Je ne prétend pas loin s'en faut que ce qui se passe aux Etats-Unis nous arivera grosso-modo dans dix ans. Encore que notre société subit des évolutions dont la similitude apparaît. A partir du moment où le système éducatif ne semble plus remplir son rôle sans d'ailleurs en être responsable et que la situation globale ne notre société ne permet pas de mieux d'intégrer socialement tout le monde nous allons avoir de plus en plus de personnes marginalisées dont le quotidien sera fondé sur une délinquance de répartition des richesses. Les autres devront vivre derrière des grilles gardées par des systèmes de sécurité et des vigiles. Réduire l'usage des prisons pour adapter des sanctions est une idée intéressante. Les délinquants retourneront-ils ou iront-ils à l'école, en apprentissage, seront-ils embauchables dans une société toujours plus technique et compétitive ? En clair, vous êtes demain responsable de notre pays, disons la prinzipauté de Groland pour faire lettres persanes, quelles mesures concrètes prenez-vous pour éviter la prison ? Sachant donc qu'il faut interdire de séjour, loger, faire travailler le délinquant, et le réinsérer sans le traumatiser. Combien de personnels ? Quelles structures pour quels programmes?...et quel budget ?
On ne peut juger du degré de civilisation qu'en visitant ses prisons.
Dostoïevski
Réformer l'école du crime.
Plus que jamais, les politiques pénales et pénitentiaires se focalisent sur la prison.
La nouvelle utopie sécuritaire consiste à vouloir tout résoudre par le carcéral en dépit du bon sens.
Il y a longtemps que l'on sait que la prison est une machine à produire de la récidive.
Celui qui ne sait pas forcer une serrure en entrant ne l'ignore plus en sortant.
On devrait décerner des certificats de fin d'études à la sortie de prison.
Il existe peu d'autres institutions affichant un tel taux d'échec qu'on s'obstine à cloner avec tant d'inconscience et un tel masochisme technocratique.
Il est temps d'ouvrir nos œillères et de mettre en place une politique globale et volontariste qui allie prévention de la délinquance, répression et prévention de la récidive.
Dans les discours politiques on entend parler du « formidable échec de la prévention ».
Quid du formidable échec de la répression sur laquelle se sont penchés dix neuf Ministres de l'Intérieur et vingt quatre Ministres de la Justice ?
Offrir aux sortants de prison un ticket de métro qui mène souvent à la case récidive ne peut constituer une politique de prévention.
Seul un suivi socio éducatif structuré et intelligent permettra l'éloignement des gens de la délinquance.
Face à la délinquance, les mots d'ordre devraient être : prévention, répression, solidarité et non tolérance zéro, une solution inefficace qui séduit pourtant beaucoup à droite comme à gauche.
Il peut sembler plus facile d'élever des murs de prison que de recruter et d'instruire des femmes et des hommes en nombre suffisant pour faire respecter le droit.
La prison reste un élément indispensable de protection de la société.
Cependant, la multiplication des établissements ne peut être notre seul recours pour établir ou rétablir la sécurité.
Avec le plan de construction de 13 000 places de prison d'Albin Chalandon, qui visait à assurer le respect des droits de l'homme incarcéré et à lutter contre l'insécurité, quatre milliards de francs ont été engloutis, plus un milliard par an pour le fonctionnement.
Depuis, malgré les 4 000 places de Pierre Méhaignerie et les programmes de construction entrepris par Maryse Lebranchu, la criminalité augmente.
Et sur le plan des droits de l'homme, chacun sait ce qu'il en est depuis le livre de Véronique Vasseur.
La prison est avant tout un aveu d'échec de nos politiques d'insertion et de sécurité.
Elle doit rester un recours ultime au règlement des tragédies humaines.
Il y aurait largement assez de places disponibles si on n'y incarcérait que ceux dont la dangerosité et l'ancrage dans le vrai crime sont avérés.
Il n'y a pas d'alternatives à l'emprisonnement mais bien un panel de sanctions qui va de l'interdiction de séjour à la détention, en passant par le contrôle judiciaire, le retrait du permis de conduire, le travail d'intérêt général, le bracelet électronique, etc.
Chaque peine à son objet, ses contraintes, sa pénibilité, qui doivent être pris en compte lors du prononcé de la condamnation.
Les juges disposent d'une gamme de mesures qu'ils doivent appliquer intelligemment.
Ils ont une obligation de résultat.
Il faut instaurer un numerus clausus par pragmatisme et non par idéologie.
Fixer un nombre maximum de places dans chaque établissement est le seul moyen d'éviter que cinq personnes ne s'entassent dans une seule et même cellule.
Pour certains, le numerus clausus revient à empêcher les juges d'incarcérer lorsque les prisons sont pleines.
Il s'agit plutôt de permettre à certains de sortir un peu avant la fin de leur peine afin de pouvoir emprisonner ceux qui doivent l'être.
Bien entendu, un fort développement parallèle du contrôle judiciaire est nécessaire pour ne pas laisser les sortants seuls face aux causes de leur délinquance, lesquelles ne disparaissent pas du simple fait de l'incarcération.
On ne peut pas vider les prisons n'importe comment, mais on n'a pas non plus le droit de les remplir n'importe comment.
Il faut assurer l'encellulement individuel dans les maisons d'arrêt, mais tant que le principe ne sera pas inscrit dans la Constitution, il restera une utopie.
En 1988, la maison d'arrêt de Strasbourg a ouvert ses portes.
Elle avait été construite pour assurer l'encellulement individuel mais quelques semaines après sa mise en service, l'administration pénitentiaire ajoutait déjà un deuxième lit dans chaque cellule !
Quoiqu'il en soit, il faut tenir compte du consentement des personnes incarcérées.
Il n'est pas facile de rester seul en cellule.
L'encellulement individuel devrait être un droit acquis pour toute personne qui en fait la demande, en dehors de toute pression.
Dépenser 14 millions d'euros pour surélever les miradors alors qu'une vingtaine de personnes au maximum s'évadent chaque année tient du délire idéologique.
Ils n'ont toujours pas compris ce que tout gérant de supérette sait : plus on invente des systèmes anti-vols sophistiqués, plus les voleurs inventent des combines pour y palier.
Cette course dure depuis des décennies et ne connaît jamais de gagnants.
Après l'unanimité politique et la prise de conscience de l'opinion publique, la situation dans les prisons a connu une régression.
Malgré leur grande qualité, le témoignage de Véronique Vasseur et les travaux de la commission d'enquête parlementaire n'ont pas dépassé le stade de l'écrit faut de mobilisation citoyenne.
Le Président de la République a pu dire une chose et son contraire à un an d'intervalle sans que personne ne réagisse.
Si les parlementaires ne sont pas portés par une volonté populaire, rien ne se passe.
Il faut interpeller l'opinion publique, lui faire comprendre que les mesures actuelles censées lutter contre l'insécurité ne sont que de la poudre aux yeux.
La finalité de la prison !
90% des gens qui sont en prison n'ont rien à y apprendre de bon.
Il y a une foule d'autres mesures socialement plus utiles que l'emprisonnement.
Chacun le sait.
Un pays comme la France n'a pas besoin de 60 000 places de prison mais de 3 000 au maximum.
Et encore, faut il se demander à quoi elles devraient servir.
En réalité, l'incarcération est un marché en perpétuelle expansion puisqu'il crée ses clients, qui y entrent, sortent et entrent à nouveau.
Pourtant elle n'est pas la solution à tous les problèmes de la société.
Elle broie celles et ceux qui y sont enfermés car l'individu n'y existe plus.
On s'éloigne de plus en plus d'une conception de la personne détentrice de droits desquels découlent des devoirs.
La prison s'intègre parfaitement dans une société très hiérarchisée dans laquelle la loi s'impose aux gens, comme pour leur montrer que ce n'est pas eux qui décident.


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