces déchets ne sont pas tous recyclés (15 millions de m², c'est-à-dire 5 % de la production utilisées).
La plupart (lire un article du Moniteur du 2 octobre) sont contaminés par d'autres déchets non toxiques, ce qui interdit le recyclage du matériau (au-delà de 5 % de pollution, le plâtre n'est pas récupérable).
Les déchets de la filière sont donc encore majoritairement enfouis au lieu d'être recyclés. Or, l'approvisionnement en granulats n'est pas inépuisable. Certaines gravières sont en voie d'épuisement, la demande étant très supérieure à l'érosion naturelle des sols.
Et si on se penche sur l'approvisionnement d'un matériau en principe renouvelable, c'est-à-dire le bois, la situation actuelle n'est pas non plus pérenne.
La filière bois n'est pas assez organisée pour répondre à la demande. Les opérateurs français ont recours à l'importation massive de bois en provenance des pays nordiques ou d'Allemagne alors que nous possédons la 3ème forêt européenne.
C'est la raison pour laquelle la Caisse des Dépôts s'est vu confier en septembre 2009 la mission de gérer un nouveau Fonds : le Fonds stratégique du Bois. Il s'agira d'organiser toute la filière (extraction- transformation-recyclage).
III - L'avenir de l'architecte : vers plus de conception ?
Comme nous l'avons vu, le développement durable dans le contexte actuel nous amènera très probablement vers un mode constructif plus industrialisé.
Dans cette perspective, l'une de deux fonctions habituelles de l'architecte - la direction de travaux - sera réduite en proportion de ce qu'il restera du chantier « à l'ancienne » : c'est-à-dire le coulage des fondations et l'installation des réseaux au début, et la réception des travaux à la fin.
C'est donc lors de la conception des ouvrages que l'architecte apportera sa véritable plus value à l'opération.
L'Ordre des Architectes a rédigé un document de travail fin 2007 dans le cadre de la Commission Développement Durable et Architecture Responsable. Certains points s'en dégageaient.
A - Intégration au site
- Seuls les architectes sont à même de replacer l'ouvrage dans son contexte
Il en va ainsi de l'orientation et de la géographie, qui aujourd'hui deviennent les élément-clés de la conception.
A Cannes La Bocca, l'option MOB sur 15 maisons individuelles groupées a été retenue afin d'éviter des fondations qui auraient atteint la nappe phréatique située à 1m du sol (agence Hannouz et Janneau).
Mais les particularités locales ne se limiteront plus aux caractéristiques du sol. Il faudra jouer avec l'environnement global du bâti.
Par exemple, une maison a été livrée récemment dans le Val d'Oise. Son orientation imposait de fermer la façade Nord, mais d'ouvrir totalement la façade Sud pour rationaliser les apports calorifiques (Bessancourt, agence Karawitz). Ceci implique de concevoir la distribution intérieure en fonction de l'ensoleillement.
A l'inverse, un concours dans la région de Cahors en 2007 a débouché sur des projets fermant la maison à l'Ouest, mais en l'ouvrant au Sud (région de Bourian, agence Ouvrieux-Hébert, et Paoli).
- Sur un plan urbanistique, la création d'éco-quartier remet l'architecte au premier plan
C'est le retour au « savoir vivre » dans la cité. Patrice Genet, président de la Commission Développement Durable de l'Ordre des Architectes écrivait ainsi en préambule :
« Le développement durable ne peut se réduire à un simple arbitrage technique ni même à un pur débat de normes. Il s'agit bien d'un enjeu de société associé à une ambition culturelle qui vise à créer les conditions de vie les plus harmonieuses ».
Le grand défi est de limiter l'étalement urbain propre aux lotissements tout en évitant le retour des grands ensembles.
Traditionnellement, la densité du paysage urbain est celui-ci :
- L'habitat individuel isolé a un rendement qui varie de 5 à 20 logts /ha.
- L'habitat individuel groupé oscille habituellement entre 25 et 40 logts/ha.
- Les grands ensembles vont de 50 à 110 logts/ha.
- Les immeubles de centres villes vont de 150 à 200 logts/ha.
Mais il est possible de faire beaucoup mieux, et c'est le travail des architectes.
Par exemple, un projet a été mené à St Nazaire (44) qui visait à créer au RDC des bureaux et activités, et à transférer l'habitation au R+1 et R+2 sous forme de duplex. On atteinte ainsi une densité de 69 logts/ha, pour un coût très bas de 880,00 € HT m² de Shon. (quartier de Men-Penhoët, 2003, agence Quadra architectes).
A Caen, les villas Beaulieu atteignent 86 logts/ha (architectes Pascal Quéré, Guy Vaughan, Paris).
A Amsterdam, des villas triplex accolées sur une ancienne zone portuaire offrent une densité de 100 logts/ha...avec en prime un embarcadère privatif ! (quartier Bornéo, architectes West 8 et A. Gueuze).
Un autre exemple est celui du Parc Illonia à Stains (93) conçu en 2005 par l'atelier Castro Denissof Casi. Il s'agit de 184 villas qui sont accolées et superposées au lieu d'être simplement accolées. On atteint alors une densité de 116 logts/ha pour 1.200,00 € HT m² de Shon.
Plus récemment, l'architecte Bernard Bhüler a mené à Bordeaux une opération, composée de 23 duplex accolés et 28 logements superposés. On atteint ainsi le record de 151 logts/ha pour un coût de 1.200 € HT m² de Shon. (Les Chaix, 2007, agence Bernard Bühler).
Il est donc démontré qu'en zone urbaine et périurbaine, un travail abouti de conception permet presque d'égaler avec l'habitat individuel la densité des immeubles R +5 tout en préservant des espaces verts.
B - Prescription du mode constructif
Structure Béton ? Métal ? Bois ? Un assemblage des 3 ?
Isolation par l'intérieur ou par l'extérieur ? Bardage ? Murs creux en brique ? Murs sandwich en béton ?
Toiture plate végétalisée ou panneaux photovoltaïques intégrés ?
Energie solaire ou pompe à chaleur ?
Puits canadien ou VMC double flux ?
Jamais l'offre n'a été aussi diversifiée. Il y a désormais un grand travail d'arbitrage lors de l'avant projet qui conditionne l'efficacité de l'opération sur le long terme. L'ère du « parpaing-tuile » pour tous est révolue.
Là aussi, il faudra le cas échéant s'appuyer sur les particularités locales.
Reprenons un des exemples de la Commission Développement Durable et Architecture Responsable :
Une résidence de 43 logements à Rennes construite en 2001. La façade Sud est construite en bauge (blocs de terre crue) pour stocker la chaleur (inertie), tandis que la façade Nord fait appel au bois pour limiter les déperditions.
Dans ce cas d'espèce, les deux matériaux sont produits localement et ont consommé peu d'énergie lors de la fabrication et du transport.
La difficulté ici était plutôt d'ordre réglementaire, puisque la bauge ne disposait pas d'avis technique.
C - La conception technique
On le voit, la profession est confrontée à l'obligation d'évoluer vers un parti pris moins artistique, et plus technique.
Cela nécessitera d'avoir une approche transversale de la fonction et de collaborer étroitement avec d'autres professionnels (BET, économiste, industriels...).
Certains architectes travaillent déjà dans cette direction qui requiert à la fois une démarche artistique mais aussi, et surtout, beaucoup de connaissances techniques (beaucoup de concepts induisent des brevets soit de fabrication, soit d'assemblage).
A l'instar du programme Californien Case study Houses des années 1945-1965, la profession peut jouer un rôle moteur dans l'expérimentation de nouvelles techniques.
Ainsi, le concept des maisons coccinelles dans la région de Mulhouse, des unités sur pilotis (agence Klein-Baumann et G-Studio).
Philippe Vassié (ABG architectures) collabore avec les Maisons Serge Dassault.
L'agence Montpelliéraine Archi§co a initié un concept Dhomino composé de modules à assembler.
De même, le designer Luc Sohm à Nancy propose l'assemblage de modules dans son concept Archi-design, tout comme l'agence parisienne Olgga et sa maison Evolutiv'.
Également, l'agence Drop Architectes à Paris a conçu la DropHouse sur la base d'un module (concours sur un appel d'offres pour ALGECO).
Il s'agira de concevoir dans l'avenir des ouvrages qui «fonctionnent efficacement», c'est-à-dire qui ont non seulement un coût de fabrication raisonnable, mais qui limite aussi l'impact sur le site (transport, évolutivité,...) et présente enfin un coût d'utilisation le plus bas possible.
Jean-Luc BOUGUIER

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